La France insoumise subit des critiques croissantes de la part des autres formations de gauche, ce qui met en question les éventuels accords d’alliance pour les élections à venir.
Un exercice d’équilibre politique. Alors que l’enquête sur le décès de Quentin Deranque progresse et que deux proches du député insoumis Raphaël Arnault, fondateur de la Jeune garde, sont placés en garde à vue, l’attention se porte sur la gauche, aujourd’hui d’autant plus fracturée.
Jordan Bardella appelle désormais à instaurer un cordon sanitaire autour de La France insoumise afin de l’isoler. « L’extrême gauche a tué, c’est un point de bascule extrêmement grave », affirme-t-il sur CNews. « Jean-Luc Mélenchon a des comptes à rendre. »
Éviter d’être le moteur de la violence
Depuis mardi, le Premier ministre exhorte La France insoumise à « faire le ménage dans ses rangs ». « Sébastien Lecornu a pété un câble », intervient en retour Jean-Luc Mélenchon. La porte-parole du gouvernement Maud Bregeon réinsiste et appelle à exclure, même provisoirement, le député Raphaël Arnault. Ce n’est « absolument pas envisageable », répond Manuel Bompard, le coordinateur de LFI à 42mag.fr.
Mardi soir, devant ses militants, Jean-Luc Mélenchon tentait une nouvelle fois de s’en excuser et appelait à éviter la « surenchère ». « Aujourd’hui même, alors que nous faisons face à des accusations les plus grotesques, les plus ridicules, les plus injustes et les plus dangereuses pour nos personnes, ne cédons pas à la facilité », affirme-t-il. « Il faut sans cesse, en prenant du recul et en analysant les choses avec sang-froid, que nous ne soyons pas un accélérateur de la violence. » Depuis la mort de Quentin Deranque, les dirigeants insoumis assurent être la cible de menaces.
Un cap de rupture au sein de la gauche
Les socialistes se trouvent confrontés à un dilemme : s’ils fustigent trop LFI, ils risquent de se priver d’une réserve de voix précieuse au second tour des municipales, notamment à Paris ou à Marseille. Mais s’ils n’opèrent pas une distance suffisante, ils peuvent également être entachés par la polémique.
Raphaël Glucksmann a été l’un des premiers à juger « impensable » toute alliance avec La France insoumise. Le PS se démarque aussi: Olivier Faure appelle à sortir de l’ambiguïté avec tout mouvement violent, et sur BFM l’ancien président François Hollande monte aussi d’un cran. « Je considère que la relation avec LFI est terminée. Pour les scrutins municipaux, au second tour, il ne peut pas y avoir d’alliance entre les socialistes et LFI », affirme-t-il. Quant à l’élection présidentielle de 2027, François Hollande estime que « la gauche réformiste » doit parvenir jusqu’au second tour, « et que Jean-Luc Mélenchon n’y a pas sa place ».
« Je ne fais pas de lien entre la mort de Quentin Deranque et LFI », affirme ainsi un député socialiste. L’objectif est de ménager les Insoumis, mais aussi de rassurer les électeurs centristes, marquer sa différence et exprimer son désaccord. Le chef du PS tente d’expliquer les choses : Olivier Faure juge que LFI « ne peut conserver la moindre ambiguïté avec tout mouvement violent ».
Mais la rupture touche aussi les anciens membres de LFI, comme Alexis Corbière, qui prend à nouveau ses distances. Il affirme que Jean-Luc Mélenchon « doit aider maintenant à ce que toute la gauche cesse d’être entraînée à justifier parfois l’injustifiable. Il exalte une ligne radicale, qui a des conséquences terribles et qui est une impasse ».
À un mois des élections municipales et un peu plus d’un an avant l’élection présidentielle, ces propos alimentent les interrogations sur les répercussions politiques à venir et sur la perspective d’alliances à gauche, notamment dans le cadre d’une primaire élargie réunissant écologistes et socialistes.







