Chaque jour, une célébrité entre dans l’univers d’Élodie Suigo. Ce mercredi 6 mars 2024, c’est la réalisatrice et actrice, Agnès Jaoui qui est l’invitée du jour. Elle fait partie du casting du film « La vie de ma mère », dirigé par Julien Carpentier, dont la sortie est programmée pour ce même mercredi.
A l’occasion de la plus récente cérémonie des Césars, où elle a été honorée d’un César pour l’ensemble de sa contribution au cinéma, les projecteurs se sont à nouveau tournés vers Agnès Jaoui. Cette distinction vient s’ajouter à de nombreux autres trophées déjà reçus, faisant d’elle la femme la plus décorée de l’histoire de cette cérémonie. Sa carrière a commencé avec la découverte de l’écriture à l’âge de 11 ans, le théâtre, et sa rencontre avec des personnalités-clé comme Patrice Chéreau et Jean-Pierre Bacri, tous deux centrés autour du travail d’Harold Pinter.
Ce mercredi, 6 mars, on pourra la retrouver à l’affiche du film de Julien Carpentier, intitulé La vie de ma mère. Elle y interprète une mère déconcertante, incontrôlable, parfois si déstabilisée qu’elle a dû être prise en charge dans un établissement spécialisé, duquel elle s’échappe, bien évidemment. Son fils, fleuriste de profession, ne sait plus comment l’aider et est contraint de se protéger lui-même.
franceinfo : Le film présente-t-il une réflexion sur la manière de gérer nos proches lorsqu’ils sont touchés par des troubles mentaux et la nécessité de s’occuper de soi en parallèle ?
Agnès Jaoui : Tout à fait. En effet, le film raconte l’histoire d’un fils contraint de se distancer de sa mère pour survivre, simplement parce que la maladie mentale – ou toute maladie en général – ne fait pas que blesser les personnes touchées, les effets se font également sentir parmi l’entourage.
« ‘La vie de ma mère’ est un film qui peut aussi soutenir les aidants et tous ceux qui gravitent autour de ces personnes. »
Agnès Jaouiinterview pour 42mag.fr
Ce film permet de déculpabiliser les aidants tout en mettant en avant à quel point la situation est difficile pour tous.
Le film La vie de ma mère explore également cette relation indissociable entre une mère et son fils. Votre mère, qui était psychothérapeute et la pionnière de l’analyse transactionnelle en France, quelle est la marque qu’elle a laissé et quel est son apport ?
Elle nous a transmis sa passion pour la psychothérapie. J’ai eu l’occasion de l’accompagner à différents congrès d’analyse transactionnelle dès mon plus jeune âge. J’ai pu assister à des séances de thérapie de groupe et écouter les adultes verbaliser leurs tourments. J’ai constaté que chaque individu porte ses propres fêlures, malgré son image sociale. J’ai aussi appris que le changement est possible, et cette leçon m’est très précieuse.
Vos parents ont vécu des moments historiques, tels que la libération sexuelle, ils ont quitté la Tunisie et ont vécu dans des kibboutz. Est-ce que l’attentat terroriste survenu en Israël le 7 octobre dernier a eu des répercussions sur votre famille ?
Oui, Ofer Calderon est toujours détenu en otage par le Hamas.
Portez-vous avec vous cette mémoire familiale ?
Oui. Même si mes parents étaient déjà en rupture avec la tradition juive. Nous ne nous rendions à la synagogue que rarement. Nous avions par contre une affection profonde pour Israël et les valeurs du kibboutz, qui sont des valeurs socialistes prônant l’entraide, la justice et la paix. Ces valeurs ont eu un impact important sur mon frère Laurent et moi-même.
Actuellement, vous travaillez sur votre album. Est-ce un nouveau rêve que vous n’aviez pas osé exprimer auparavant ?
Quand j’étais petite, j’avais en effet le rêve de chanter. Je m’imaginais chanter au kibboutz et contribuer à l’avènement de la paix en Israël et en Palestine. Chanter est une expérience à part. On ne peut pas autant se dissimuler, surtout lorsque j’écris pour la première fois des paroles qui me sont propres. C’est stimulant car c’est une autre forme d’écriture. Dans cet album, je m’exprime en mon nom propre. C’est un grande différence. J’ai toujours aimé prendre des chemins différents.
Est-ce difficile de se dévoiler ainsi ?
Je dirais que c’est moins difficile maintenant. Au fil des années, j’ai appris à me soucier moins du regard des autres et à avoir plus confiance en moi.
Vous avez pris une place importante comme voix féminine. Pendant longtemps, vous affirmiez qu’il fallait crier pour se faire entendre, car personne ne semblait écouter. C’est également le message que véhicule Judith Godrèche en disant : « Je vous parle, mais je ne suis pas entendue« . Pensez-vous que c’est nécessaire pour faire changer les choses ?
On me dit souvent : « Maintenant que vous avez plus de 50 ans, vous obtenez de beaux rôles« , à quoi je réponds que c’est vrai et que certaines de mes consœurs ont également cette chance.
« Plus de la moitié des femmes de la population a plus de 50 ans, dans l’audiovisuel, elles sont 7%. »
Agnès Jaouifranceinfo
Depuis 30 ans, comme d’autres, je crie pour changer la situation. Et maintenant, ce problème semble enfin être reconnu par la plupart et surtout par la nouvelle génération avec des films qui démontrent l’incongruité de certaines situations : « La jeune fille a 17 ans et ses amants en ont 60 et personne ne trouve cela préoccupant« . On se rend compte enfin des vérités dérangeantes. Cependant, il y a encore de nombreuses résistances. Il faut réussir à faire progresser ensemble, main dans la main.
Êtes-vous fière de votre parcours ?
Oui, plutôt, oui.
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