Depuis le déclenchement du conflit au Moyen-Orient, les prix de l’essence et du diesel continuent d’augmenter sans relâche. En face de cette évolution, le gouvernement refuse d’instaurer des aides publiques massives ni de réduire la fiscalité, contrairement aux demandes formulées par l’opposition et par certains professionnels.
Une hausse qui ne s’arrête pas. Depuis le début du conflit au Proche-Orient, le 28 février, le prix du pétrole ne cesse de progresser, et avec lui celui des carburants vendus à la pompe. Via leurs prétentions à baisser les taxes ou à bloquer les prix, les oppositions font peser une pression sur le gouvernement de Sébastien Lecornu, confronté à une question sensible.
Depuis environ un mois, l’exécutif défend son choix de ne pas mobiliser d’aides publiques, au profit d’autres mécanismes, plus ciblés, destinés à certaines filières professionnelles, afin d’alléger le budget des Français. Cette position est difficile à défendre tant les effets concrets tardent à se faire sentir.
Atel point que le ministre de l’Economie, Roland Lescure, a fini par déclarer jeudi sur RTL qu’un soutien destiné aux « gros rouleurs » serait présenté dans les tout prochains jours. Le gouvernement doit ainsi préciser, vendredi 27 mars, les détails de plusieurs mesures ciblées dans le temps et pour certaines filières.
Une maladresse qui agace Emmanuel Macron
Le dossier est géré sur la corde raide par l’exécutif, dans un pays où la contestation des « gilets jaunes » est née d’un mécontentement face à la hausse des prix à la pompe, et où les questions liées aux transports sont considérées comme « socialement inflammables », selon les mots d’un ministre. « Avec ce sujet, Sébastien Lecornu sait parfaitement qu’il marche sur des œufs », glisse un membre du gouvernement. Des réunions avec les services du ministère de l’Economie et des Finances se tiennent quotidiennement, rapporte une source gouvernementale à 42mag.fr. D’autres arbitrages des services de Matignon sont attendus d’ici le week-end.
Selon un sondage BFMTV publié le 18 mars, 81% des Français se déclarent préoccupés par la situation internationale, dont 32% s’avouant particulièrement inquiétés. Mardi après-midi, Roland Lescure a affirmé qu’un « choc pétrolier » menacerait l’économie : « L’hypothèse d’une crise passagère n’est malheureusement plus d’actualité », a déclaré le ministre de l’Economie devant la commission des finances de l’Assemblée nationale. « Cette prise de parole a beaucoup irrité la présidence », confie une ministre.
« On doit rassurer et le ministre de l’Economie parle de ‘choc pétrolier’… À l’Élysée et à Matignon, ils ne savent pas comment gérer le chaos. Il leur a mis tout en désordre, et il est difficile de rattraper cela. »
Une ministre du gouvernement Lecornuà 42mag.fr
Mercredi matin, lors du Conseil des ministres, Emmanuel Macron a réagi indirectement aux propos de Roland Lescure. « En substance, il a invité à parler de la situation, à dire les choses, mais sans les qualifier », raconte un ministre présent.
Suite à cette réunion, le ministre de l’Economie a exprimé des regrets pour ses propos, précisant qu’ils s’appliquaient « à la situation internationale et non à celle de la France ». « La France est, elle, mieux préparée, moins exposée (…) que ses voisins européens et, bien sûr, moins que les pays asiatiques directement concernés », a-t-il souligné lors du compte rendu du Conseil des ministres.
Des oppositions qui mettent la pression
Cette volte-face, présentée comme une précision, n’apporte pas de calme durable aux oppositions, qui font pression sur le gouvernement depuis plusieurs semaines. Mardi et mercredi, Sébastien Lecornu et ses collègues ont été confrontés à des échanges houleux sur le prix des carburants. Lors du débat, sans vote, sur la situation au Moyen-Orient à l’Assemblée nationale, chaque groupe a exposé ses propositions pour contenir la crise. À gauche, La France insoumise exige le blocage des prix, et le PS soutient une approche fiscale. Plus à droite, les Républicains veulent aussi diminuer les taxes, tandis que le Rassemblement National demande une baisse de la TVA sur ces produits.
Devant ces pressions en faveur d’un soutien aux ménages et aux entreprises, le gouvernement s’interdit d’imiter la politique dite du « quoi qu’il en coûte » mise en œuvre lors de la crise énergétique précédente. Entre avril et décembre 2022, il avait mis en place des rabais sur le carburant, non ciblés, allant de 10 à 30 centimes par litre. Ces mesures avaient profité plus largement aux ménages aisés qui roulent davantage, selon une étude de l’Insee publiée en juillet 2023.
