Les socialistes ont choisi de ne pas s’opposer à François Bayrou par une motion de censure, ce qui réduit le risque d’élections présidentielles anticipées. Cette situation ouvre la voie à l’émergence d’un candidat réformiste qui pourrait jouer un rôle de premier plan lors de l’élection de 2027.
La décision prise par les socialistes de ne pas sanctionner François Bayrou, le jeudi 16 janvier, est susceptible de transformer en profondeur la scène politique actuelle. En premier lieu, cela permet au Parti Socialiste de se repositionner au cœur du débat politique, agissant comme un interlocuteur exigeant face au gouvernement. Bien qu’ils soient dans l’opposition, ils restent ouverts à des discussions pouvant mener à des concessions de la part de l’exécutif. En second lieu, cette démarche marque l’émancipation des socialistes de l’influence qu’exerçait La France Insoumise sur eux. Jean-Luc Mélenchon, qui avait prédit de façon catégorique la chute de François Bayrou, s’attaque à présent à prédire celle d’Emmanuel Macron.
Le chef de file des Insoumis se retrouve dans une impasse stratégique, n’ayant pour seul recours que le blocage du fonctionnement du pays et le sempiternel désordre institutionnel. Comme le souligne avec ironie François Hollande, Mélenchon ressemble à une « Madame Irma dont les prédictions ne se réalisent jamais ». En substance, l’autonomie revendiquée par le Parti Socialiste permet de désamorcer le verrouillage dans lequel le débat politique était confiné depuis 2022, particulièrement après les élections législatives de juillet dernier.
Le rôle déterminant du budget
Beaucoup s’imaginaient qu’un affrontement inévitable entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon serait l’unique issue possible pour la présidentielle, surtout en cas de scrutin anticipé. Mais, dans le nouvel équivalent politique, Marine Le Pen, figure de proue de l’extrême droite, est une des grandes perdantes. Tant que François Bayrou maintient une discussion constructive sur le budget avec le Parti Socialiste, tout en préservant l’appui du centre et de la droite, le Rassemblement National perd de sa pertinence.
Si les concessions obtenues du Premier ministre s’avèrent adéquates, le Parti Socialiste n’aura pas de raison de s’opposer au gouvernement sur la question du budget. Quel bénéfice pourraient-ils retirer à retourner vaincus, la tête baissée, sur le banc de touche de LFI, à encaisser les reproches de Jean-Luc Mélenchon ? Pour être réellement efficace, la stratégie du Parti Socialiste doit s’inscrire dans la durée. Comme l’a saisi Édouard Philippe, qui a confirmé le dimanche 19 janvier son intention de se présenter à la prochaine élection présidentielle, en évitant l’obstacle de la censure, François Bayrou commence à esquisser les contours de l’ère post-Macron. Que ce soit à droite, à gauche, ou au centre, la possibilité d’une succession réformiste au président devient de nouveau envisageable, écartant ainsi l’option extrémiste.