L’avocat déclare que ses clients sont « extrêmement satisfaits », mais il déplore que « cela fait maintenant un an que le parquet aurait dû formuler ses réquisitions pour clore cette enquête », concernant les brutalités policières qui ont eu lieu dans un Burger King à Paris lors d’une manifestation des « gilets jaunes ».
« Nous souhaitons que le juge d’instruction renvoie ces policiers devant le tribunal sans tarder et qu’un procès se tienne rapidement, » a déclaré Arié Alimi à 42mag.fr ce jeudi 1er août. L’avocat réagissait à l’annonce des réquisitions du parquet de Paris, formulée la veille, divulguée par l’AFP et confirmée par 42mag.fr. Le ministère public a sollicité la tenue d’un procès contre neuf CRS accusés d’avoir commis des violences volontaires aggravées envers au moins quatre manifestants portant des « gilets jaunes » et un journaliste dans un Burger King proche des Champs-Élysées à la fin 2018. Ils sont mis en cause pour « violences volontaires commises par une personne dépositaire de l’autorité publique ». Dans son réquisitoire définitif que 42mag.fr a pu examiner, le ministère public les accuse d’avoir « agressé des manifestants qui ne présentaient aucune hostilité (…) sans avoir lancé de sommations ».
« Mes clients et moi-même sommes extrêmement satisfaits que le parquet de Paris requière enfin le jugement de ces neuf CRS par le tribunal correctionnel », a ajouté Arié Alimi. Toutefois, même si l’enquête a été terminée le 6 juillet 2023, l’avocat critique le fait que « le parquet a mis un an pour formuler ces réquisitions, retardant ainsi la clôture de l’instruction ».
Cette affaire emblématique du mouvement des « gilets jaunes » s’est déroulée lors de l’acte 3, le 1er décembre 2018 aux alentours de 19 heures, en marge d’une mobilisation qui a rassemblé 5 500 personnes à Paris, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur. La journée avait été marquée par de multiples violences et affrontements, se soldant par 412 arrestations et 318 placements en garde à vue. On comptait également 263 blessés, dont 23 parmi les forces de l’ordre. À proximité des Champs-Élysées, au Burger King, ces violences avaient été capturées par divers journalistes, montrant des CRS frappant vigoureusement des manifestants, certains étant couchés au sol.
« Un sentiment mitigé »
« C’est l’une des premières affaires qui a permis de mettre en lumière les violences policières systématiquement perpétrées sous le gouvernement d’Emmanuel Macron », affirme Arié Alimi. Il espère maintenant que « le juge d’instruction enverra rapidement ces policiers devant le tribunal et qu’un procès se tiendra rapidement, car les délais d’audiencement dépendent également du parquet de Paris ». L’avocat de deux victimes de cette affaire craint que le ministère public ne prenne « tout son temps pour procrastiner et différer indéfiniment ce procès, comme il le fait malheureusement trop souvent dans les cas de violences policières ».
Maître Moad Nefati, avocat d’une des cinq victimes constituées parties civiles, juge que cette réquisition « est une excellente nouvelle ». Cependant, lui et son client conservent « un sentiment mitigé, celui d’une justice qui passe en force et dans la douleur ».
L’avocat représentant les policiers, Laurent-Franck Liénard, n’a pu être joint par 42mag.fr. Depuis l’ouverture d’une information judiciaire le 23 mai 2019, quatre CRS avaient été mis en examen le 23 juin 2020. Le 6 mai 2021, trois autres CRS rejoignaient la liste des inculpés. Un huitième CRS a été mis en examen le 17 septembre 2021, et le dernier le 26 janvier 2023. Tous sont accusés de « violences volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique ».