Chaque semaine, Clément Viktorovitch revient sur les discussions politiques et les enjeux associés. Le dimanche 18 février, il a abordé le sujet de l’agitation sociale au sein de la SNCF, suite aux commentaires du Premier ministre qui a mentionné « l’obligation de travailler ».
Difficulté à comprendre la grève des contrôleurs de la SNCF pour le PDG de SNCF Voyageurs et le ministre des Transports
Christophe Fanichet, le dirigeant de SNCF Voyageurs, trouve difficilement compréhensible le mouvement de grève déclenché par les contrôleurs de la SNCF. De son côté, le nouveau responsable du ministère des Transports, Patrice Vergriete, exprime son étonnement face à cette grève dans le secteur des transports. Il semble surprenant que l’actualité de cette grève laisse pantois le ministre des Transports…
Selon la SNCF, les désirs des contrôleurs grévistes ont majoritairement été satisfaits. D’après eux, il n’existerait aucune raison valable pour perturber le quotidien des Français à l’aube des vacances. Cependant, ces arguments ne passent pas auprès des contrôleurs en grève. Ils affirment que des engagements cruciaux n’ont pas été respectés, comme l’engagement d’entamer un dialogue concernant la fin de carrière des contrôleurs et l’inclusion des primes dans le calcul des pensions de retraite.
Dans ce climat d’agitation, le Premier ministre a décidé de s’exprimer, lors d’une visite à Villejuif, mercredi 14 février : « En me mettant à la place des Français, je peux comprendre la sensation d’une récurrence d’annonces de grèves coïncidant avec chaque période de vacances. Les Français apprécient grandement leur droit de grève, chèrement acquis. Cependant, je crois qu’ils sont conscients du devoir qui leur incombe de travailler. »
Ce discours comporte néanmoins une part de fausseté : le dernier mouvement social remonte à plus d’un an, en décembre 2022. C’est précisément à cause du non-respect des promesses faites à cette occasion que les contrôleurs ont décidé de relancer la machine de la grève. Il s’agit donc d’un grossissement de la réalité dans le but de discréditer le camp opposé.
Le prétendu « devoir de travailler » reste une fiction juridique
D’un point de vue légal, le travail n’est pas une obligation, mais un droit reconnu par l’article 23 de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme. Par conséquent, si travailler est un droit et non un devoir, on a légitimement le droit de ne pas exercer ce droit.
Bien que le préambule de la Constitution de 1946 stipule dans son article 5 que « Chacun a le devoir de travailler et le droit d’obtenir un emploi », ce « devoir de travailler » doit être compris en termes de responsabilité morale et non juridique. À titre d’exemple, les personnes qui ont gagné à l’Euromillions ou les personnes qui vivent des revenus de leur héritage n’ont pas été approchées par Gabriel Attal pour leur rappeler leur prétendu « devoir de travailler ».
Faisons également remarquer qu’il faut arrêter de faire semblant : les contrôleurs effectuent bien leur travail ! Ils ont tout simplement décidé de cesser temporairement leur activité, comme la loi les y autorise. Dans une économie de marché, travailler est une nécessité pour sécuriser sa survie matérielle plutôt qu’un devoir moral. Dans ce contexte, la grève est un moyen de pression dont les employés disposent pour équilibrer le rapport de forces en leur faveur face à leur employeur.
Il est donc crucial de ne pas délégitimer le droit de grève en le confrontant à un prétendu « devoir de travailler ». Il s’agit de l’un des rares leviers dont disposent les travailleurs pour défendre leurs intérêts sur le marché de l’emploi.