Alors que la France observe, pour la première fois depuis huit décennies, un déficit du solde démographique naturel, le débat demeure bloqué par des obstacles idéologiques, des deux côtés de l’échiquier. Privé d’une orientation durable sur les questions de natalité et d’immigration, c’est l’ensemble du système social qui vacille.
La situation démographique se dégrade davantage. Ce constat inquiétant est partagé par l’ensemble des formations politiques. Pourtant, aucune administration n’a entrepris des mesures fortes pour inverser la tendance. Cette inertie illustre une crise de l’action publique, trop souvent axée sur le court terme et les échéances électorales proches. Il existe des chocs brusques, imprévisibles, parfois inédits. L’État doit réagir vite, et il y répond souvent de façon efficace. On pense ici au Covid en 2020, au terrorisme des années 2015-2016 ou au krach de 2008. Puis il y a des crises prévisibles, qui reposent sur des mécanismes de longue durée. Et dans ces cas, les responsables publics peinent à penser sur le long terme : ils demeurent passifs. La crise climatique, par exemple, ou le déclin démographique actuellement en cours.
Pour la première fois depuis la Libération et sur une période de 80 ans, le solde naturel de la population a été négatif en 2025 en France, ce qui signifie que les décès ont été plus nombreux que les naissances. C’est une tendance lourde qui semble appelée à se prolonger et qui frappe aussi nos voisins européens. Le débat est gelé, chacun restant freiné par des tabous idéologiques.
En synthèse, à gauche, on tends à considérer que soutenir une politique nataliste serait nécessairement « réac », et que cela remettrait en cause les droits des femmes, qui seraient poussées à avoir des enfants. L’appel d’Emmanuel Macron à un « réarmement démographique », expression mal choisie, a provoqué une vague de moqueries et de scepticisme. À droite et à l’extrême droite, on affirme que favoriser l’immigration pour compenser le déficit démographique serait dangereux, voire suicidaire. Deux postures démagogiques, alors que, pour inverser la courbe démographique, il faut réunir des éléments complémentaires : des naissances et des flux migratoires.
Repenser les politiques familiales et migratoires
Certaines mesures vont déjà dans le bon sens : d’un côté, l’introduction d’un nouveau congé parental, et de l’autre, 140 000 titres de séjour prévus en 2025 pour raisons économiques et familiales. Mais au-delà, il faut à la fois « une révolution de la politique familiale » en matière de logement, de modes de garde et d’accompagnement financier, selon les mots du député Horizons Jérémie Patrier-Leitus, qui a remis, le mercredi 11 février, un rapport sur le sujet. Et puis il faut transformer l’approche de la politique migratoire, afin d’éviter de caricaturer le sujet en épouvantail durant les périodes électorales.
L’avenir du modèle social français en dépend, à commencer par celui de la retraite par répartition. Une personne sur trois vivant en France aura plus de 60 ans en 2030. Le ratio d’actifs pour un retraité est désormais d’environ 1,4 à 1 ; ils étaient 3 pour 1 en 1980. Le gouvernement a suspendu la réforme des retraites à la demande de l’opposition de gauche. Le mur démographique se rapproche, et les décideurs ferment les yeux. Pire, ils accélèrent.







