Dimanche, Anne Hidalgo cédera les rênes de la mairie de Paris à Emmanuel Grégoire, marquant ainsi une étape de transition au sein de l’administration municipale. Elle indique vouloir orienter son engagement vers l’international, en dehors des limites de la capitale. De leur côté, Christian Estrosi et François Bayrou affirment vouloir s’impliquer activement dans la prochaine campagne présidentielle.
Comment dire adieu quand on est maire battu ou lorsque l’on a choisi de ne pas se représenter à l’occasion des municipales ? Ils vont devoir remettre les clés, alors que, partout en France, les nouveaux conseils municipaux ont commencé vendredi 27 mars à désigner leurs édiles et poursuivront ce travail tout au long du week-end. Cette ultime séance, teintée d’amertume pour certains et de nostalgie pour ceux qui se retirent de leur plein gré, revêt une ampleur particulière. Trois figures retiennent tout particulièrement l’attention.
Anne Hidalgo va rester engagée sur les « enjeux climatiques »
À Paris, Anne Hidalgo va gravir une dernière fois les imposantes marches de l’Hôtel de Ville pour rejoindre son bureau qui domine la Seine. L’élue sortante ne s’était pas représentée après douze années à la tête de la municipalité, mais elle siège au Conseil de Paris depuis 2001. Dimanche, elle refermera donc vingt-cinq années d’action politique dans la capitale.
Depuis l’élection de son successeur, Emmanuel Grégoire, le 22 mars, elle a multiplié les cérémonies d’au revoir et les remerciements, s’est vue décerner la médaille d’honneur de la préfecture de police de Paris et a vu son nom apparaître sur l’un des vitraux du couloir de l’hôtel de ville, aux côtés de ceux de ses prédécesseurs, Jacques Chirac, Jean Tibéri et Bertrand Delanoë.
Et vendredi, elle a choisi que son dernier déplacement en tant que maire se fasse au Mémorial de la Shoah et au jardin du souvenir, afin d’honorer la mémoire des victimes des attentats du 13 novembre 2015. « Ces lieux font aussi partie de mon histoire. À jamais », a-t-elle écrit sur ses réseaux sociaux. Plus tard dans la soirée, elle a publié un message destiné aux Parisiens, affirmant qu’elle redeviendrait « une Parisienne parmi les Parisiennes », qu’elle « vivrait pleinement sa ville à laquelle elle est profondément attachée », quel que soit l’endroit où elle se trouvera et ce qu’elle fera.
Quel avenir peut-elle envisager ? « Elle restera fidèle à son principe fondamental », confie à 42mag.fr Hervé Marro, qui fut son conseiller lors du premier mandat. « C’est un poème d’Antonio Machado qui dit : ‘Marcheur, il n’y a pas de chemin, le chemin se fait en marchant’ ». À 66 ans, Hidalgo avait envisagé de devenir haut commissaire des Nations unies pour les réfugiés (HCR), mais cette candidature n’a pas été retenue.
L’international demeure l’optique qui l’attire, selon Hervé Marro, qui la sait « extraordinairement populaire ». « Son engagement sur les enjeux climatiques restera au cœur de sa boussole d’action. Elle réfléchit encore à diverses possibilités », ajoute celui qui l’a accompagnée dans la présidence du C40, réseau des grandes villes mondiales sensibles à l’écologie. Pour Colombe Brossel, sénatrice PS de Paris et ancienne adjointe d’Anne Hidalgo, « tout ceci résonne avec les combats qu’elle a portés à Paris » et peut trouver une continuité, y compris sur le plan international.
