Les dirigeants invitent les représentants élus de la Corse à trouver un consensus sur un projet de modification constitutionnelle visant à accorder l’autonomie à l’île. Cependant, ils rencontrent une opposition de la part du Sénat qui impose des restrictions.
Un autre amendement constitutionnel en vue : vers une « autonomie accrue » pour la Corse?
A peine une modification constitutionnelle validée ce lundi, incluant l’IVG dans le texte fondamental, le gouvernement est déjà dans les démarrages pour entamer une autre révision. Cette fois, il s’agit d’un sujet plus complexe : l’instauration d’un nouveau « statut d’autonomie dans le cadre républicain » pour la Corse. Le chrono est enclenché. Emmanuel Macron aimerait boucler la rédaction du document avant la fin mars. C’est pourquoi Gérald Darmanin a convié les représentants de l’Assemblée de Corse, actuellement dirigée par une majorité autonomiste, à un dîner à la place Beauvau ce lundi 11 mars, selon le même format que celui organisé le 26 février.
Afin de faire progresser les négociations, l’administration actuelle demande en amont un accord unanime des responsables corses. Cette dernière a déjà convenu sur trois aspects cruciaux : le « bilinguisme » pour encourage la connaissance du corse, un « statut de résident » pour dissuader la spéculation sur l’immobilier et l’officialisation d’une communauté historique et culturelle. Cependant, un quatrième aspect essentiel fait toujours l’objet de débat.
Le pouvoir normatif des représentants corses
Ce sujet de désaccord est lié à la question de transférer aux élus locaux un pouvoir normatif. Jusqu’à quel point pourront-ils définir leurs propres règles ? La majorité autonomiste propose d’avoir cette compétence dans presque tous les secteurs à l’exception des sujets régaliens, tandis que la droite est favorable à un « pouvoir d’adaptation » des textes de loi nationaux. C’est ce désaccord qui menace la capacité du gouvernement à rassembler une majorité de 3/5 au Parlement. L’exécutif se trouve à nouveau entre les mains de la droite majoritaire au Sénat, qui exprime sa peur de bouleverser « l’indivisibilité de la République ».
Selon la place Beauvau, un échec serait essentiellement l’oeuvre des délégués corses incapables de se mettre d’accord et d’une droite sénatoriale peu flexible. Cette attitude, qui donne l’impression de laver ses mains de l’affaire comme Ponce Pilate, indispose les élus autonomistes. Elle suggère aussi que l’exécutif n’est pas totalement convaincu par ce statut d’autonomie. Une initiative impulsée il y a deux ans par Gérald Darmanin pour calmer les troubles provoqués par le décès en prison d’Yvan Colonna, assassiné par un détenu radicalisé. La violence qui a refait surface récemment à Bastia, avec des nationalistes lançant des cocktails Molotov sur les forces de l’ordre, rappelle que l’instabilité politique peut rapidement dégénérer en affrontements physiques. Dans ce contexte explosif, les négociateurs ont plus que jamais la responsabilité de trouver un terrain d’entente : en Corse, l’échec des discussions peut facilement mener à l’éveil de la violence.