À l’Assemblée nationale, les défenseurs de l’environnement s’opposent vigoureusement aux substances polluantes persistantes. Leur projet de loi, qui sera étudié le 4 avril, se base sur des examens conduits pendant une année par les membres du parlement, à partir d’échantillons d’eau domestique ainsi que des mèches de cheveux.
Les élus verts cherchent à mettre un terme à l’utilisation de composés chimiques nocifs engendrés par l’industrie, que l’on retrouve dans une multitude d’articles du quotidien : conditionnement de denrées, batteries, matériel anti-incendie ou même poêles antiadhésives. Ces polluants perpétuels sont suspectés de provoquer des cancers, des troubles de la fertilité, des maladies cardiovasculaires, etc.
Le projet de loi des verts sera débattu la semaine suivante en commission et le 4 avril en session plénière. En prémices, le jeudi 21 mars, le député vert du département de la Gironde, Nicolas Thierry, auteur du projet, dévoilera de nouvelles données relatives à la contamination. Une dizaine de personnalités publiques, parmi lesquelles l’animateur Nagui et le champion du décathlon Kevin Mayer, ont accepté de fournir un échantillon de cheveux à analyser. Parallèlement, depuis fin février, le parti écologiste effectue des prélèvements sur l’eau du robinet dans 25 villes, de Lorient à Narbonne, y compris Annecy.
Quatre secteurs particulièrement visés pour une prohibition à court terme
Depuis une année, les verts sont engagés dans le combat contre les polluants perpétuels et multiplient les vérifications. Quinze députés écologistes ont fait passer un test à un échantillon de leurs cheveux et ont prouvé qu’ils étaient tous touchés par la contamination. En septembre, Nicolas Thierry a entamé un tour de France afin de proposer à des citoyens volontaires de se soumettre au même test. Sur un échantillon de 150 personnes, seule une poignée – quatre individus – n’avait pas de traces de polluants perpétuels dans l’organisme. Pour les autres, soit 97% de l’échantillon, les doses variaient. La loi proposée par les verts envisage donc d’interdire à court terme les produits renfermant ces composés lorsque des alternatives existent.
Nicolas Thierry envisage quatre interdictions pour la mi-2025, touchant les emballages alimentaires, les produits cosmétiques, les vêtements et la cire pour skis, « puisqu’il existe des alternatives », explique-t-il. L’objectif est de proscrire ces polluants perpétuels en 2027, tout en prévoyant des exceptions pour les utilisations vitales. Ces dernières concernent notamment les prothèses médicales ou certains médicaments tels que le Prozac qui en contiennent. Le projet de loi des verts prévoit également de rendre obligatoire la détection de ces polluants dans l’eau potable sur l’ensemble du territoire, et d’instaurer un système selon lequel le pollueur est le payeur, afin que les industriels qui sont à l’origine de rejets importants financent la décontamination de l’eau.
Ce projet de loi a-t-il une chance de passer ?
La notion sera en premier lieu examinée le 4 avril, jour de la niche parlementaire des verts à l’Assemblée, son examen est donc assuré. Pour ce qui est de son adoption, les verts tentent de rallier les élus d’autres partis à leur cause.
Cependant, le gouvernement mène également des travaux sur les polluants perpétuels. Un rapport a été commandé à un député de la majorité, le MoDem du Rhône Cyrille Isaac-Sibille, certaines des recommandations qu’il contient sont similaires aux propositions des verts. Une réunion interministérielle prévue le jeudi 21 mars décidera de la position de l’exécutif sur la proposition de loi des verts, qui craignent que « le gouvernement refuse de leur accorder une victoire politique ».