« À l’époque, lorsque le gouvernement a adopté une politique de chèques, les économistes s’accordaient à dire qu’il fallait répondre de manière puissante et massive, car l’économie se relevait à peine du Covid-19 », rappelle le conseiller de l’exécutif. Il rappelle aussi qu’après le déclenchement de la guerre en Ukraine en 2022, il y avait une « rupture d’approvisionnement en gaz, en plein hiver, avec un parc nucléaire au ralenti ». « Aujourd’hui, la situation est totalement différente », conclut-il.
Un contexte budgétaire très compliqué
La dégradation des finances publiques constitue l’un des éléments qui pousse l’exécutif à rester prudent. « Nous devons tracer une ligne entre une gestion rigoureuse des finances publiques et des aides ciblées pour ceux qui en ont réellement besoin », résume le même conseiller.
« On ne peut plus adopter le ‘quoi qu’il en coûte’. »
Une ministre du gouvernement Lecornuà 42mag.fr
Par ailleurs, le chèque énergie doit être versé à partir du 1er avril aux ménages les plus modestes. Cette aide annuelle ne porte pas directement sur le carburant mais vise à alléger les factures de gaz et d’électricité des foyers les plus précaires, indique une source gouvernementale. Pour autant, les oppositions ne voient pas ce timing d’un bon œil et estimant que l’État profite de la hausse des prix via la fiscalité sur le carburant, affirme le député Sébastien Chenu, vice-président du RN, sur 42mag.fr.
Pour l’instant, l’exécutif privilégie le dialogue avec les distributeurs. Déjà le 5 mars, il leur a demandé de faire des efforts sur leurs marges. Cette semaine, les ministres de l’Economie, de l’Energie et de la Transition énergétique ont écrit aux raffineurs pour les encourager à accroître leur production afin de faire baisser les prix à la pompe. Le gouvernement a aussi tenté de débloquer 400 millions de barils de pétrole issus des stocks stratégiques de l’Agence internationale de l’énergie afin de détendre les prix. « Mais ce n’est pas suffisant », déplore une ministre deux semaines plus tard.
Des mesures qui peinent à convaincre
Puis, l’exécutif a annoncé lundi des aides sectorielles indirectes, destinées à alléger la trésorerie des agriculteurs, des pêcheurs et des transporteurs routiers, dont l’activité est particulièrement vulnérable à la flambée des prix du pétrole. Concrètement, les professionnels de ces filières pourraient décaler le paiement de leurs cotisations sociales, obtenir des délais de paiement ou bénéficier de prêts.
« Des mesuresttes », répliquent déjà deux organisations représentatives des pêcheurs. « Pour l’instant, nous ne voyons pas d’efficacité », a réagi la Fédération nationale des transporteurs routiers auprès de 42mag.fr. Le syndicat agricole FNSEA doit à son tour exprimer son mécontentement lundi lors d’un rendez-vous à Matignon. « On attend des solutions plus adaptées », affirme l’une des conseillères au cabinet.
Dans ce contexte, la question de la mise en place de mesures plus efficaces se pose alors que l’incertitude demeure sur la durée de l’envolée des prix à la pompe. Le gouvernement s’interroge sur l’élaboration du budget 2027, après les difficultés rencontrées pour faire adopter le précédent.
« Évidemment, cette situation ne peut pas durer, car sinon il faudra réduire les taxes et cela serait dévastateur pour le budget : viser un déficit autour de 5% serait hors de question. »
Une source gouvernementaleà France Télévisions
« Il faut remettre à plat la fiscalité des énergies, mais pas en pleine crise ; à plus long terme, il faut aussi sortir des incitations à l’usage des énergies fossiles », estime Olga Givernet, députée macroniste et ancienne ministre chargée de l’Energie. « Dans un second temps, on pourra déterminer si la hausse du carburant a réellement généré un surcroît de recettes fiscales pour l’État et voir comment les redistribuer ensuite ».
Quant à la durée possible du blocage du détroit d’Ormuz, l’exécutif se prépare « à tous les scénarios », selon une source gouvernementale. « Chaque tweet de Donald Trump peut faire fluctuer les cours du pétrole; le marché est extrêmement volatil », confie un ministre à 42mag.fr. « On ne sait pas combien de temps cela va durer ni jusqu’où cela peut aller. C’est anxiogène, mais cela a aussi une part d’honnêteté », assure-t-il. D’où la prudence pour Sébastien Lecornu, qui ne souhaite pas déployer toutes ses cartouches trop vite.







