François Bayrou est désormais attendu pour concrétiser son engagement ferme envers la réduction de la dette publique. Cependant, à mesure que se rapprochent ses déclarations budgétaires prévues pour mardi, le Premier ministre reste assez discret et ne livre que peu d’informations sur ses intentions précises.
François Bayrou le répète inlassablement : pour lui, c’est un véritable « Himalaya », la plus haute chaîne montagneuse du globe, une ascension périlleuse pouvant aller jusqu’au sacrifice. Dès son entrée en fonction, en décembre dernier, le Premier ministre actuel affirmait bien être conscient « de la complexité de la situation ». Nous voilà face à un moment crucial, car depuis près de trois décennies, François Bayrou martèle l’impératif de réduire la dette. C’est profondément ancré en lui, la pierre angulaire de son engagement politique.
Déjà en 2002, sur RTL, lors de sa première candidature à la présidentielle, il avait tiré la sonnette d’alarme en déclarant :
« La dette française s’élève à 1 000 milliards d’euros, soit 6 000 milliards de francs, » ajoutant aussitôt : « un montant si colossal qu’il semble presque irréel. » Aujourd’hui, cette dette dépassant les 3 000 milliards, le moment de vérité s’impose à Bayrou. Lui, qui est agrégé de lettres classiques, devra démontrer qu’il ne se limite pas à des paroles habilement choisies qu’il “se livre à lui-même”, mais qu’il sait aussi traduire ses convictions en actes tangibles.
François Bayrou doit annoncer ses mesures mardi 15 juillet, mais aucune information précise n’a filtré jusqu’à présent. Lors d’une intervention d’environ une heure trente, jeudi 10 juillet, il est resté évasif, se contentant de dire que l’impôt ne serait pas la solution unique pour régler les difficultés. Il a admis que « des efforts ciblés » seraient éventuellement demandés à certains moments ou dans certains secteurs. Toutefois, un schéma commence à sembler se dessiner. Le Premier ministre pourrait bien renvoyer la balle aux élus adverses, en suggérant plusieurs champs d’action, avant de déléguer ensuite aux parlementaires la responsabilité finale ! Cette semaine au Sénat, il a fermement souligné que le gouvernement allait soumettre des propositions, mais qu’il appartenait ensuite au Parlement de trancher, invitant ainsi à distinguer clairement les rôles et responsabilités. « C’est vous qui voterez le budget », a-t-il presque déchargé, à la manière d’un maire de Pau.
Pourquoi les oppositions préfèrent rester à l’écart
Cette posture ne surprend guère. François Bayrou est toujours en place plus de six mois après sa nomination, alors que nombreux étaient ceux qui n’accordaient pas trois mois de longévité à son mandat. Même ses adversaires reconnaissent son habileté à naviguer habilement entre droite et gauche, esquivant toujours les écueils… jusqu’ici. Il pourrait donc appliquer sa tactique bien rôdée au sujet du budget, bien que cela exaspère le président de la République, qui espérait un “cap clair”, et pas seulement des “ impressions”, mais aller droit au but n’est pas dans l’ADN béarnais. Laisser ainsi le choix à la dernière étape semble paradoxal, alors qu’on répète depuis des mois qu’aucune alternative n’est envisageable. Bayrou en est pleinement conscient. Les oppositions n’ont aucun intérêt à se mouiller sur ce dossier budgétaire. Il est bien plus confortable de laisser Matignon s’occuper de l’opération délicate. Des opposants qui, par le passé, avaient préféré débattre d’amendements aussi futiles que des chips ou des croquettes lors du budget Barnier.
Si François Bayrou avait une confiance entière en ses propositions, si la gravité du moment était vraiment prise au sérieux, il dévoilerait clairement ses cartes et affirmerait : c’est à prendre ou à laisser, quitte même à engager sa propre démission. Lui qui aime citer Cyrano de Bergerac :
« Sans un pli, sans une tache… malgré eux« , il saurait alors faire preuve d’un véritable panache. Imagine-t-on un alpiniste hésiter au pied de l’Everest, attendant que ses compagnons restés au camp de base choisissent à sa place ?