Vendredi, l’exécutif a dévoilé un ensemble de mesures qu’il décrit comme sectorielles et ciblées, visant à freiner la hausse des prix du carburant. Plusieurs secteurs d’activité estiment que ces dispositions demeurent insuffisantes, tandis que les transporteurs routiers annoncent une opération escargot programmée pour lundi sur le périphérique parisien.
« La colère est grande », répond le vice‑président de la FNSEA, Luc Smessaert, vendredi 27 mars sur 42mag.fr, face à l’ensemble de mesures que le gouvernement présente comme une aide aux agriculteurs confrontés à la crise de l’énergie. Plusieurs secteurs frappés par la hausse des prix des carburants se disent déçus, notamment les transporteurs routiers qui prévoient une opération escargot à Paris lundi.
« On dirait des miettes qui nous sont données« , s’indigne Luc Smessaert, alors que la ministre de l’Agriculture Annie Genevard a annoncé que l’État n’appliquerait pas le droit d’accise sur le gasoil non routier en avril. Or, cette taxe ne représente qu’« une portion d’environ quatre centimes sur une hausse de 60 centimes observée ces trois dernières semaines », déplore-t‑il.
« On va avoir beaucoup d’exploitations en grande difficulté, puisqu’en ce début de printemps, il faut pouvoir aller dans les champs, fertiliser, sortir les animaux et les entretenir » et par conséquent un besoin important de carburant pour les tracteurs, explique le vice-président de la FNSEA.
« Le stress chez les agriculteurs, ce n’est pas seulement un problème de trésorerie, cela se traduit par de réels dégâts sur les revenus agricoles. »
Luc Smessaert, vice-président de la FNSEAsur 42mag.fr
« C’est léger, c’est très light », réagit le secrétaire général des Jeunes Agriculteurs, Quentin Le Guillous, vendredi sur 42mag.fr, ajoutant que « ce n’est pas ce à quoi nous sommes dûment en droit d’attendre », et dénonçant une mesure « ultra court‑termiste » qui « ne changera rien », tout en déplorant la dépendance énergétique du pays, que ce soit sur le GNR ou « sur les engrais ».
Le secrétaire général des Jeunes Agriculteurs appelle plutôt à une politique robuste et durable qui offrirait des perspectives, notamment concernant les moteurs électriques et les biocarburants. « On parle de souveraineté alimentaire, mais celle énergétique semble un peu oubliée. Collectivement, il faut s’asseoir autour d’une table, tracer une direction et donner une vision claire », martèle-t-il.
La fiscalité sur la mobilité, une grave erreur
« Pour l’économie française, il faut réduire la fiscalité pesant sur les déplacements », estime Pierre Chasseray, délégué général de l’association 40 millions d’automobilistes, alors que le gouvernement propose des mesures « sectorielles » et « ciblées » face à la hausse des prix des carburants mais refuse toute mesure générale pour l’ensemble de la population. « Je suis abasourdi. Le Premier ministre ne semble pas se soucier de ceux qui doivent se déplacer pour consommer », ajoute-t‑il. « Non, baisser les taxes sur les carburants ne coûte pas cher. À force d’être soumis à une surcharge fiscale, l’économie perd en croissance. » Selon le délégué, réduire la TVA sur les carburants de 10% « redonnerait de la confiance aux ménages ».
« Nous avons une France qui avance sur un fil financier fragile, prête à basculer vers le déficit du jour au lendemain. »
Pierre Chasseray, délégué général de l’association 40 millions d’automobilistessur 42mag.fr
Les travaux publics constituent, eux aussi, les grands oubliés des annonces gouvernementales, dénonce vendredi sur 42mag.fr Alain Grizaud, président de la Fédération nationale des travaux publics. « Aucune aide pour le secteur des travaux publics. Or, en moins d’un mois, notre coût du gazole non routier (GNR) a bondi de plus de 70% », rappelle-t‑il.
« Je ne comprends pas pourquoi le gouvernement ne nous a pas mis en priorité au même titre que les agriculteurs ou les transporteurs… Nous consommons plus d’un million de mètres cubes de GNR par an », poursuit-il. « Je demanderai au ministre de l’Économie de reconnaître que notre secteur mérite d’être considéré comme prioritaire. »
Une maigre aide de 20 centimes, largement insuffisante
Le secteur de la pêche, aussi touché par la hausse des prix du carburant, a réagi aux annonces gouvernementales. « C’est mieux que rien, mais c’est largement insuffisant », a déclaré Dimitri Rogoff, président du Comité Régional des Pêches de Normandie, invité samedi 28 mars sur 42mag.fr.
Ces aides représentent environ 20 centimes de moins par litre pour ces entreprises en difficulté. « 20 centimes, c’est une paie de misère, ce n’est pas suffisant », s’indigne-t-il. « On est loin de ce qu’il faudrait, car le prix du carburant pour nous a quasiment doublé. » Le gasoil que nous achetons est autour de 1,20 euro. On viserait donc un euro, alors qu’avant la crise liée à d’autres événements, il était autour de 50 à 60 centimes. Cette charge énorme pèse sur les entreprises de pêche, notamment les chalutiers, représentant environ 40 % de leur chiffre d’affaires », précise Dimitri Rogoff.
Une aide sectorielle indispensable pour les infirmiers libéraux
Le président de la Fédération nationale des infirmiers, premier syndicat des professionnels libéraux de santé, a fait part de son amertume sur 42mag.fr après les annonces relatives à la hausse des coûts de l’énergie. « Nous ressentons une amertume profonde », a-t-il déclaré. La profession espérait ardemment une aide sectorielle qui semblait indispensable. » « On appelle à une prise de conscience urgente des pouvoirs publics », ajoute Daniel Guillerm.
« On ne peut pas régler un problème global avec des mesures partielles », réagit sur 42mag.fr Jean-Matthieu Delacourt, président national de la Fédération des très petites entreprises (FTPE). Les mesures annoncées « vont dans le bon sens », mais il rappelle que « les TPE, par nature, sont interconnectées; cela ne se limite pas aux transports ou à la pêche », deux secteurs qui bénéficieront de ces mesures en priorité. « La crise au Moyen-Orient a déjà des effets directs sur toutes nos entreprises », explique-t‑il.
Le président national de la FTPE appelle à une approche plus « transversale » et réclame également « un report automatique des charges sociales et fiscales », une simplification d’accès au dispositif d’aide et davantage de « réactivité ».
On est en train d’asphyxier le secteur
Autre domaine particulièrement touché, l’aide à la personne. « Nous sommes extrêmement inquiets pour notre secteur », réagit samedi 28 mars sur France Inter Loïc Gobé, président de la Fédération des entreprises de services à la personne. Le plan d’aide de 70 millions d’euros mis en place par le gouvernement vise les transports, la pêche, l’agriculture et les TPE, mais exclut l’aide à la personne.
« Nous sommes déjà un secteur extrêmement fragile », déplore Loïc Gobé, qui affirme ressentir « de la colère ». « Nous ne comprenons pas pourquoi nous ne faisons pas partie du soutien proposé par le gouvernement », s’indigne-t-il, alors que ce secteur représente 3 500 entreprises et 140 000 salariés. Loïc Gobé assure avoir alerté « le 10 mars » l’exécutif sur les difficultés rencontrées « pour accompagner les personnes vulnérables, les personnes âgées et les personnes en situation de handicap ».
« Nous faisons face à des défaillances d’entreprises et de structures associatives », prévient Loïc Gobé. « Nous sommes en train d’étrangler le secteur, alors même qu’un tsunami démographique lié au vieillissement se profile. Il semble que personne d’autre que nous ne réagisse. »







