François Bayrou a avancé diverses initiatives, parmi lesquelles il suggère une modification majeure concernant la gestion des affections de longue durée. Il préconise également d’augmenter de façon significative la franchise médicale, la portant de 50 à 100 euros.
« Nous pouvons être fiers de notre système de santé. Cependant… » Lors de la présentation, mardi 15 juillet, de sa feuille de route visant à réaliser environ 44 milliards d’euros d’économies dans le budget 2026, François Bayrou n’a pas épargné le secteur sanitaire. Le Premier ministre a avancé un chiffre pour justifier les réformes à venir : « Si aucune mesure n’est prise, les dépenses augmenteront de 10 milliards d’euros l’année prochaine. » Il a ensuite demandé une limitation des dépenses « de l’ordre de » 5 milliards d’euros, en insistant sur la nécessité d’une « responsabilisation des patients pour rendre le coût de la santé plus tangible pour nos concitoyens ». Par ailleurs, l’Assurance-maladie avait déjà proposé, fin juin, un plan d’économies de 3,9 milliards d’euros.
Sans entrer dans le détail de toutes les mesures destinées à atteindre cet objectif, François Bayrou a seulement évoqué quelques exemples, qui devront encore être examinés par le Parlement à l’automne, ce qui laisse place à des ajustements, des amendements ou des suppressions.
Hausse de la franchise sur les médicaments de 50 à 100 euros
Le Premier ministre a d’abord pointé du doigt la consommation de médicaments : « En France, nous consommons par exemple deux fois plus d’antibiotiques qu’en Allemagne, alors que notre état de santé n’est pas meilleur. » Il a ainsi annoncé son intention de doubler la franchise forfaitaire sur les boîtes de médicaments acquittée par les assurés sociaux, déjà relevée en mars 2024. « À chaque boite achetée, un euro est à la charge du patient », avec un plafond fixé « à 50 euros par an », a-t-il expliqué. « Nous envisageons de porter ce plafond à 100 euros, ce qui représente environ 8 euros par mois pour les plus gros consommateurs de médicaments, » a-t-il ajouté, conscient du caractère sensible de la mesure.
Lors de cette même conférence, la ministre du Travail, de la Santé, des Solidarités et des Familles, Catherine Vautrin, a précisé que désormais, ces franchises seraient « payées directement au comptoir » par l’assuré, « afin d’être plus visibles et encourager chacun à mieux maîtriser ses dépenses ». Cette mesure financière divise l’opinion publique, comme en témoigne un reportage de France Télévisions filmé dans une pharmacie :
Par ailleurs, le gouvernement semble envisager une prise en charge réduite, voire un déremboursement, pour les patients non vaccinés, une piste évoquée en avril dernier par Patrick Martin, président du Medef, sur 42mag.fr. Sans avancer explicitement cette proposition, François Bayrou a souligné que la « responsabilisation » impliquait aussi la « vaccination », rappelant que « les trois quarts des patients en réanimation lors des épisodes grippaux » n’étaient pas vaccinés. Cette notion de « responsabilisation » des patients a provoqué une vive polémique, certains médecins, comme le docteur Jérôme Marty, exprimant leur désaccord sur le réseau social X :
Il faut « RESPONSABILISER LES PATIENTS »
Je ne savais pas que l’on choisissait d’être malade…
Que l’on « responsabilise les Français » pas de problème…
Mais dire « responsabiliser les patients » ça pue , c’est faire porter sur les épaules du patient la culpabilisation de sa…— DrJérômeMarty (@DrJeromeMarty) July 15, 2025
Réviser « en profondeur » le dispositif des affections longue durée
Parmi les autres pistes d’économies évoquées, figure une réforme du régime des affections de longue durée (ALD), qui ouvre droit à une prise en charge intégrale des soins liés à certaines maladies (cardiopathies, cancers, diabète, etc.), a indiqué le Premier ministre sans entrer dans les précisions. Là encore, il a mis en parallèle la situation française avec celle de l’Allemagne : « 20 % des Français bénéficient d’un statut ALD contre seulement 5 % des Allemands (…) Et je ne pense pas que la santé des Français soit bien pire que celle de nos voisins. »
« Nous entamerons donc une réforme radicale de la prise en charge de ces affections, avec, à partir de 2026, des mesures visant à sortir du remboursement intégral des médicaments sans rapport avec la pathologie déclarée, » a-t-il précisé. Il a aussi évoqué la possibilité de retirer le statut ALD « lorsque l’état de santé ne le justifie plus ». Catherine Vautrin et l’Assurance-maladie ont suggéré que les personnes guéries ou en rémission pourraient perdre ce statut, avec la possibilité de le récupérer en cas de récidive. Ces propositions suscitent à la fois de l’inquiétude et une certaine compréhension parmi les associations de malades et patients.
