Le mardi 8 juillet, Catherine Mathieu, économiste travaillant à l’Observatoire Français des Conjonctures Économiques (OFCE) et experte reconnue du Royaume-Uni, était présente en tant qu’invitée lors de l’émission 11/13 diffusée sur 42mag.fr.
Emmanuel Macron est devenu le premier chef d’État étranger à se rendre au Royaume-Uni depuis les turbulences de 2020. Pour Catherine Mathieu, cette visite incarne la solidité des liens qui unissent les deux nations, ainsi que la volonté manifeste de Keir Starmer, le nouveau Premier ministre britannique, de rapprocher son pays de ses voisins européens.
Ce texte est une adaptation partielle de l’interview présentée dans la vidéo ci-dessus. N’hésitez pas à cliquer pour visionner l’échange complet.
Lucie Chaumette : Les visites d’État au Royaume-Uni sont-elles exceptionnelles, un privilège ?
Catherine Mathieu : Tout à fait, elles sont très peu fréquentes. Les visites d’État restent globalement rares. Dans ce contexte précis, marqué par des tensions nombreuses entre la France et le Royaume-Uni après le référendum sur le Brexit, la portée de cette visite est d’autant plus grande. Il y a deux ans, c’est la France qui avait reçu le roi Charles pour une visite d’État, et cette fois-ci, le Royaume-Uni accueille à son tour le président français. Ce geste a une importance majeure sur le plan diplomatique.
Comment Emmanuel Macron a-t-il réussi à obtenir cette visite ? Pourquoi est-il le premier président français depuis le Brexit et même le premier dirigeant européen à être invité ?
Un facteur clé est le contexte géopolitique européen actuel, notamment la guerre en Ukraine. Les Britanniques ont très rapidement pris position en faveur de l’Ukraine, suivi par la France. Ces deux grandes puissances militaires renforcent ainsi leur coopération. Même si les relations ont été mises à rude épreuve avec le Brexit, le Royaume-Uni et la France entretiennent des liens historiques forts, malgré une histoire souvent conflictuelle.
Le mandat de Keir Starmer comme Premier ministre a-t-il contribué à resserrer ces rapports, notamment dans le domaine de la défense avec Emmanuel Macron ?
En matière de défense, il n’y a pas eu de changement notable. Les gouvernements conservateurs précédents — Boris Johnson, Rishi Sunak, puis Liz Truss — avaient tous adopté une position similaire concernant le soutien britannique à l’Ukraine face à la Russie. Ce qui évolue avec Starmer, qui est en poste depuis un an, c’est sa volonté de maintenir le Royaume-Uni dans une relation étroite avec l’Union européenne. Dès son arrivée, il a souhaité redémarrer les relations, ce fameux « reset » visant à réinitialiser les liens entre le Royaume-Uni et l’UE, surtout sur le plan économique.
Qu’en est-il de la famille royale dans cette dynamique ? Est-ce la qualité des relations entre Emmanuel Macron et le roi Charles qui joue un rôle ?
Je pense effectivement que les relations entre les deux hommes sont bonnes. De manière générale, la famille royale anglaise occupe une place importante dans la diplomatie du pays. Lorsqu’un invité de marque visite le Royaume-Uni, c’est traditionnellement la famille royale qui assure l’accueil officiel.
La famille royale entretient aussi des liens particuliers avec la France.
Oui, cela était particulièrement vrai avec la reine Elizabeth, et le roi Charles perpétue cette tradition. Par ailleurs, on peut imaginer que des affinités personnelles existent, notamment autour des enjeux environnementaux. Le roi Charles est reconnu pour son engagement sur ces questions depuis longtemps, tandis que la France soutient activement la lutte internationale pour la transition écologique, comme cela se traduit notamment au travers de l’accord de Paris. C’est un domaine où les deux parties trouvent un terrain d’entente.
Emmanuel Macron effectue cette visite d’État avant celle du président américain au Royaume-Uni. Donald Trump devrait venir à l’automne, mais aucune date n’est confirmée, n’est-ce pas ?
Effectivement. Il avait été prévu, quelques mois auparavant, que Donald Trump soit le premier dirigeant étranger à se rendre au Royaume-Uni depuis l’élection de Keir Starmer, mais des contraintes d’agenda ont repoussé cette venue.
Officiellement, uniquement des contraintes de planning ?
Je ne suis pas au cœur des négociations bilatérales entre le Royaume-Uni et les États-Unis. Toutefois, depuis le début de son mandat, la relation avec Donald Trump a été compliquée à gérer. Le Royaume-Uni, qui se vantait d’une relation spéciale avec les États-Unis, voit aujourd’hui les choses se complexifier sous la présidence Trump, ce qui rend plus difficile pour Keir Starmer le maintien de liens stables avec Washington que par le passé.
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