Laurent Wauquiez et Bruno Retailleau suggèrent maintenant d’apporter des améliorations au travail du Premier ministre, tout en reconnaissant qu’il a le mérite d’être en quête de solutions.
Les ultimatums catégoriques appartiennent désormais au passé. Le mercredi 16 juillet, Laurent Wauquiez s’est présenté en conférence de presse, arborant un visage sérieux et tenant un discours plus mesuré pour réagir aux mesures budgétaires annoncées par François Bayrou. Il a d’emblée reconnu que « ce plan a au moins le mérite de tenter d’apporter des solutions dans un contexte particulièrement délicat ». Puis, il a ajouté que « ce plan n’est pas exempt de défauts et doit être rectifié et amélioré », pointant notamment « un recours excessif à la hausse des impôts » et un projet qui « pèse lourdement sur la population active française ».
Bien qu’il s’agisse là de critiques, celles-ci apparaissent nettement moins virulentes que le ton adopté il y a seulement deux semaines lorsque Laurent Wauquiez avait dévoilé le « pacte budgétaire » de son groupe parlementaire. À ce moment-là, il brandissait la menace de ne pas soutenir le budget « s’il n’était pas accompagné d’un gel total des hausses fiscales », reprenant ainsi une formule déjà exprimée en avril sur 42mag.fr. La position exprimée mercredi, beaucoup plus conciliante que prévue, a apporté un certain soulagement au sein de l’exécutif. « On respire un peu en voyant la réaction de Wauquiez », confie un conseiller gouvernemental au service politique de France Télévisions. « Quand on sait à quel point il est habituellement critique, son accueil relativement positif des annonces est plutôt encourageant. »
Mercredi après-midi, François Bayrou a également pu tirer une forme de satisfaction des déclarations faites devant la presse par Bruno Retailleau, son ministre de l’Intérieur et par ailleurs président du parti Les Républicains. Ce dernier, absent de la conférence de presse organisée la veille par le Premier ministre, était resté jusque-là silencieux à propos des propositions budgétaires formulées.
« Je ne raisonne pas en termes de lignes rouges. Refuser sans avancer de propositions n’est simplement pas envisageable. »
Bruno Retailleau, président des Républicainsaux médias
Le dirigeant de la droite a ajouté : « Le Premier ministre a mis sur la table plusieurs propositions. Nous travaillerons à leur amélioration dans le cadre contraint des 43 milliards d’euros d’économies fixés », évoquant, à l’instar de Laurent Wauquiez, la nécessité d’économies sur les dépenses liées à l’immigration.
Une posture plus responsable et mieux entendue
Comment expliquer cette évolution, voire ce changement d’attitude chez les élus LR, et notamment Laurent Wauquiez ? Ce dernier a avancé une première justification lors de la conférence de presse, déclarant : « Face à la gravité de la situation financière, il est indispensable de savoir collaborer au-delà des divergences politiques. »
Jean-Didier Berger, député des Hauts-de-Seine, synthétise ce changement de ton : « Avec tant de voix prônant le chaos, nous sommes plus crédibles si nous restons sur un registre responsable », en critiquant parallèlement le Rassemblement national et la gauche qui envisagent déjà la censure de François Bayrou. Selon lui, cette modération chez Laurent Wauquiez s’explique car « certaines mesures vont dans le bon sens, ce qui justifie des propos pondérés ».
« François Bayrou a parfaitement repris notre diagnostic : le déficit public résulte avant tout d’un problème de dépenses, contrairement à ce qu’affirme en boucle Emmanuel Macron au sujet des recettes. »
Jean-Didier Berger, député LR des Hauts-de-Seineà 42mag.fr
Un autre député LR souligne : « Les deux plans présentés par le Premier ministre intègrent en partie des propositions que nous défendons depuis plusieurs années », citant comme exemples la réduction du nombre d’agences étatiques, le gel des budgets publics ou encore la fusion des aides sociales. « Nous espérons que ces pistes pourront être mises en œuvre rapidement et nous resterons vigilants quant aux détails », conclut-il.
Aucune raison de s’emporter ou de brandir des menaces
Doit-on pour autant penser que François Bayrou peut dormir tranquille vis-à-vis de la droite ? Dès mardi soir, au lendemain de son allocution, les premiers retours émanaient d’un ton plutôt critique envers le Premier ministre. Un sénateur LR estimait ainsi que « ces annonces ne passeront pas la saison hivernale ». Un autre cadre du parti prédisait : « Nicolas (Sarkozy) va devoir en assumer les conséquences », reprenant une formule virale sur les réseaux sociaux, qui illustre la lassitude fiscale ressentie par la classe moyenne.
Fabien Di Filippo, député LR de Moselle, dénonçait également : « L’effort demandé est indispensable, mais le projet ne peut être adopté en l’état à cause d’une répartition inéquitable de ce dernier, qui ne tire pas pleinement les leçons de la gestion désordonnée de ces huit dernières années sous Macron. »
« Ce n’est pas le moment d’aborder la question du vote ou d’une éventuelle censure. Le principal est de faire entendre nos propositions d’économies sur l’assistanat et l’immigration. »
Fabien Di Filippo, député LR de Moselleà 42mag.fr
Jean-Didier Berger enchaîne : « Plutôt que de s’emballer ou de proférer des menaces, profitons des trois prochains mois prévus pour formuler des contre-propositions. Le calendrier a été pensé en ce sens. »
François Bayrou peut donc envisager ses prochaines vacances avec un certain calme, compte tenu de l’attitude plus modérée des responsables LR, ce qui devrait lui éviter une crise gouvernementale imminente. Cependant, l’exécutif sait bien que le parti de droite exercera une pression importante dès la rentrée, notamment avec la demande d’un projet de loi sur la fraude sociale, et ce avant même que ne débute la discussion budgétaire en octobre. Par ailleurs, il est conscient qu’un accord avec Les Républicains sur le budget 2026 ne suffira pas à écarter la menace de censure brandie pour l’instant par La France insoumise, le Parti socialiste et le Rassemblement national, une alliance peu naturelle mais la seule coalition capable de le renverser.