Selon Édouard Geffray, le ministre chargé de l’Éducation, la durée idéale des congés estivaux serait comprise entre quatre et six semaines, afin de limiter les pertes de connaissances chez les élèves.
Bien que le sujet soit relégué à l’agenda pour 2027 après l’élection présidentielle, Emmanuel Macron réaffirme régulièrement son appui à un raccourcissement des grandes vacances d’été. Son ministre de l’Éducation, Édouard Geffray, avance une plage idéale située entre quatre et six semaines, et non pas deux mois. Il soutient que la durée actuelle des congés estivaux a des répercussions néfastes sur les élèves, et particulièrement sur ceux issus des milieux les plus modestes. « En éducation prioritaire, c’est-à-dire pour les élèves les plus défavorisés, un été d’un mois et demi ou même deux mois équivaut à environ un mois de perte d’apprentissage, a déclaré le ministre lundi 9 décembre sur RTL. On récupère nos enfants avec le niveau qu’ils avaient le 30 mai plutôt que celui qu’ils avaient le 30 juin, pour faire simple. Donc oui, c’est démontré et oui, c’est un problème. » Vrai ou Faux ?
En vérité, l’effet de la longueur des vacances d’été sur le niveau des élèves n’est pas aussi net qu’on le croit. Les recherches — menées en France et dans d’autres pays comme les États-Unis, le Royaume-Uni ou la Suède — présentent des conclusions variées, parfois même opposées.
Un siècle de questionnement
La question de la « perte de connaissances » pendant les vacances scolaires intrigue les chercheurs depuis plus d’un siècle. La première étude à ce sujet date de 1906 et provient de William F. White, professeur de mathématiques à New York. Lors de l’examen final, ses étudiants avaient commis en moyenne 9 erreurs sur 70. Après l’été, ce chiffre augmentait à 25, puis, après deux semaines de révisions, il tombait à 15 erreurs. White en déduisait que « ce sont les notions les moins essentielles qui s’oublient le plus vite ».
Depuis lors, le concept de « summer learning loss » s’est imposé. De nombreuses recherches ont été menées aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Suède. D’ailleurs, une synthèse américaine publiée en 1996 conclut que « la perte d’apprentissages estivale équivaut à environ un mois », ce que le ministre Édouard Geffray reprend dans ses remarques.
Toutefois, ces travaux n’aboutissent pas au même verdict. Des études publiées au Royaume‑Uni en 2022 résument l’état des lieux ainsi : « L’existence et la gravité du phénomène ont été confirmées par une revue systématique publiée en 1996, mais des recherches plus récentes suggèrent que l’apparente aggravation des inégalités dépend de la façon dont les capacités des enfants sont mesurées et interprétées. De nouvelles analyses des résultats antérieurs et d’autres jeux de données indiquent un effet bien plus faible, voire nul, de la perte d’apprentissages pendant l’été sur les inégalités socio‑économiques en matière de réussite scolaire. »
Depuis 1996, « les analyses du statut socio-économique et des compétences en lecture n’ont pas permis de mettre en évidence des inégalités constantes entre élèves favorisés et élèves défavorisés ». Les résultats varient considérablement d’une étude à l’autre. « Si certains travaux ont constaté des effets négatifs chez les élèves issus de milieux défavorisés, d’autres ont trouvé des effets négatifs chez des élèves issus de milieux privilégiés. De nombreuses recherches récentes présentent des résultats contradictoires, qui dépendent notamment du niveau scolaire, des jeux de données, de l’échelle utilisée ou des modèles d’analyse, et certains travaux ne démontrent même pas de différence entre les groupes socio‑économiques. »
Une étude qui mérite des confirmations
En France, « les résultats des évaluations de la Depp — un service du ministère de l’Éducation — réalisées au tout début du CP, puis à mi-CP et en début de CE1, publiées chaque année — montrent, durant les quatre premiers mois de l’année, une réduction des écarts entre les élèves issus de l’éducation prioritaire et ceux hors éducation prioritaire dans le public, avant que les écarts ne se creusent à nouveau en début CE1 », explique le ministère à 42mag.fr.
Cependant, l’évaluation du niveau des élèves à la rentrée en CE1 2024 précise que « les exercices employés pour tester les compétences identiques ne sont pas les mêmes au point d’étape CP et aux Repères début CE1. Il ne peut donc pas exister de comparaison directe des proportions d’élèves atteignant le niveau satisfaisant entre les deux évaluations. Seuls les écarts peuvent être mis en regard ». Seul l’exercice de lecture de mots « est susceptible d’approcher directement la cohorte entre mi-CP et début CE1 » car les 30 premiers mots proposés restent identiques, bien que le seuil d’exigence diffère. Ainsi, en janvier 2024, « à mi-CP, 75,4% des élèves atteignaient le seuil 2 (satisfaisant) » et qu’en septembre 2024, « 72,5% des élèves » entrant au CE1 atteignaient ce même seuil.
La Depp « a cherché à comprendre à quel moment les écarts se creusent à nouveau entre la mi-CP et le début de CE1 et a mené une évaluation des compétences des élèves en juin 2020 », poursuit le ministère. Elle a donc suivi et comparé les niveaux de 20 000 élèves entre leur entrée au CP et leur entrée au CE1. Dans son étude, elle conclut que, « alors que l’année de CP contribue à réduire les écarts entre les secteurs de scolarisation, les vacances scolaires les accentuent ».
Concrètement, l’étude montre que le niveau en maths « reste stable ou recule dans tous les domaines sauf en résolution de problèmes » et que, « parallèlement, les écarts de performances entre les élèves selon leur secteur de scolarisation augmentent dans tous les domaines des mathématiques au détriment de ceux scolarisés en REP et REP+ ». Autrement dit, lorsque les résultats baissent pour l’ensemble des élèves, cela recule plus rapidement pour les enfants scolarisés en REP et REP+.
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Concernant le niveau de français, celui-ci « progresse pendant les vacances d’été, sauf en écriture (l’orthographe). Dans ce domaine, tout comme en lecture à haute voix, les écarts entre les enfants selon leur secteur de scolarisation augmentent ». Autrement dit, lorsque les acquis en lecture à voix haute s’accroissent pour tous, cette progression est moins marquée chez les élèves des REP et REP+.
Par ailleurs, l’étude relève aussi que les vacances estivales renforcent l’avance des garçons en mathématiques par rapport aux filles.
Cependant, cette étude repose sur un seul niveau d’enseignement et sur l’année 2020-2021, marquée par la pandémie de Covid-19 — fermeture des établissements pendant trois semaines en avril 2021 et maintien des fermetures de classes dès le premier cas détecté jusqu’en novembre 2021 — et elle ne peut être qualifiée de représentative. Le ministère rappelle que, « sur le plan scolaire, la Depp a montré que pendant la période Covid l’année, les élèves issus de milieux défavorisés avaient été plus pénalisés que ceux issus de milieux favorisés et que, donc, prendre en compte ces années finit par atténuer l’effet des vacances scolaires, puisque les écarts se creusent davantage durant l’année et que ces écarts ont été mesurés à plusieurs moments ».







