Le candidat socialiste qui a battu Rachida Dati doit être proclamé officiellement élu ce dimanche, et le début de son mandat s’annoncera sous un registre différent de celui qui a longtemps caractérisé son exercice en tant que premier adjoint.
Pour les partisans d’Emmanuel Grégoire, les Vélib’ utilisés pour rejoindre l’hôtel de ville après la victoire ne sont pas encore reposés que se joue sous leurs yeux une autre séquence marquante, lors de cette soirée du dimanche 22 mars : une étreinte chaleureuse entre Anne Hidalgo et le nouveau maire de Paris, devant la foule amassée autour de la tribune. Quelques minutes plus tard, la maire sortante transmet symboliquement les clés de la capitale à son ancien premier adjoint, qui prendra officiellement les commandes dimanche, lors de la première séance du nouveau Conseil de Paris.
L’image relève d’une scène ritualisée entre une élue sortante et son successeur issu du même camp. Toutefois, dans le contexte parisien, elle ne peut pas être perçue comme ordinaire au vu des rapports passés entre les deux responsables, autrefois proches puis désormais en rupture politique. En 2024, au cœur de tensions avec la maire de Paris, Emmanuel Grégoire quitte son poste de premier adjoint après six années de service pour siéger à l’Assemblée nationale à l’issue des législatives provoquées par la dissolution. Un an plus tard, Anne Hidalgo soutient Rémi Féraud face à Grégoire dans la primaire interne du PS en vue des municipales. Et elle s’abstient d’apporter son soutien officiellement au candidat socialiste jusqu’au 20 janvier.
Deux styles divergents
Depuis son émancipation jusqu’à sa victoire finale face à Rachida Dati, le nouveau maire de Paris n’a cessé d’insister sur ses divergences avec celle qu’il avait accompagnée dès le début de son premier mandat en 2014, quand il était adjoint chargé des ressources humaines, des services publics et de la modernisation de l’administration. « Lui, c’est lui, moi, c’est moi », résumait autrefois le Premier ministre Laurent Fabius au sujet de François Mitterrand en 1984; Emmanuel Grégoire aurait été tenté d’anticiper une telle formule, quatre décennies plus tard.
Il l’a presque formulé ainsi, début février, dans Le Monde : « J’assume une rupture de méthode », répondait-il au journal interrogé sur ses différences avec la maire sortante. Dans sa première constatation majeure, celui qui était alors candidat pointe le style comme premier point de friction. « Ce qui compte, c’est la disponibilité, la proximité, l’écoute permanente, la capacité à se remettre en question… et je m’y engage pleinement. Cela me paraît fondamental et nécessaire dans la gouvernance publique », soulignait-il, pour mettre en lumière les manques perçus dans les deux mandats consécutifs de la maire socialiste.
« Emmanuel Grégoire privilégie la proximité plus que l’avait fait Anne Hidalgo », tranche un élu écologiste.
« Il est d’un accès très facile, avec une grande capacité à dialoguer et à rassembler. Je suis plutôt optimiste à cet égard. »
Eva Sas, députée écologisteà 42mag.fr
En creux, c’est le style d’Anne Hidalgo qui est mis en cause. « Lui, il sait aussi ce que c’est que travailler aux côtés d’un élu, avec ses travers. Certes, Anne Hidalgo a été la collaboratrice de Martine Aubry, mais elle manque de recul sur sa pratique managériale », juge un parlementaire socialiste.
Des programmes convergents
Si Emmanuel Grégoire ne se réclame pas de la continuité d’Anne Hidalgo, il se montre cependant nettement plus proche de Bertrand Delanoë, maire de Paris de 2001 à 2014 et dont il fut le chef de cabinet. Les deux hommes se sont affichés ensemble à plusieurs reprises lors de déambulations pendant la campagne, notamment dans les dernières semaines, les plus déterminantes. Sur le plan programmatique, il s’est aussi engagé à instaurer des bilans des mandats par arrondissement, comme le faisait l’ancien édile chaque année.
La rupture prônée avec les années Hidalgo apparaît moins marquée lorsque l’on s’attarde sur les propositions poursuivies par Emmanuel Grégoire. Ecologie, inclusion, logement… « Sur le fond, mes convergences sont très fortes avec Anne Hidalgo en matière de vision pour la capitale, et je suis fier des projets réalisés », déclarait-il dans Le Monde. Reste néanmoins quelques points de divergence. Lors de la campagne, le candidat socialiste avait jugé « essentiel de réduire les dépenses de fonctionnement » en abaissant « de moitié » les enveloppes consacrées aux déplacements, alors qu’une controverse autour des notes de frais avait entaché le second mandat d’Anne Hidalgo.
Les violences dans le périscolaire à gérer
Sur l’un des dossiers phares du nouveau mandat, celui du Parc des Princes, les positions restent aussi marquées différemment. Contrairement à Anne Hidalgo, Emmanuel Grégoire est enclin à céder le stade au Paris Saint-Germain pour assurer la pérennité du club, détenu par le Qatar, dans la capitale. Par ailleurs, il a posé des conditions, listées dans L’Equipe, et évalue le prix de cession souhaité entre zéro et un milliard d’euros, a-t-il confié au site Canal-Supporters.com.
Outre cet enjeu sportivo-économique et diplomatique, Grégoire doit aussi s’attaquer à une thématique qui a marqué sa campagne : les affaires de violence sexuelle dans le périscolaire, que la droite et le centre ont imputées à la gestion socialiste de la ville.
« Il faut démontrer qu’il a la capacité de changer ce qui doit l’être, même si le sujet est extrêmement complexe. »
Un élu écologiste parisienà 42mag.fr
Et d’ajouter : « Si l’on relativise cela, on tend à penser que ce n’est pas un problème. Or c’est un problème réel. » Le socialiste expliquait pendant la campagne que ce dossier serait son « premier chantier » une fois installé. Dans une interview au Parisien publiée vendredi, il assure qu’il rencontrera dès la semaine prochaine les associations de parents d’élèves pour un premier échange.
Une équipe reconduite ou presque
Et concernant l’équipe qui mènera la capitale et ses quelque 2,1 millions d’habitants, la composition montre une continuité avec des figures historiques de la gauche : le communiste Ian Brossat, les écologistes Anne-Claire Boux et David Belliard, ainsi que la socialiste Lamia El Aaraje, proche d’Anne Hidalgo. De nombreuses figure·s emblématiques des mairies d’arrondissement de la mandature sortante figuraient aussi sur la liste victorieuse, comme Ariel Weil (Paris Centre), Alexandra Cordebard (10e), Jérôme Coumet (13e), Eric Lejoindre (18e) ou Eric Pliez (20e).
Contrepartie notable, des visages inédits apparaissent aussi dans l’équipe municipale : Lucie Castets, ex-candidate du Nouveau Front populaire pour Matignon, qui devrait prendre les rênes du 12e arrondissement. Ses liens avec Anne Hidalgo avaient été jusqu’ici solides, avant de se dégrader brutalement lorsqu’elle avait été écartée en 2024 de l’hôtel de ville, où elle occupait le poste de directrice des finances et des achats. Elle revient aujourd’hui dans l’arène locale, dans un arrondissement confié aux Écologistes, qui comptent sur leur poids croissant au Conseil de Paris pour peser sur les choix municipaux.







