Rassemblés face à des dirigeants d’entreprises, six responsables politiques — Bardella, Retailleau, Attal, Tondelier, Roussel et Bompard — ont discuté de leur orientation stratégique à l’approche du scrutin de confiance demandé par le Premier ministre.
Du RN à LFI, un échange inédit réuni six responsables de partis sur le court central de Roland-Garros, à Paris, à l’initiative du Medef, le jeudi 28 août. Chacun a, bien sûr, tenté de convaincre les dirigeants d’entreprise avec ses propositions. Mais cette rencontre a aussi été l’occasion de transmettre des messages sur leur stratégie pour les échéances à venir, notamment en ce qui concerne le vote de confiance demandé par François Bayrou.
Pour l’ensemble des formations de gauche, c’est une occasion en or de remodeler totalement le profil du Premier ministre. L’écologiste Marine Tondelier s’empare de l’image du « bateau » du gouvernement et affirme que le véritable capitaine est Emmanuel Macron, et que tout l’équipage est macroniste; si, lorsque le navire prend de l’eau, on conserve les mêmes réglementaires à bord, cela ne fonctionnera pas.
À l’inverse, Jordan Bardella répond sur le même registre, mais il va beaucoup plus loin que la simple chute de Bayrou. « Rien de stable ne peut émerger de ce Parlement », affirme-t-il, et il plaide pour une solution démocratique la plus directe possible: un retour aux urnes, que ce soit par une nouvelle dissolution de l’Assemblée ou par une présidentielle afin de redonner une direction au pays. Le RN, victorieux dans les urnes, serait alors présenté comme l’acteur de la stabilité. C’est l’axe que le parti d’extrême droite développera dans les semaines qui viennent.
La date déterminante pour moi n’est pas celle du 8 septembre
Face à eux, deux débatteurs ont pris place sur le même plan de Roland-Garros, quasiment en duo. Gabriel Attal et Bruno Retailleau appellent à ne pas se tromper d’échéance. Il ne s’agit pas d’un référendum pro ou anti Bayrou, répète le président des Républicains. Sur ce point, Renaissance partage la même position: « La date qui compte le plus pour moi n’est pas le 8 septembre, mais le 31 décembre. Est-ce que provoquer la chute du gouvernement le 8 septembre faciliterait l’adoption d’un budget d’ici le 31 décembre, nécessaire pour nos entreprises, notre économie et le pays ? Je suis convaincu que la réponse est non. »
Et pour le changement de modèle économique, il faudra attendre l’élection de 2027, ajoute Gabriel Attal. « La France ne peut pas fonctionner en 2025 avec un modèle datant de 1945. Il faut une réinvention de notre modèle, et c’est ce que je veux lancer avec Renaissance », soutient l’ancien Premier ministre. Bruno Retailleau, président des LR, confirme: « on ne peut plus vivre selon un système qui est devenu un cadre social étatiste; il faudra des ruptures encore plus franches demain. »
Les deux hommes reçoivent les plus fortes ovations du public composé de chefs d’entreprise. Bruno Retailleau s’autorise même à évoquer, à demi-mot, une éventuelle place au gouvernement: « j’aurais aimé être ministre de l’Intérieur d’un gouvernement disposant d’une vraie majorité, pour faire passer des lois qui marqueraient une rupture, mais je suis freiné », affirme-t-il. Donner forme à la rupture tout en restant dans l’équipe du bloc central demeure le défi partagé par Bruno Retailleau et Gabriel Attal.