Le Rassemblement national ainsi que les diverses factions de la gauche expriment leur forte opposition à la décision du gouvernement de transformer le 8 mai en une journée où le travail est maintenu, dans le but de générer des économies budgétaires.
Une proposition vivement contestée : parmi les pistes envisagées pour réaliser près de 44 milliards d’euros d’économies en 2026, le gouvernement prévoit de supprimer deux jours fériés dès l’année prochaine : le lundi de Pâques, dont la date varie chaque année, ainsi que le 8-Mai, date symbolique célébrant la fin de la Seconde Guerre mondiale en 1945. Cette annonce, révélée lors de la présentation des options budgétaires par François Bayrou, mardi 15 juillet en fin d’après-midi, a suscité un vif débat.
Rapidement, les partis d’opposition se sont élevés contre cette proposition. Ils remettent en cause non seulement la logique économique de cette décision, mais dénoncent également une atteinte à des symboles forts. « Supprimer deux jours fériés aussi emblématiques que le lundi de Pâques et le 8-Mai représente une attaque frontale contre notre histoire, contre nos valeurs et contre la France engagée dans le travail », a déploré Jordan Bardella, président du Rassemblement national (RN), sur X. « Le RN refuse catégoriquement cette mesure, car le 8-Mai commémore le jour où la France a vaincu le nazisme, la fin de la Seconde Guerre mondiale qui a fait entre 60 et 80 millions de morts, et où l’on honore nos héros », a appuyé l’eurodéputé Matthieu Valet sur la même plateforme.
Quelle portée politique pour ce choix ?
La gauche ainsi que les syndicats n’ont pas tardé à condamner la suppression du 8-Mai, jour qui deviendrait travaillé si le projet de loi de finances est adopté tel que proposé par François Bayrou. Or, ce dernier fait déjà face à une opposition farouche à l’Assemblée nationale. « S’en prendre à ce jour, c’est nier la mémoire de ceux qui ont lutté pour la liberté de la France », s’est émue Bastien Lachaud, député LFI, via Facebook. « Alors que l’extrême droite gagne du terrain dans toute l’Europe, quel signal envoie la macronie en supprimant le 8-Mai ? Celui d’un oubli, d’un renoncement. »
« Ce n’est pas anodin : il s’agit de supprimer le 8-Mai, jour marquant la victoire contre le nazisme. Alors que l’extrême droite est à nos portes, le Premier ministre annonce vouloir effacer cette date. C’est profondément inquiétant », a ajouté Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, dans une interview accordée à l’AFP.
Les communistes n’ont pas tardé à lancer une pétition dénonçant « une abomination doublée d’une folie » mettant, selon eux, « en péril la République ». De son côté, la députée écologiste Léa Balage El Mariky a initié une pétition visant à sauvegarder spécifiquement le caractère férié et chômé du 8-Mai. « Nous refusons que la mémoire de la Résistance, la mémoire de la Shoah, la mémoire des atrocités nazies, ainsi que celle des combats pour la liberté soient sacrifiées au nom d’un prétendu pragmatisme », souligne le texte publié sur la plateforme Qomon. « Le 8-Mai, c’est à la télévision des reportages, des cérémonies, un travail de mémoire qui ne peut être ignoré », complète l’entourage de la députée, qui dénonce par ailleurs une tentative de « réhabilitation » de l’extrême droite via la critique de cette mesure.
« Le RN cherche à effacer ses propres origines. Plus largement, il existe un déficit de transmission de cette mémoire alors que certains adhèrent encore à cette idéologie. »
L’entourage de Léa Balage El Mariky, députée écologisteà 42mag.fr
Dans le même registre, Marine Tondelier a rapidement dénoncé ce qu’elle considère comme un mauvais coup signé par le gouvernement. « François Bayrou propose donc de supprimer le jour férié du 8-Mai, symbolisant la victoire contre le nazisme. Comment interpréter cela exactement ? », a-t-elle lancé sur X. Le ministre délégué chargé de l’Europe, Benjamin Haddad, lui a répondu sur la même plateforme : « Le général de Gaulle avait lui-même supprimé le 8-Mai férié, et il me semble qu’il était fortement engagé dans la victoire contre le nazisme. »
La droite et le centre minimisent la portée du 8-Mai
Depuis mardi après-midi, la majorité présidentielle cherche à relativiser l’importance de cette date, dans le but d’atténuer la critique qui accuse un oubli du devoir de mémoire. Cette journée a été créée en 1946 et initialement fixée à un dimanche afin de ne pas entraver la reconstruction du pays après la guerre.
Le 8-Mai est devenu jour férié et fixée à la date du 8 mai en 1953, notamment sous l’impulsion d’associations de résistants et d’anciens déportés, avant de redevenir un dimanche à partir de 1959. En 1968, le 8-Mai reprend son statut de date officielle de commémoration, bien qu’elle devienne travaillée. En 1975, le président Valéry Giscard d’Estaing supprime ce jour férié au profit du 9 mai, Journée de l’Europe, symbole de réconciliation franco-allemande. Sous François Mitterrand en 1981, le 8-Mai est rétabli comme jour férié, montrant que cette commémoration a connu de nombreuses variations.
« La France fait partie des rares pays alliés à encore célébrer le 8-Mai », a rappelé la ministre du Travail, Astrid Panosyan-Bouvet, mercredi matin sur LCI. Cette date est seulement fériée dans deux autres pays européens, la République tchèque et la Slovaquie. Du côté de la droite, certaines voix jugent que la gauche exagère les enjeux du débat : « Entendre la CGT prétendre qu’il s’agit presque d’un retour du nazisme, il faut un peu calmer le jeu. Les salariés ont travaillé ce 8 mai et cela n’a entraîné aucun drame », a estimé Jonas Haddad, porte-parole adjoint des Républicains, sur BFMTV.
Lancement d’une concertation avec les acteurs sociaux
Au sein même de la majorité présidentielle et chez certains représentants de la droite, des doutes s’expriment quant à la pertinence de la proposition formulée par François Bayrou. « Puisque le Premier ministre se dit prêt à écouter d’autres suggestions, nous lui proposons de renoncer à la suppression du 8-Mai et de l’échanger plutôt contre le jour du 15 août. Le 8-Mai symbolise la mémoire nationale, la victoire sur la barbarie ainsi que les valeurs républicaines. Sa portée est universelle et laïque, contrairement au 15 août », déclarent Les Jeunes en marche, mouvement de jeunesse du parti Renaissance, sur X.
« Maintenir le 8-Mai, c’est affirmer notre respect envers ceux qui ont donné leur vie pour la France, transmettre cette mémoire aux nouvelles générations et envoyer un message européen fort de paix et de réconciliation. »
Les Jeunes en marche, mouvement de jeunesse de Renaissancesur X
Quoi qu’il en soit, la décision concernant le 8-Mai, tout comme celle relative au lundi de Pâques, n’est pas encore définitive. « Ce qui commence aujourd’hui, c’est un cycle de discussions avec les partenaires sociaux, conduites par [les ministres] Catherine Vautrin et Astrid Panosyan-Bouvet », a précisé mercredi matin Amélie de Montchalin, ministre déléguée chargée des Comptes publics, à l’issue du Conseil des ministres. Ces consultations devaient démarrer « dans les prochaines heures », mercredi en fin de journée. Une occasion pour gouvernement et opposition de mesurer l’ampleur de leurs désaccords.