Najat Vallaud-Belkacem, autrefois à la tête du ministère de l’Éducation et aujourd’hui présidente de l’association France terre d’asile, était l’invitée de l’émission « Tout est politique », diffusée sur 42mag.fr le lundi 2 février. Elle a répondu aux interrogations des journalistes Sonia Chironi et Nathalie Saint-Cricq au sujet du projet de loi de finances pour 2026.
Ce texte représente une retranscription d’un extrait de l’entretien cité précédemment. Pour voir l’intégralité de l’échange, cliquez sur la vidéo.
L’actualité de ce soir porte sur une seconde motion de censure qui sera examinée sous peu et qui, selon les observateurs, devrait être rejetée. Ainsi, le budget de la France pourrait être officiellement acté ce soir grâce à votre influence, Najat Vallaud-Belkacem, ou du moins grâce au soutien des socialistes auxquels vous appartenez encore ?
Najat Vallaud-Belkacem : Ce que j’assume, c’est bien la ligne choisie par les parlementaires socialistes, même si je n’en fais pas partie, dans le cadre du débat à l’Assemblée et du rapport de force qui en découle. Il faut se souvenir que les gains obtenus par les socialistes dans ce contexte se font au prix de certains éléments.
Bruno Retailleau dit que c’est un budget socialiste. Est-ce exact ?
Certains auraient tendance à le penser, mais je ne partagerai pas ce verdict. Ce budget n’est pas le budget idéal pour les socialistes, mais il comporte des éléments comme la suspension de la réforme des retraites et une hausse de la prime d’activité, ainsi que bien d’autres mesures qui constituent, en réalité, de petites victoires des socialistes. En définitive, le document final ne ressemble pas du tout à la version initiale.
Nathalie Saint-Cricq : craignez-vous que cela puisse provoquer une fracture à gauche ? On a entendu Mathilde Panot dire tout à l’heure que, une fois encore, vous avez été la béquille du macronisme. Pensez-vous que ce travail accompli avec le gouvernement compromettra vos rapports avec La France insoumise (LFI), et notamment pour les municipales ?
À mon avis, la gauche plurielle s’est surtout demandée : « Comment être réellement utile pour les Français ? ». Certains ont estimé, et c’est l’objet des motions de censure déposées, qu’être utile signifiait tout bloquer immédiatement et replonger la France dans un chaos démocratique — rappelant ainsi le scénario de la dissolution précédente. Je ne suis pas convaincue que ce soit la bonne analyse. Je pense plutôt que l’utilité réside dans le fait de répondre aux enjeux de pouvoir d’achat, particulièrement pour ceux qui ont le plus besoin de l’intervention publique. Et c’est encore une fois le choix des socialistes. Il est intéressant, me semble-t-il, que cette clarification entre les courants de gauche se fasse désormais afin de mieux préparer l’avenir.
Ceci va au-delà d’une simple clarification. En effet, lorsque l’on voit, même au niveau municipal, des voix comme Sophia Chikirou demander de battre un maire issu de la gauche, on peut penser à une fracture définitive avec La France insoumise. Est-il envisageable de maintenir ce clivage avec eux ?
Vous êtes une observatrice aguerrie du paysage politique actuel. D’après ce que j’observe, la fracture est bien réelle et suffisamment nette pour que je n’en doute pas.
Vous ne semblez pas être entièrement représentative de la ligne du Parti socialiste (PS) sur ce sujet, selon les déclarations récentes de Pierre Jouvet, le secrétaire général du PS. Devant les journalistes, il a évoqué la possibilité d’accords « peut-être » avec LFI dans certains endroits. C’est le bras droit d’Olivier Faure, ce qui signifie que tout ce qu’on nous disait sur des désaccords irréconciliables avec LFI pourrait, dans les prochaines semaines, évoluer vers des accords entre socialistes et insoumis après le deuxième tour ?
Je ne suis ni porte-parole du PS ni de Pierre Jouvet, et il faudra l’interroger sur ses propos. Ce que ces remarques suggèrent, c’est qu’au final, il y aura probablement besoin d’un front républicain à un moment ou à un autre — au-delà de la gauche. Ce qui se profile pour les élections à venir, qu’elles aient lieu cette année ou en 2027, est une montée importante de l’extrême droite. Créer ce front républicain signifiera donc d’aller au-delà de ceux avec qui on partage tout. Toutefois, les mois passés ont montré des désaccords forts entre les différentes familles de gauche, et cela ne constitue pas une unité politique unanime, malheureusement. Cela ne veut pas dire toutefois qu’il faille renoncer à produire un récit commun à la gauche, car les électeurs réclament d’abord de l’unité. Mais les stratégies qui encouragent à taire ou à masquer ces désaccords violents entre les courants de gauche sont, à mes yeux, des pratiques perdues. Dans la plupart des communes pour les municipales, on voit généralement La France insoumise d’un côté et les socialistes et les écologistes de l’autre au premier tour. Quant au second tour, c’est de nouveau le front républicain qui s’impose, et pas uniquement du côté des formations de gauche.
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