Afin de combattre le problème des déserts médicaux, François Bayrou a récemment suggéré de mettre en place une réglementation concernant l’implantation des médecins. Cette idée, bien qu’elle fasse régulièrement surface dans le débat public, n’a jamais été concrétisée.
François Bayrou aspire à franchir une étape qui pourrait déclencher une mobilisation des médecins libéraux : remettre en question la précieuse liberté d’installation des praticiens.
“Il est impératif de sortir de l’obstruction et de l’impasse actuelle. Une certaine forme de régulation est certainement nécessaire.”
François Bayrou, Premier ministreAu conseil économique social et environnemental (Paris), le 1er avril 2025
En 2022, alors qu’il briguait un second mandat, Emmanuel Macron semblait également prêt à adopter une approche plus rigoureuse :
« Ce vers quoi je veux que nous nous dirigions, en premier lieu, est de stopper les conventionnements dans les zones que nous estimons déjà suffisamment pourvues. C’est déjà un mécanisme assez performant. »
Emmanuel MacronAubervilliers (Seine-Saint-Denis), 17 mars 2022
Un projet ambitieux, mais trois ans plus tard, rien ne s’est concrétisé.
En 2024, la ministre de la Santé à l’époque, Geneviève Darrieussecq, a évoqué avec prudence l’idée d’un service sanitaire obligatoire pour les nouveaux médecins. Ce projet a cependant été rapidement abandonné, enterré avant même sa mise en œuvre. La ministre a évoqué un problème de formation médicale comme cause de cet échec.
« La profession médicale est plutôt individualiste et n’accepte pas facilement les contraintes. Les étudiants en médecine ne sont pas du tout sensibilisés à l’idée de service public, cela n’est pas intégré dans leur formation. »
Geneviève Darrieussecq, Ancienne ministre de la Santé (Modem)À l’Œil du 20 Heures
Un bras de fer politique remporté par les médecins
La seule à avoir sérieusement tenté de s’opposer à l’ordre établi fut Roselyne Bachelot. En 2007, elle proposa d’imposer des sanctions financières et de refuser le conventionnement aux médecins refusant de s’installer dans les zones mal desservies. La réaction de l’opposition fut immédiate.
« Oh là là, cela a provoqué un tollé incroyable, avec les syndicats médicaux et les partis politiques en première ligne. Au final, cela m’a coûté mon poste de ministre de la Santé et le Premier ministre m’a demandé de retirer ces mesures contraignantes de la loi. »
Roselyne Bachelot, Ancienne ministre de la Santé (UMP) de 2007 à 2010À l’Œil du 20 Heures
Une pénurie de médecins qui s’intensifie
Entre-temps, les zones sous-équipées se multiplient :
87 % du territoire national est affecté et près de 10 millions de Français ont des difficultés d’accès aux soins.
Depuis 15 ans, les élus ont essayé plusieurs fois de réguler l’installation des médecins. Pourtant, aucune proposition législative n’a abouti. Un sénateur centriste admet que ses deux rapports et une vingtaine d’amendements n’ont jamais été pris en compte.
“Il y a toujours une frilosité chez les responsables politiques à l’idée de se mettre à dos le corps médical. Les leaders sont favorables à une régulation tant qu’ils ne sont pas en fonction. Cela a été observé avec Nicolas Sarkozy, François Hollande et Emmanuel Macron.”
Hervé Maurey, Sénateur de l’Union centriste de l’EureÀ l’Œil du 20 Heures
La capacité de pression des médecins
Les syndicats médicaux disposent d’une arme redoutable pour influencer le pouvoir politique : la menace d’un arrêt des soins, comme l’affirme le président de l’UFMLS,
“Nous faisons du lobbying, rencontrons régulièrement des députés, leur transmettons nos propositions et sommes prêts à lancer une grève générale. Ils céderont, comme ils l’ont fait par le passé à chaque fois.”
Jérôme Marty, président du syndicat l’UFMLS, l’Union Française pour une médecine libre.À l’Œil du 20 Heures
Alors, avec le Premier ministre à leurs côtés, les choses vont-elles évoluer ? Une nouvelle proposition de loi contraignante est en discussion à l’Assemblée nationale le 2 avril.