Bien que la majorité des recharges des voitures électriques s’effectuent à la maison ou sur le lieu de travail, les bornes de recharge accessibles au public jouent un rôle crucial lors des déplacements, notamment pendant les trajets de vacances.
Comment s’y retrouver dans ce fatras tarifaire ? Alors que de nombreux Français s’apprêtent à partir en vacances, certains au volant de véhicules électriques, Franceinfo s’intéresse au mode de fonctionnement des 168 000 points de recharge électriques publics répartis sur le territoire, où les tarifs varient considérablement. Plusieurs utilisateurs dénoncent le caractère obscur et peu transparent des prix pratiqués par ces stations publiques de recharge.
Pascal Hureau, président d’une fédération d’usagers de véhicules électriques, observe que les bornes de recharge à proximité apparaissent sur le GPS de sa voiture. « Là, nous arrivons à une station disposant de deux types de bornes : des rapides et d’autres un peu plus lentes, situées en bas », précise-t-il. Cette borne, de la marque Electra, se trouve dans un parc de bureaux en région parisienne. Contrairement aux stations-service traditionnelles, les tarifs restent souvent invisibles avant l’arrêt à la borne, puisque la plupart des tarifs ne sont pas affichés de loin. Le conducteur ne peut donc pas anticiper le coût avant d’avoir branché son véhicule.
Des tarifs multiples sur une même borne
Une fois arrivé face à la borne, le conducteur doit choisir son mode de paiement. Il peut régler avec sa carte bancaire ou via une application mobile. « C’est généralement plus onéreux de payer par carte bancaire », indique Pascal Hureau, ce qui incite les usagers à utiliser l’application dédiée de l’exploitant. Afin de diminuer le montant à payer, il est aussi possible d’opter pour un abonnement, qui réduit le prix de la recharge rapide, ou de sélectionner la borne « lente » si le temps le permet. Cette multiplicité d’options génère jusqu’à cinq tarifs différents pour une seule et même borne.

Parmi ces 168 000 points publics, une grande majorité relève du constructeur Tesla, qui gère l’un des plus vastes réseaux de recharge en France. « La borne et la voiture communiquent quelques secondes pour que mon compte bancaire Tesla soit automatiquement reconnu », explique Pascal Hureau. Ainsi, le système semble plus fluide, mais les tarifs varient en fonction des heures de la journée. « Par exemple, à minuit, les prix sont abaissés afin d’inciter à utiliser les bornes en période creuse », indique le président de la fédération d’usagers. Pour recharger la moitié de la batterie, les coûts oscillent entre 14 et 33 euros selon le moment de la journée.
Des « dérives tarifaires » dénoncées
Certaines bornes ne prennent pas en charge le paiement par carte bancaire, ce qui complique la vie lors de trajets longue distance. Il est alors nécessaire d’avoir sur soi une carte de mobilité : un pass délivré par le constructeur automobile, les collectivités locales ou une chaîne de stations-service. Ces cartes, le plus souvent facturées quelques euros, sont parfois gratuites. Il en existe une vingtaine qui permettent l’accès à l’ensemble des bornes, mais avec des tarifs qui varient selon les cartes.
« Ici, la borne n’affiche aucun tarif… Je ne saurai le montant qu’après la recharge, impossible de faire une estimation préalable », regrette une conductrice dans une station Engie sur autoroute. « Je ne connais absolument pas le coût », renchérit un autre usager qui vient de « badger » avec son pass. « Ce serait quand même plus simple si le même tarif s’appliquait partout », souligne une autre personne.

Les personnes ayant expérimenté différentes bornes ont constaté qu’elles n’ont jamais payé le même prix, leur montant dépendant du type de carte utilisé. « La rentabilité des opérateurs de ces cartes repose sur la marge qu’ils prélèvent sur chaque recharge », précise Lucile Buisson, chargée de mission énergie à l’association UFC-Que Choisir.
« Ce sont les marges appliquées par les opérateurs de cartes de recharge qui provoquent ces dérives tarifaires. »
Lucile Buisson, UFC-Que Choisirà 42mag.fr
C’est pourquoi certains usagers préfèrent porter plusieurs cartes sur eux. « Ils sélectionnent celle qui leur assurera le tarif le plus avantageux selon la borne et l’heure », explique Lucile Buisson. Cette association plaide pour que le paiement par carte bancaire soit accepté sur toutes les bornes, afin de simplifier l’usage, notamment pour les automobilistes qui louent un véhicule électrique pendant les vacances et découvrent ce système complexe.
Un coût d’usage divisé par trois
L’absence de clarté sur les prix est également pointée par l’Autorité de la concurrence, qui recommande l’installation de panneaux visibles affichant clairement les tarifs, à l’image des stations-services classiques. L’idée d’unifiant les tarifs sur chaque borne est aussi évoquée. Cependant, cette variation des prix est perçue comme un « avantage pour les utilisateurs », selon Clément Molizon, délégué général de l’Association nationale pour le développement de la mobilité électrique (Avere). Cette organisation rassemble industriels, constructeurs et équipementiers de la mobilité électrique. « Aujourd’hui, étant donné la pluralité des réseaux et des acteurs, la concurrence permet aux usagers de faire un choix », avance-t-il.
« Soit je privilégie la simplicité, soit je cherche le service au meilleur prix. Dans ce dernier cas, il faut consacrer un peu plus de temps à la comparaison. »
Clément Molizon, délégué général de l’Avereà 42mag.fr
Le délégué général rappelle aussi que la recharge publique ne représente « qu’une faible part des opérations annuelles ». « La majorité des recharges s’effectue à domicile ou sur le lieu de travail, ce qui permet de diviser par trois le budget consacré au carburant », précise-t-il. En effet, un utilisateur de voiture électrique dépense en moyenne 37 euros par mois pour ses recharges, selon l’Avere, un montant nettement inférieur aux 105 à 110 euros mensuels dépensés par un conducteur de véhicule essence ou diesel.