Peut-elle revenir sur la scène politique nationale après sa cuisante défaite au premier tour de l’élection présidentielle de 2022, où elle n’avait obtenu que 1,75 % des suffrages ? Elle restera affiliée au Parti socialiste et tentera d’imposer sa ligne sociodémocrate en tant qu’opposante au sein du parti vis-à-vis d’Olivier Faure. « Elle pèsera nécessairement à gauche », juge Colombe Brossel. « C’est une femme qui a compté dans l’histoire de cette ville et donc dans l’histoire du pays. Sa voix continuera à porter », ajoute Michaël Delafosse, maire PS de Montpellier. Un autre interlocuteur, le député PS Romain Eskenazi, tempère : « Je pense que l’histoire retiendra son bilan à Paris. Elle peut apporter quelque chose au parti grâce à son expérience, même si, dans son esprit comme dans celui des militants, il n’est pas question qu’elle porte à nouveau la candidature socialiste à la présidentielle. »
François Bayrou « va vouloir peser » d’ici 2027
Battu de justesse à Pau lors d’une triangulaire, François Bayrou ne siègera pas au conseil municipal, comme il l’avait annoncé jeudi. Le maire sortant était absent vendredi lorsque l’élection du successeur, Jérôme Marbot, a été proclamée. Il s’agit d’un terme de sa carrière locale entamée en 1982, mais cela ne signe pas la fin de son itinéraire politique national.
« Il va bien. Il est très vite remonté sur son cheval », assure l’entourage de l’ancien Premier ministre à 42mag.fr. « Sa défaite est une déception, mais ce n’est pas une surprise. Matignon et Bétharram, cela faisait beaucoup à gérer. Il savait que ce serait compliqué », poursuivent ces proches, en référence au climat controversé qui avait entouré la direction du gouvernement à l’époque. Pendant l’ensemble de la campagne municipale, il s’était tenu éloigné des joutes nationales, estimant « se concentrer sur le local ». « Depuis le 8 septembre, et le vote de confiance qui l’a renversé, je me refuse à commenter la situation nationale. Un peu de retenue et de silence ne fait pas de mal », expliquait-il à 42mag.fr pendant la campagne. Cette position semble désormais résolument révolue.
Bayrou va maintenant s’atteler à finaliser l’écriture d’un livre et demeure président du MoDem. « Il va chercher à peser sur les enjeux de fond pour la présidentielle », promet son entourage, estimant que « face aux extrêmes, l’espace central mérite toujours d’être défendu ». À 74 ans, l’ancien Premier ministre paraît avoir renoncé à viser à nouveau la magistrature suprême en tant que chef de parti, mais il reste une composante incontournable dans les tractations menant à la campagne législative qui suivra l’élection présidentielle.
« Est-ce qu’il est disqualifié par cette défaite ? Je ne le crois pas », estime Erwan Balanant, député MoDem du Finistère. « Il conservera une influence sur ce qui va se préparer l’an prochain. Ce n’est pas la fin de sa carrière politique. »
Christian Estrosi s’accorde « un temps de méditation »
À Nice, l’élection du maire a également eu lieu vendredi. Le sortant, Christian Estrosi, n’était pas présent au conseil municipal convoqué tôt le matin. Après trois mandats, il a ainsi choisi d’esquiver l’épreuve de remettre l’écharpe à son rival, Eric Ciotti, qui l’a battu à l’issue d’une campagne fortement éprouvante entre deux anciens amis.
« Je tiens à adresser un salut républicain à mon prédécesseur », a déclaré le nouveau maire, issu de l’union des droites. Le lendemain de sa défaite, Christian Estrosi, âgé de 70 ans, a annoncé son retrait de la vie politique locale niçoise, tout en précisant qu’il ne quitte pas la scène nationale. « Je vais profiter de cette période de recul pour réfléchir à l’avenir. Je ne peux pas voir mon pays subir l’année prochaine le même destin que ma ville. Mon expérience de cette élection pourra nourrir la réflexion pour contrer cela au niveau national », a-t-il confié au Point.
Estrosi avait entamé l’écriture d’un livre qu’il compte désormais enrichir avec ce qui a été vécu durant cette campagne. « J’entre maintenant dans une phase de méditation », conclut l’ancien maire de Nice, dans une promesse d’apaisement qui semble toutefois en décalage avec l’intensité opposante de la bataille électorale.







