Chaque samedi, l’historien Fabrice d’Almeida offre un éclairage approfondi sur les événements actuels, en les replaçant dans une perspective historique.
Les samedi 7 et dimanche 8 juin, le chef de l’État français effectue un déplacement officiel à Monaco. Les visites d’État françaises dans cette principauté ont été peu fréquentes au fil du temps. Sous la IVe République, seul François Mitterrand, alors ministre de la Justice dans le gouvernement de Guy Mollet, avait assisté au mariage du prince Rainier avec la princesse Grace, un geste essentiellement protocolaire et de courtoisie.
Peu de temps après, en 1960, lors d’un déplacement dans le Sud, le général de Gaulle opère un « petit détour » pour échanger quelques mots avec le prince. Cette rencontre, bien que non officielle, renforce la position du prince face à la restructuration financière de Monaco, juste avant la période de tensions liée au blocus qui éclatera deux ans plus tard.
Le tournant majeur des relations franco-monégasques en 1983
En janvier 1983, le prince Rainier se rend à Paris afin de rencontrer le président François Mitterrand. Il lui propose alors d’effectuer un voyage officiel en principauté, proposition que le président accepte. À cette époque, Monaco est devenu un véritable paradis fiscal prospère, tandis que la famille princière jouit d’une renommée internationale. La venue du président socialiste constitue un coup médiatique notable, alors que sa popularité est en berne. Pour les Monégasques, cette visite est une démonstration éclatante de leur souveraineté, notamment aux yeux des Français.
Pour marquer l’événement, François Mitterrand et son épouse Danièle orchestrent soigneusement leur arrivée : débarquement en avion à Nice suivi d’un transfert en hélicoptère jusqu’à Monte-Carlo. Cette mise en scène illustre le cérémonial habituel des visites d’État, avec une réception organisée sur le site d’atterrissage. Les chefs d’État procèdent ensuite à un échange de distinctions honorifiques : le prince héritier Albert reçoit la Légion d’honneur tandis que le président Mitterrand est fait chevalier de l’ordre de Saint-Charles, la plus prestigieuse décoration de Monaco. Fait intéressant, les récipiendaires de cet ordre bénéficient d’un honneur particulier lors de leurs funérailles, avec la présence d’un détachement de quatre carabiniers sous le commandement d’un officier. Le ministre des Affaires étrangères, Claude Cheysson, accompagne également la délégation, soulignant ainsi la dimension diplomatique officielle de cette visite.
Un moment chargé d’émotion se déroule lors du dîner officiel, lorsque le président évoque la mémoire de la princesse Grace, décédée deux ans auparavant. La conférence de presse qui suit est un peu plus animée : un journaliste malicieux interroge Mitterrand sur l’éventuelle application des lois sociales françaises, impulsées par les socialistes, à Monaco. Le président se défend habilement en rappelant que ce sujet ne relève pas directement de son pouvoir, mais qu’il reste un point de discussion entre les deux États. Avant de quitter Monaco le lendemain, Mitterrand et son épouse visitent le musée océanographique, guidés par le commandant Cousteau, et abordent la question cruciale de la préservation des océans.
L’importance maritime du « Rocher »
La dernière visite majeure fut celle du président Jacques Chirac en 1997, qui effectua également une visite officielle à Monaco. Il salua le prince Rainier pour le rayonnement et la magnificence dont a su s’entourer ce « Rocher sauvage ». Derrière cette expression poétique se devinent des enjeux économiques significatifs. Bien que Monaco soit fermement ancré sur le continent, son avenir et ses ambitions sont résolument tournés vers la mer. C’est dans cette optique que s’inscrit la récente visite du président Emmanuel Macron, qui a mis l’accent sur la situation des océans lors de son séjour, illustrant une autre facette essentielle de la relation entre Monaco et la France.