Mardi, lors de la présentation des grandes lignes du budget pour l’année 2026, le Premier ministre a révélé son intention de supprimer deux jours fériés dans le calendrier officiel. Il a notamment évoqué le lundi de Pâques ainsi que le 8 mai comme jours susceptibles d’être retirés. Cette déclaration a rapidement provoqué une vive réaction de la part des partis d’opposition, qui ont exprimé leur désaccord avec cette proposition. Toutefois, il apparaît clairement que les discussions sur ce sujet risquent d’être complexes et prolongées avant toute prise de décision finale.
À peine le Premier ministre avait-il entamé son allocution mardi que le Rassemblement national (RN) a répliqué sans délai sur la plateforme X. « Le retrait de deux jours fériés, chacun aussi porteur de signification que le lundi de Pâques ou le 8 mai, constitue un assaut direct contre notre passé, nos origines, ainsi que contre la France laborieuse. Aucun député RN n’acceptera cette mesure, qui n’est rien d’autre qu’une provocation. » C’est par la voix de Jordan Bardella, chef du parti d’extrême droite, que le RN a immédiatement rejeté les orientations budgétaires exposées par François Bayrou le 15 juillet. Le principal objet de la critique du probable successeur de Marine Le Pen à la présidentielle : la proposition du leader du MoDem de supprimer deux jours fériés dans le but de réaliser une économie de 4,2 milliards d’euros.
Le centriste a avancé deux « suggestions » : supprimer le lundi de Pâques, qu’il considère comme dépourvu de « signification religieuse », ainsi que le 8 mai, une date « qui se trouve dans un mois » et dont la pertinence devient selon lui « un véritable gruyère ». Le RN n’est pas le seul groupe d’opposition à avoir fustigé cette mesure, qui fait peser la menace d’une censure. « En prime, la disparition du 8 mai, journée de commémoration de la victoire sur le nazisme, est un non-sens total », a par exemple dénoncé sur X Olivier Faure, patron du Parti socialiste (PS). « Un symbole majeur : les deux jours fériés supprimés permettent de compenser le revenu issu de l’impôt sur la fortune, que Macron interdit de restaurer… », a également critiqué sur X Jean-Luc Mélenchon, le leader de La France insoumise.
Une simple manœuvre de négociation ?
« Ce sujet demeure un tabou et illustre bien notre rapport au travail en France. François Bayrou met cette question sur la table, mais tout le monde ne retient que cet aspect. » déplore le député MoDem Erwan Balanant, qui y voit dans les critiques « une volonté commune des oppositions de repousser le débat. » « C’est ce qui fâche le plus », confirme une autre élue du même groupe parlementaire.
Cette mesure, qui ne représenterait que moins de 5 milliards d’euros sur les quelque 44 milliards d’économies envisagées par François Bayrou pour l’année suivante, apparaît facile à comprendre pour le public. « C’est un enjeu universel, chargé de symboles, et facile à utiliser politiquement pour les opposants, » analyse le constitutionnaliste Benjamin Morel. Au sein de l’opposition, certains s’interrogent sur les véritables intentions dissimulées derrière cette annonce, comme l’a illustré sur X la sénatrice socialiste Marie-Pierre de la Gontrie.
Par ailleurs, beaucoup voient cette annonce comme une première étape visant à instaurer les bases des futures négociations entre le gouvernement et les parlementaires à la rentrée. Faute de majorité stable à l’Assemblée nationale, François Bayrou devra impérativement dialoguer avec les oppositions s’il souhaite éviter une motion de censure et un éventuel sort à la Michel Barnier. « Cette annonce autour du 8 mai ressemble vraiment à un levier de négociation symbolique », observe ainsi la députée écologiste Sandra Regol. La porte semble déjà entrouverte à Matignon, où l’on affirme : « Si des propositions alternatives intelligentes émergent et permettent de ramener les économies espérées, le Premier ministre pourra trancher autrement. » Cette même idée est reprise par l’entourage de la ministre du Travail, qui souligne que « les dates avancées par le Premier ministre ne sont encore que des pistes. »
De plus, cette proposition ne fait pas l’unanimité même parmi les alliés du Premier ministre. « Je suis favorable à ce qu’on trouve une autre solution, ce sera le rôle du Parlement, » estime une élue MoDem. « Je comprends que cela puisse être perçu comme une sanction, mais si nous échouons à trouver une alternative, ce n’est pas si aberrant par rapport à la pratique de certains pays européens. »
Un jeu politique habile ?
L’idée que François Bayrou ait délibérément avancé la suppression de ces deux jours fériés pour en restituer au moins un dans le cadre des négociations, tentant ainsi de rallier certains partis d’opposition à ne pas déposer de motion de censure, est-elle plausible ? « Politiquement, cela est peut-être un très bon coup de la part de François Bayrou, » commente Benjamin Morel.
« C’est une provocation avec un effet rougeoyant. Le RN s’y jette aussitôt et si François Bayrou revient sur cette proposition, le parti dirigé par Jordan Bardella pourra s’en vanter et aura du mal à affirmer qu’il n’a rien obtenu. »
Benjamin Morel, expert en droit constitutionnelà 42mag.fr
Au sein du RN, on se montre cependant méfiant face à un éventuel faux pas gouvernemental. « C’est un boulet chargé de rouge, mais cela ne suffira certainement pas, » prévient le député Jean-Philippe Tanguy. « Nous connaissons bien la stratégie du ‘malhonnête’, qui consiste à rendre ce qu’on a pris, » renchérit un stratège du parti. « Mais bien d’autres questions restent sans réponse dans ces annonces : les économies sur l’immigration, sur la contribution de la France à l’Union européenne, par exemple. »
À gauche, le ton est du même acabit. Cette proposition de suppression de deux jours fériés « peut servir de leurre, » reconnaît le député écologiste Benjamin Lucas, qui ajoute cependant aussitôt que « nous serions naïfs de croire que le reste du plan est acceptable. » Un éventuel recul de François Bayrou sur ce point « ne saura pas suffire, » affirme le porte-parole du groupe écologiste.
Du côté du PS, le parti de gauche le plus susceptible de négocier avec le gouvernement, la position est comparable. « Abandonner les deux jours fériés ne suffira pas à nous convaincre, » met en garde Boris Vallaud, chef des députés socialistes. Sans aller jusqu’à évoquer une menace de censure, les Républicains ne manifestent guère d’enthousiasme face à la mesure. « Supprimer deux jours fériés revient à travailler plus sans toucher au salaire… ce qui n’est pas inscrit dans l’ADN de la droite populaire qui défend les travailleurs, » rappelle Antoine Vermorel-Marques, député LR, en évoquant le célèbre slogan de Nicolas Sarkozy. « Cela rapporte quelques milliards, mais c’est une goutte d’eau dans l’océan des économies à réaliser, » confie à 42mag.fr un autre élu de droite. Les négociations budgétaires qui s’annoncent seront donc particulièrement complexes dans les semaines à venir. Une certitude subsiste : il faudra patienter encore avant de pouvoir définitivement retirer le 8 mai et le lundi de Pâques du calendrier des jours fériés.