Devant l’attirance apparente du gouvernement à céder sur certains points à la droite dans le projet de loi sur l’immigration, de nombreux parlementaires membres du groupe Renaissance, Modem, Liot et de la Nupes (composé de l’EELV, PCF, PS), ont fait paraître une tribune ce lundi. Cette dernière avait été élaborée en toute discrétion durant une période de six mois.
« Nous défendons un projet qui est à la fois humaniste et pragmatique ». Grâce à une collaboration inhabituelle, 35 parlementaires progressistes présentent conjointement une tribune, publiée le lundi 11 septembre dans le journal Libération, et dont 42mag.fr a obtenu une copie préalable, dans le but de préserver l’aspect social du projet de loi sur l’immigration. Ces députés de la Nupes (composée du PCF, du Parti EELV et du PS), du groupe LIOT et de Renaissance cherchent à protéger un élément que les Républicains qualifient de ligne rouge : la régularisation des travailleurs sans papiers dans les secteurs d’activité où la main-d’oeuvre manque, une option pourtant proposée par le gouvernement qui défend un « projet de loi équilibré ». Les signataires soulignent dans leur texte que « ce sont souvent les individus que l’on retrouve en première ligne dans les domaines sous tension comme le BTP, l’hôtellerie-restauration, la propreté, la manutention, l’aide à la personne ».
Plusieurs « actions urgentes pour favoriser l’accès au travail des individus »
En plus de plaider pour la régularisation des travailleurs sans-papiers, les députés soulignent la nécessité de régulariser la situation de « celles et ceux qui résident en France et sont empêchés de travailler par manque de documents officiels ». « Ils souhaitent simplement pouvoir travailler », précisent les signataires dans leur tribune, « ils pourraient le faire immédiatement ou après avoir suivi une formation que de nombreux secteurs professionnels et des centres de formation publics sont prêts à leur offrir ».
Ils demandent également « de rétablir le droit au travail pour les demandeurs d’asile » – ces derniers devant actuellement attendre six mois avant de pouvoir demander un permis de travail – et de simplifier le processus de prise de rendez-vous en préfecture. « Il est temps de fixer un délai maximum pour l’administration pour accorder un rendez-vous en préfecture », argumentent-ils, en précisant qu’ils pourraient prendre une initiative « si le gouvernement ne parvient pas à faire adopter rapidement ces mesures par le parlement ». Selon 42mag.fr, cette initiative pourrait se traduire par le dépôt d’une nouvelle proposition de loi.
Les secrets de cette démarche
Cette tribune a été soigneusement élaborée, en toute discrétion, durant plusieurs mois. La première réunion a été organisée le 9 mars 2023, au cours d’une journée de manifestation contre la réforme des retraites. L’initiative est due à Pascal Brice, ancien directeur de l’Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides), qui est parvenu à rassembler tous les acteurs de cette démarche. Sacha Houlié, député Renaissance et président de la commission des lois, Stella Dupont, députée Renaissance, Fabien Roussel, député communiste et Secrétaire national du PCF, Boris Vallaud, leader des socialistes à l’Assemblée nationale, Marie-Pierre de la Gontrie, sénatrice socialiste de Paris, ou encore Julien Bayou, député écologiste, se sont réunis en personne à plusieurs reprises, parfois dans la brasserie Le Bourbon, un lieu bien connu des députés et journalistes parlementaires.
« J’ai décidé de lancer cette initiative car je constate la précarité omniprésente, en particulier en tant que président de la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS) », explique le précurseur de cette démarche, Pascal Brice, à 42mag.fr. « J’ai voulu rassembler différents parlementaires, provenant de la majorité et de l’opposition. J’ai même tenté d’inviter des membres des Républicains, mais je n’ai reçu aucune réponse. » Celui qui a été au cœur de cette entreprise se dit « admiratif du courage des signataires ». En effet, ils ont su surmonter leurs différences, alors qu’ils étaient en plein débat houleux au sein de l’hémicycle concernant la réforme des retraites. Selon nos sources, les insoumis, qui étaient à l’origine impliqués dans cette démarche, ont finalement refusé de signer le texte.
En guise de souvenir de cette collaboration sans précédent, les signataires ont décidé de poser ensemble pour une photo qui illustre leur tribune. Une démarche identique à celle réalisée par les LR dans le Journal du Dimanche en mai dernier, mais pour revendiquer des perspectives diamétralement opposées en matière d’immigration.