Lundi 28 juillet, lors de son intervention dans l’émission « La Matinale », le député élu sous l’étiquette EPR représentant les Français vivant à l’étranger, Pieyre-Alexandre Anglade, a exprimé son enthousiasme face à la mobilisation croissante des citoyens français contre la réintroduction des insecticides néonicotinoïdes. Il a notamment salué la pétition lancée en opposition à la loi Duplomb, une mesure législative qu’il avait déjà combattue lors des débats à l’Assemblée nationale.
La pétition opposée à la loi Duplomb, qui prévoit notamment de réautoriser temporairement l’utilisation de l’acétamipride, un pesticide interdit en France depuis 2018 mais toujours permis au niveau européen, afin d’aider les cultivateurs de betteraves et de noisettes à combattre les parasites, a franchi lundi 28 juillet la barre des deux millions de signatures. Le journaliste Alexandre Peyrout reçoit Pieyre-Alexandre Anglade, député du groupe Ensemble pour la République représentant les Français établis hors de France, pour discuter de cette mobilisation lancée le 10 juillet et qui ouvre la possibilité d’un nouveau débat autour de ce texte.
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Alexandre Peyrout : La pétition contre la loi Duplomb, visant notamment à réintroduire un pesticide controversé, vient de dépasser deux millions de signatures. Quelle lecture en faites-vous ?
Pieyre-Alexandre Anglade : Ce chiffre illustre l’ampleur de la mobilisation citoyenne contre ce texte, et plus particulièrement contre la réintroduction des néonicotinoïdes, qui suscite une vive inquiétude parmi les Français. Personnellement, j’ai voté contre ce projet à l’Assemblée nationale car je considère que nous avons amorcé une dynamique importante en faveur de la protection de la biodiversité avec la sortie progressive de ces pesticides. Revenir en arrière, dans un contexte où le déclin de la biodiversité est manifeste, constitue une erreur. Je suis donc heureux de constater cette mobilisation et j’espère que le gouvernement en tiendra compte. J’ai cru comprendre que les ministres avaient d’ores et déjà annoncé la tenue d’un débat au Parlement à l’automne.
Faut-il envisager l’abrogation de cette loi ?
Le texte a été adopté par l’État et le Parlement, donc il me semble qu’il faut d’abord engager un véritable débat, examiner les conclusions de l’Anses, puis éventuellement envisager de revenir sur cette loi. Quoi qu’il en soit, nous ne pouvons pas simplement annuler ce que l’Assemblée vient d’adopter. Le dialogue doit avoir lieu, les autorités sanitaires doivent être pleinement saisies. Et si elles concluaient une fois encore que ce produit est nocif, alors un nouveau débat à l’Assemblée nationale sera nécessaire.
« Une manœuvre de contournement orchestrée par le centre, dont je fais partie »
Sur le plan constitutionnel, l’article 10 offre la possibilité au président Emmanuel Macron de ne pas promulguer cette loi et de demander un nouvel examen. Vu les circonstances quelque peu agitées entourant l’adoption de ce texte, jugez-vous que cette option soit la plus adéquate ?
Vous soulevez la manière dont ce texte a été adopté, ce qui explique en partie le malaise qu’il suscite aujourd’hui. Il n’y a pas eu un véritable débat à l’Assemblée nationale. Les oppositions ont multiplié les amendements, et une manœuvre de contournement a été mise en œuvre par le bloc central, dont je fais partie, via une motion de rejet qui a permis d’éviter le débat. La situation est donc insatisfaisante. Nous attendrons le verdict du Conseil constitutionnel sur cette loi, ainsi que les moyens dont dispose le président. Mais pour moi, la meilleure démarche consiste à entendre la mobilisation exprimée à travers cette pétition, à relancer le débat parlementaire en tenant compte des avis de l’Anses.
« Les Républicains affichent parfois un certain climatoscepticisme »
Il y a eu plusieurs reculs récents concernant les enjeux écologiques, que vous avez vous-même soulignés. Est-ce, selon vous, un signal adressé à votre encontre ?
Depuis 2017, malgré certaines critiques contraires, le président de la République et ses gouvernements successifs ont accompli beaucoup de progrès en matière environnementale. Cependant, depuis la dissolution et l’absence de majorité claire à l’Assemblée nationale, on observe une forme de recul préoccupante sur ces sujets essentiels : biodiversité, lutte contre le dérèglement climatique, qui demeure une priorité incontournable. Les incendies, la sécheresse dans le Sud de la France illustrent parfaitement la gravité de la situation. La France et l’Europe sont en première ligne face au changement climatique. La France a longtemps pris les devants dans ce domaine, elle doit continuer à le faire. Je déplore cependant que ce mouvement s’essouffle, notamment à cause du parti Les Républicains, qui adopte parfois une posture climatosceptique.
Or, Les Républicains sont aujourd’hui vos partenaires au gouvernement. Est-il possible de maintenir cette collaboration malgré des divergences aussi marquées sur un sujet aussi crucial que l’environnement ?
Il est clair que nous ne partageons ni le même projet ni la même vision pour l’avenir du pays. Cette alliance gouvernementale est une coalition de circonstances liée à la dissolution qui a conduit à un Parlement fragmenté, sans majorité absolue, opposant plusieurs blocs. Le pays a néanmoins besoin d’un gouvernement stable capable de relever les défis majeurs, notamment climatiques et environnementaux. Mais avec les LR, on constate bel et bien une forme de scepticisme sur ces questions. J’en appelle donc aux députés LR — et je sais qu’ils sont plusieurs dans ce groupe — à prendre conscience de l’urgence et à ajuster leur position, car ils ne vont pas dans la bonne direction.
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