Dans cet esprit, le Premier ministre a mis en avant le « dossier médical partagé », outil destiné à « permettre au praticien suivant d’avoir connaissance du patient et de ses pathologies ». Lancé en 2004, ce dispositif a essuyé un échec, étant peu utilisé par les patients et les médecins. Sa tenue deviendrait désormais « obligatoire » pour les médecins, « avec l’appui de l’intelligence artificielle ». François Bayrou estime qu’il s’agit là d’une avancée majeure qui permettra de progresser nettement en matière de diagnostic, prévention et prise en charge des affections.
Mettre un terme à la « dérive » des arrêts maladie
Un autre point délicat concerne les arrêts maladie. François Bayrou a déclaré vouloir « mettre un terme à une dérive » dans ce domaine, citant un chiffre à l’appui : « Les contrôles sur les arrêts maladie dépassant 18 mois ont révélé que dans 50 % des cas, ces arrêts n’étaient plus justifiés. »
Le Premier ministre souhaite notamment autoriser un salarié à reprendre le travail après plus de 30 jours d’arrêt maladie sans passer par le médecin du travail. « Étant donné la pénurie de ces praticiens, comme pour d’autres spécialités, des dizaines de milliers de personnes souhaitant retourner au travail en sont empêchées (…) c’est absurde », a-t-il commenté. Il a ajouté : « Sauf en cas de maladie professionnelle ou d’accident du travail, ce sera le médecin généraliste ou spécialiste qui évaluera la capacité de reprise du travail. » Enfin, François Bayrou a annoncé un « projet de loi à l’automne sur la lutte contre la fraude fiscale et sociale, afin d’en améliorer la détection et les sanctions et de récupérer les sommes perdues ».
Lors de la conférence des finances publiques mi-avril, il avait déjà insisté sur l’importance du coût des arrêts maladie, estimé à 17 milliards d’euros par an, soit 25 % de plus qu’en période de Covid-19. Si le nombre total d’arrêts maladie est stable dans le privé, leur fréquence a augmenté chez les moins de 30 ans, due selon la ministre du Travail Astrid Panosyan-Bouvet à de mauvaises pratiques managériales. Ces arrêts sont sous la surveillance de l’Assurance-maladie, qui a réduit leur indemnisation depuis le 1er avril et mis en place début juillet un formulaire plus sécurisé. Par ailleurs, elle a lancé récemment une opération ciblant les généralistes prescripteurs les plus fréquents d’arrêts maladie, provoquant la colère des syndicats.
Exiger « plus d’efficacité » dans les hôpitaux, avec la réutilisation des équipements
Alors que les hôpitaux ont traversé une dégradation « sans précédent » de leurs finances en 2023, d’après le Panorama des établissements de santé publié en mai, François Bayrou souhaite qu’ils contribuent davantage aux efforts d’économie : « On demandera plus d’efficacité dans les établissements de santé, notamment en matière d’achats. » Il a expliqué : « Lorsqu’un médicament, même très onéreux, approche de sa date de péremption, l’établissement ne peut ni le donner ni le céder à un autre ; il doit le détruire, tandis que ce dernier achètera le même médicament à plein tarif. » Le Premier ministre a appelé à faire preuve de « bon sens » en encourageant la mutualisation ou le partage des achats.
Il a également évoqué le matériel médical, tel que « les fauteuils roulants pour les personnes gravement malades en fin de vie » ou « les cannes anglaises », proposant d’envisager un recyclage après le décès du patient : « Il faut pouvoir réutiliser ces équipements quand le patient n’en a plus besoin, par exemple après son décès ».
Face à ces propositions, la levée de boucliers n’a pas tardé, notamment en raison des inquiétudes suscitées par de nouvelles réductions budgétaires à l’hôpital. « Attention, toute forme de restriction budgétaire à l’hôpital public entraînera des conséquences très graves », a prévenu Arnaud Robinet, président de la Fédération hospitalière de France, sur RMC mercredi. « Le secteur hospitalier public, déjà en crise avant la pandémie, fait face à de nombreuses difficultés en matière de recrutement et d’investissement. »
« Non, nos hôpitaux ne sont pas moins performants. Ils accueillent 21 millions de passages aux urgences chaque année, mobilisant un million de professionnels soignants », a de son côté réagi Frédéric Valletoux, député Horizons de Seine-et-Marne, président de la commission des affaires sociales et ancien ministre de la Santé, sur BFMTV.