Engager la conversation, certes, mais reculer, jamais… François Bayrou a-t-il cherché à marquer durablement les esprits des Français afin de se préparer à faire face, ensuite, à la résistance au sein de l’Assemblée nationale ? C’est en septembre que nous découvrirons à quel degré le chef du gouvernement se montrera disposé à discuter et à trouver un compromis.
Lors de la présentation des choix budgétaires pour 2026, mardi 15 juillet, le Premier ministre s’est appuyé sur une série de graphiques, de chiffres impressionnants et un vocabulaire apocalyptique : il a évoqué la « dernière étape avant le gouffre » afin de souligner l’urgence de la situation, déclarant que « notre dette progresse de 5 000 euros chaque seconde ». De surcroît, la formule « le moment décisif » s’affichait en lettres majuscules sur son pupitre ainsi qu’en grand sur le mur derrière François Bayrou. Ce dernier affirme qu’il est prêt à affronter les difficultés plus fermement que ses prédécesseurs : « Ceux qui m’écoutent savent que quelque chose ne tourne pas rond », se persuade-t-il, employant une technique classique en politique consistant à impliquer directement les citoyens.
La dramatisation employée par François Bayrou découle de l’absence d’alternatives : sa stratégie est d’essayer de rallier l’opinion publique faute d’avoir l’appui des députés. Son dernier recours est de convaincre la population, car il ne possède pas de majorité stable à l’Assemblée nationale. Même parmi ses alliés, certains lui tendent des pièges. Plus que jamais, il est sur un siège éjectable, vulnérable face aux oppositions qui ne cessent de réclamer la « motion de censure, motion de censure, motion de censure ». Jean-Luc Mélenchon demande son départ, Marine Le Pen menace de déclencher la censure si le projet n’est pas modifié, et même le Parti socialiste considère ce budget comme inacceptable.
Le leader d’exception, une conviction presque spirituelle
Pourtant, l’été va passer, le Premier ministre va prendre du recul, tout comme les Français et les opposants. Puisque le Parlement est en pause jusqu’en septembre, François Bayrou bénéficie d’une certaine accalmie. Cela soulève la question de savoir si le mois de la rentrée sera favorable à une négociation. Sur ce point, le chef du gouvernement reste volontairement évasif. Il a mentionné une revue des niches fiscales sans préciser lesquelles. Qu’en est-il de la controversée contribution de solidarité pour les hauts revenus ? Se réserve-t-il la possibilité de ne supprimer qu’un seul jour férié au lieu de deux ? En ce qui concerne le gel complet des prestations sociales, acceptera-t-il de faire un geste pour aboutir à un compromis ?
Il est prêt à dialoguer, mais refuse toute concession majeure, puisque la somme de 44 milliards d’euros doit être trouvée coûte que coûte. Cette posture est aussi une manœuvre politique habile, presque un chantage déguisé : « sans moi, le pays sombrera dans la crise », « censurez-moi et c’est vous qui porterez la responsabilité du chaos ». François Bayrou s’affiche prêt à « combattre jusqu’au bout ». Il tient à démontrer qu’il a tout fait pour éviter le pire, lui qui faisait campagne en 2007 en mettant l’accent sur la question de la dette publique. Il revendique d’avoir eu raison avant les autres. Ainsi, même s’il devait tomber en patron fidèle à ses principes, il deviendrait un martyr politique. Ce moment semble presque revêtir pour lui une dimension quasi mystique, convaincu que sa présence là, à cet instant précis, n’est pas un hasard mais une mission imposée par le destin. Et tandis que le pays s’apprête à franchir cette dernière station avant le précipice, lui a clairement déjà un pied suspendu au-dessus du vide.