Dans cet établissement secondaire de la périphérie de Paris, la section finale supervisée par Monsieur Fontanieu parvient tous les ans à un taux de réussite de 100% aux examens du baccalauréat.
L’approche novatrice de Jérémie Fontanieu
Grâce au programme appelé « Réconciliations », Jérémie Fontanieu, professeur d’économie et de sociologie au lycée Eugène Delacroix de Drancy en Seine-Saint-Denis, arrive à faire en sorte que tous les élèves de sa classe de terminale réussissent leur baccalauréat. Il a mis en place ce projet avec David Benoît, son collègue professeur de mathématiques, depuis 2012.
Pendant un an, il a installé une caméra dans sa salle de classe afin de montrer comment, avec un juste équilibre entre rigueur et compassion, et surtout en impliquant activement les parents, il réussit à motiver des étudiants autrefois apathiques voire décrocheurs à réussir leurs études. Le documentaire Le monde est à eux, réalisé par le professeur lui-même, offre une vue détaillée de cette approche mise en œuvre depuis plus d’une décennie pour guider tous ses élèves vers le succès. Le film sera en salles à partir du 20 mars 2024.
La méthode « Réconciliations », qui a fait ses preuves depuis plus d’une décennie à Drancy, est aujourd’hui utilisée dans de nombreuses écoles en France, aussi bien dans les lycées que dans les écoles primaires et les collèges.
« L’année dernière, j’étais toujours absente du lycée », commence Tessa. Adem, qui avait failli décrocher à plusieurs reprises depuis sa seconde, poursuit : « Je ne me sentais pas honteux, mais je ne me sentais pas non plus à ma place ». « Avec le temps, au lieu de gagner en savoir, j’ai juste cumulé des difficultés », admet Yness.
Comme elle, Bilel, Dalil, Killan, Helvin et pratiquement tous les élèves de la classe de terminale de ce lycée à Drancy constatent que jusque-là leur parcours scolaire a été marqué par un manque de motivation et une faible estime de soi. « C’est un gaspillage de potentiel », déclare Jérémie Fontanieu aux parents des élèves, qu’il a fait venir directement en début d’année pour solliciter leur soutien. « Même si ce n’est pas le cas », il faudra montrer une unité face aux élèves et tenir un discours cohérent. « Nous devons toujours être d’accord quand nous sommes face à nos élèves », leur demande-t-il avec gravité.
« Quand ils apprennent que nous rencontrons leurs parents le 1er septembre et que nous leur enverrons des SMS chaque semaine pour les tenir informés, leur attitude change radicalement », explique l’enseignant.
« Il faut maintenir le rythme »
Voilà l’essence de la méthode de Fontanieu : une extrême rigueur couplée à une bienveillance constante, le tout soutenu par une collaboration étroite avec les parents. « C’est la première fois de ma vie que je travaille », avoue Adem. Au début, les élèves ont du mal à s’adapter. Ils sont peu habitués à ce rythme de travail et se sentent épuisés. « C’est la première fois de ma vie que je bois du café », confie l’un d’eux. « C’est la première fois que je suis fatigué. J’ai vu des élèves pleurer à force d’être fatigués. C’est intense, c’est un rythme à tenir », raconte-t-il. « Regardez, mon stylo est à sec ! », ajoute Tamara en montrant son stylo devant la caméra. « C’est la première fois de ma vie que ça m’arrive », s’étonne la jeune fille. Ils sont épuisés, mais ils s’engagent. Au début par peur des sanctions (les heures de retenue tombent et les réprimandes parentales suivent), puis parce qu’ils ressentent rapidement les bienfaits de leurs efforts.
« Dans la vie, la meilleure manière de progresser, c’est de travailler et de se taire », explique Monsieur Fontanieu, qui s’exprime souvent sans détour aussi bien avec les élèves qu’avec les parents. Cette déclaration radicale trouve une résonance quelque temps plus tard dans les propos des élèves. « On ne nous laisse pas faire ce que l’on veut », admet un jeune homme, « mais on nous donne des principes et des valeurs à suivre qui nous aideront plus tard à avancer dans la vie » poursuit-il. « Je pense que ça m’aide énormément », précise-t-il. « L’école est en train de créer un nouveau Nathan », ajoute un de ses camarades.
La collaboration avec les parents enlève également une pression qui repose habituellement uniquement sur les épaules des enseignants. « C’est un travail solitaire, travailler avec les parents donne l’impression de ne pas tout porter soi-même », assure Jérémie Fontanieu. Cette sensation de découragement a d’ailleurs été le point de départ de ce projet pédagogique.
Le film montre des scènes de la vie de l’établissement, en classe, mais aussi à l’extérieur, dans la cour, sur les passerelles en béton, entre les immeubles du quartier. Des interviews ou des témoignages face caméra donnent la parole aux élèves, mais aussi aux enseignants. Les acteurs sont souvent seuls ou à deux, face à la caméra, hors de la présence des adultes, pour s’exprimer. Ce dispositif libère la parole et permet aux étudiants de réfléchir tout au long de l’année sur l’expérience qu’ils sont en train de vivre.
« Je suis fière »
Le monde est à eux est à prendre pour ce qu’il est. Réalisé par le professeur lui-même, il ne propose pas de regard extérieur, ou critique. En ce sens, il est avant tout le récit d’une expérience plus qu’une perspective cinématographique sur une réalité. On peut regretter de ne pas entendre les autres professeurs et le personnel administratif du lycée, ainsi que les autres élèves qui ne bénéficient pas de la « méthode Fontanieu ».
Avec des prises de vue simples, souvent fixes ou avec de légers travellings avant, et un éclairage naturel, le film ne cherche pas à être esthétiquement agréable, mais il n’est pas non plus misérabiliste. Une sobriété dans la réalisation qui laisse toute la place à la parole des élèves, des parents et des enseignants, et à l’expression de leurs sentiments.
« Je suis fière de moi, je suis fière de mes parents, je suis fière que mes parents soient fiers de moi, je suis fière que mes professeurs soient fiers de moi »
Nous sommes touchés et nous nous réjouissons avec Dounia, et avec tous ces étudiants et leurs familles, si heureux et si peu habitués à être pris en compte. 100 % d’entre eux ont obtenu leur baccalauréat, beaucoup avec des mentions, et tous ont poursuivi leurs études. Cette année-là, plus d’un tiers des étudiants de la classe ont été admis en classes préparatoires aux grandes écoles.
« Le bonheur, c’est la réussite. Se lever chaque matin pour faire quelque chose qui nous passionne, être libre, voilà ce qu’est la réussite », conclut l’enseignant, s’adressant à ses élèves et aux parents réunis pour célébrer la réussite de tous. Tel est le fruit du travail acharné d’une équipe dévouée qui se dévoue corps et âme pour offrir à des élèves défavorisés des perspectives qu’ils n’auraient jamais imaginées avant cette expérience.
Informations complémentaires
Genre : documentaire
Réalisateur : Jérémie Fontanieu
Pays : France
Durée : 1h15 min
Sortie : 20 mars 2024
Distributeur : L’atelier Distribution
Synopsis :
On suit l’histoire d’une classe de lycée en banlieue qui met en place une méthode d’apprentissage collective. Cette méthode, basée sur une alliance entre les élèves, leurs parents et les enseignants, affiche un taux de réussite au baccalauréat de 100% depuis cinq ans. Le film, tourné par les élèves et leurs deux principaux enseignants, Jérémie Fontanieu et David Benoît durant une année scolaire, suit la dynamique inspirante de cette équipe qui leur permet de découvrir leurs potentiels et d’élargir leurs horizons.