Lors de son passage exceptionnel dans le journal de 20 heures, ce jeudi 26 mars, le ministre russe des Affaires étrangères a reconnu que l’Iran constitue pour Moscou une alliance clé et a indiqué que le Kremlin lui a livré du matériel militaire, tout en précisant qu’aucune aide n’a été apportée à Téhéran pour identifier des cibles, contrairement à ce que soutiennent les États‑Unis.
Ministre des Affaires étrangères de la Russie depuis plus de vingt années et l’un des conseils les plus proches de Vladimir Poutine, Sergueï Lavrov a accepté l’invitation de l’émission 20 Heures de France 2, ce jeudi 26 mars. Au menu: guerre en Ukraine, tension au Moyen-Orient, ingérences étrangères… Le numéro deux du pouvoir russe répondra aux questions de Léa Salamé en direct depuis Moscou.
Ce passage représente une portion de la transcription de l’entretien ci-dessus. Pour visionner l’intégralité de l’interview, cliquez sur la vidéo.
Léa Salamé : Avant d’aborder la situation en Ukraine, parlons du Moyen-Orient. Des services de renseignement américains affirment que votre pays aide les Iraniens à repérer des cibles et des positions américaines. Est-ce exact ? Jusqu’où s’étend votre soutien à l’Iran ? La Russie fournit-elle des armes à l’Iran, en ce moment précis ?
Sergueï Lavrov : En réalité, nous n’envisageons pas cela comme une simple affaire autour de l’Iran, même si ce pays demeure un partenaire stratégique — pas un allié, mais un partenaire avec lequel nous entretenons un accord. Ce que nous défendons avant tout, c’est le droit international. Je doute que les Français, qui se disent attachés au droit international, ignorent ce qui se passe sous nos yeux. Le président Poutine et son porte-parole, Dmitri Peskov, ont répondu aux rumeurs relayées et amplifiées par les médias, selon lesquelles la Russie délivrerait des renseignements. Comme je l’ai répété, nos liens étroits avec l’Iran incluent une coopération dans le domaine militaire. Nous avons fourni du matériel militaire à l’Iran, mais nous ne pouvons pas accepter les accusations soutenant que nous livrons des renseignements à l’Iran.
On vous entend dire ce matin que les États‑Unis et Israël violent le droit international avec l’Iran. Ne seriez‑vous pas tenté de vous retourner la question en affirmant que la Russie, en Ukraine, viole aussi le droit international ?
Écoutez : la différence réside dans le fait que l’Iran n’a jamais rompu ses engagements, notamment en matière de programme nucléaire. Lorsque cet accord fut signé en 2015 et validé par le Conseil de sécurité, il a ensuite été vidé de son sens lorsque le président Trump a pris la décision de s’en retirer en 2017. Les États‑Unis ont quitté l’accord et cessé d’en respecter les engagements. L’Iran n’a pas transgressé les règles, tandis que l’Ukraine, elle, a agi en violation de nombreuses normes, avec l’appui de ses protecteurs occidentaux.
Cela fait maintenant plus de quatre ans que ce conflit dure. Vous avez reconnu le 24 février dernier que certains de vos objectifs n’ont pas été atteints. Quels sont précisément vos objectifs ? Par exemple, mardi, vous avez mené l’une des attaques les plus massives en plein jour contre l’Ukraine, avec plus d’un millier de drones visant une église à Lviv. Ces derniers mois, des écoles et des hôpitaux ont été frappés. Des dizaines de milliers de civils ukrainiens ont trouvé la mort dans ce conflit. Est-ce cela que vous appelez vos objectifs ? Assumez-vous ces pertes civiles ? Où comptez‑vous aller ? Quel est l’objectif final : détruire l’Ukraine ?
Nous l’avons répété à plusieurs reprises, et cela a été affirmé notamment par notre ministre de la Défense. Nous ne cherchons jamais à atteindre des fins qui seraient uniquement civiles. Les cibles touchées sont, d’une manière ou d’une autre, liées à l’activité des forces armées ukrainiennes sur le front. De leur côté, les forces ukrainiennes n’hésitent pas à viser des objectifs civils en Russie.
Nos journalistes de France Télévisions ont enregistré des victimes civiles et ont filmé des scènes sur lesquelles on voit des immeubles d’habitation pris pour cible par des drones russes. Nous avons ces images et ces preuves. Au‑delà de cela, où en sont les pourparlers de paix que vos représentants et des émissaires ukrainiens, entourés des États‑Unis et de l’administration Trump, mènent ? Êtes‑vous déçu par la médiation de Donald Trump ?
Le président Poutine et le président Trump se respectent mutuellement. Ils ne s’entendent pas toujours, certes, mais ils savent trouver des accords lorsqu’ils dialoguent comme de grands responsables politiques. C’est une discussion franche, sans masquer les points de désaccord, et elle a permis d’esquisser une véritable entente. Cependant, toutes les négociations qui ont suivi le sommet d’Anchorage en Alaska ont été entravées par l’Union européenne et par la direction de l’OTAN, notamment par Madame Ursula von der Leyen et Monsieur Mark Rutte, qui ont tout fait pour fragiliser cette entente et dévier l’administration américaine de ses propositions.
Vous avez déclaré il y a un mois : “Si Emmanuel Macron veut parler sérieusement à Vladimir Poutine, qu’il le fasse alors.” Mais Vladimir Poutine, lui, souhaite-t‑il parler à Emmanuel Macron ?
Le président Macron a maintes fois indiqué publiquement : « J’envisage de téléphoner à Poutine et je le ferai. » Si vous cherchez à joindre quelqu’un avec qui vous entretenez des relations de longue date, pourquoi annoncer cela publiquement et ne pas le faire ensuite ? En ce qui concerne Vladimir Poutine, il est, lui, toujours disposé au dialogue. Et lorsqu’il discute avec le président Macron, le premier est souvent seul, tandis qu’à Paris, on le voit à l’écran entouré de nombreuses personnes.
Comment évaluez-vous le statut de la France à vos yeux ? La considérez-vous comme un adversaire ?
En tout état de cause, il n’y a pas de peine à dire que ce n’est pas un allié. L’Union européenne et la France, concrètement, présentent les Russes comme des ennemis, voire pire, car ils estiment que la Russie doit subir une défaite stratégique. Le président Macron a déclaré à plusieurs reprises que le principal obstacle à la paix était Vladimir Poutine.
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