En déplacement en Lettonie jeudi, le chef de la diplomatie française a émis des réserves sur l’imminence d’une menace russe et chinoise au Groenland, sans critiquer explicitement la posture des États-Unis.
Dans un désaccord profond avec les États‑Unis, le Danemark a obtenu qu’une mission militaire européenne soit dépêchée au Groenland, territoire autonome prisé par Donald Trump. Peu après, le chef de l’État américain a précisé que ce déploiement n’aurait “aucun impact” sur son “objectif” d’acquérir le Groenland.
Mais à qui est destiné ce signal de fermeté ? Les Européens hésitent à clarifier leur position, redoutant d’irriter Washington. À Riga, en Lettonie, où il était en visite jeudi 15 janvier, le ministre français des Affaires étrangères Jean‑Noël Barrot a adressé plusieurs messages tout en restant mesuré.
Qui menace aujourd’hui le Groenland ? Est‑ce la Russie, la Chine, les États‑Unis ? La réponse se lit entre les lignes lorsque l’on écoute le ministre français des Affaires étrangères : « Le Groenland n’est pas à vendre, puisqu’il est évident qu’il n’y a pas de vendeur. Les autorités danoises et les autorités groenlandaises l’ont dit avec une fermeté remarquable », avance le ministre. Il ajoute, sans jamais citer explicitement le nom du président américain : « Les pays européens sont tout à fait capables de défendre leur territoire contre toute menace, où qu’elle vienne ».
Cette menace pesant sur la région arctique, il ne fait aucun doute, est attribuée à la Russie et à la Chine, avait déclaré un peu plus tôt le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius. Mais pour Jean‑Noël Barrot, « la nature exacte de ces menaces mérite d’être précisée ».
Les Européens hésitent à affronter l’Amérique
Baiba Braze, la cheffe de la diplomatie lettone, ne partage pas ce point de vue prudent. Son pays a connu la tutelle soviétique et se trouve sous la menace potentielle des tirs russes, ce qui rend invivable l’idée de se priver du bouclier américain. Selon elle, il faut donc discuter avec Washington, car « le bon cadre pour trouver la solution, c’est le dialogue ».
On voit bien les difficultés des Européens à parler d’une voix commune et à oser affronter l’Amérique. « Pour rester libres, il faut être craints et pour être craints, il faut être puissants », affirmait Emmanuel Macron lors de ses vœux aux armées prononcés sur la base aérienne d’Istres (Bouches‑du‑Rhône). Pour l’instant, il semble cependant qu’il faille privilégier la prudence.







