Le nouveau film de Justine Triet, intitulé « Anatomie d’une chute », sera disponible en salles à partir de mercredi. Celui-ci présente le récit intense d’un procès dans lequel une femme est mise en accusation pour le meurtre de son époux, un canevas qui a valu à l’oeuvre une distinction majeure, la Palme d’or, lors du festival de Cannes. Nous avons eu l’occasion de nous entretenir avec celle qui a dirigé ce projet, Justine Triet.
Un corps est découvert mort au bas de son chalet : son épouse est soupçonnée d’être l’auteur de ce crime, leur descendance est en plein milieu de ce drame. Ce récit tragique est l’intrigue du film Anatomie d’une chute. Avant sa projection nationale prévue pour le mercredi 23 août, Justine Triet, la réalisatrice récompensée à Cannes, s’apprête à se replonger dans une nouvelle vague de publicité pour la presse et la télévision. Lors de son entretien avec l’équipe de France Télévisions qui ne sera pas télévisé, elle n’est pas chaussée, ce détail étant hors du cadre de la caméra. Malgré cette légèreté, la réalisatrice met en évidence un point fort de son talent : la direction d’un film sur une enquête criminelle et une romance qui se dissèque.
Discussion avec 42mag.fr Culture sur l’essence du film Anatomie d’une chute
Justine Triet affirme que son film, bien qu’il combine les éléments d’un polar, d’un film judiciaire et d’une saga familiale, est avant tout un récit sur le thème du couple. Pour elle, le procès n’est qu’un moyen d’examiner minutieusement diverses facettes d’une relation amoureuse : les plus lumineuses mais également les plus sombres. La réalisatrice insiste sur le fait que son film n’est pas une peinture sombre de la vie à deux. Bien au contraire, il traite normalement de la communication et des tentatives de compréhension mutuelles au sein d’un couple, des aspects qui tombent en désuétude lorsqu’il n’y a plus d’amour. En dépit de la satire, Triet croit en l’amour et le désir, elle ne condamne pas sans appel la vie à deux ou la parentalité, elle avoue cependant que c’est complexe. Dans son cinéma, elle aspire à entraîner le spectateur dans un panorama tortueux et compliqué, où l’on explore en profondeur les sujets. Elle n’est pas du genre à résumer son art sur un tweet.
Féminisme et représentation de la femme dans le film
Au cours des audiences du procès dans le film, Sandra, la défenderesse, doit souvent affronter un regard et des critiques misogynes. Justine Triet réplique en affirmant que son film est féministe, obéissant à sa propre identité en tant que femme, scénariste de personnages féminins et elle-même féministe. Sandra, le personnage central, gère sa propre vie. Elle est équilibrée en tant qu’écrivaine et n’a pas besoin de l’approbation de son conjoint pour exister. Lorsqu’il manque des preuves contre elle, son style de vie est jugé. Selon Triet, la justice s’adonne à l’habitude de donner une morale aux individus. Si une preuve fait défaut lors d’un procès, c’est souvent le mode de vie des individus qui est jugé. C’est ce dérive qu’elle a voulu montrer face à cette femme reprochée d’être indépendante.
Le film est-il aussi une critique du système judiciaire ?
La réalisatrice confie qu’elle pensait auparavant que la vérité s’imposait pendant les procès. Toutefois, après avoir assisté à quelques audiences, elle constate que la réalité est souvent autre. Les procès agissent plutôt comme une scène où des récits se tiennent et où l’existence de chacun est remodelée par autrui.
Choix des acteurs pour le film
Justine Triet a choisi Swann Arlaud pour interpréter l’avocat de la défense sans procéder à une audition. Il apporte au rôle une douceur et une vulnérabilité, contrairement à l’image stéréotypée de l’avocat masculin souvent portée à l’écran. D’un autre côté, Antoine Reinartz, représentant l’accusation, donne à son personnage une force malfaisante qui persiste à torturer l’héroïne du film, sans jamais la laisser en paix. Lors des tests, Reinartz a ajouté une pincée d’humour à son rôle, ce qui a rendu évident son choix.
L’héroïne du film : Sandra Hüller
La réalisatrice a écrit spécialement ce rôle pour l’actrice Sandra Hüller, qui emprunte son nom à son personnage. Sans elle, Triet est convaincue que personne d’autre n’aurait pu donner cette dimension au personnage. Elle décrit Sandra comme une femme insaisissable dont l’interprétation sème le doute tout au long du film. Le spectateur se pose constamment cette question : est-elle coupable ? Aurait-elle pu commettre cet acte ? C’est en raison de l’effet d’étirement permanent du doute qu’elle est parfaite pour le rôle.