Brigitte Bardot, figure emblématique du cinéma et personnalité publique engagée, a entretenu pendant des années des liens soutenus et clairement assumés avec des courants d’extrême droite ainsi qu’avec la droite conservatrice, au point d’être perçue par un grand nombre comme l’un des symboles politiques de ce champ idéologique.
Brigitte Bardot est morte dimanche 28 décembre, à l’âge de 91 ans, et son rapport au monde du cinéma fut loin d’être épargné par les orages. Sur le plan politique, son attitude variait entre appétit et défi, comme un « je t’aime, moi non plus ». BB était une femme engagée, et pour certains une icône de l’extrême droite autant que de la droite conservatrice.
Considérée comme Marianne, symbole de la féminité idéale, émancipée et libre à la française, Bardot était pour Jordan Bardella une véritable « ardente patriote ». Son lien avec les formations d’extrême droite et de droite traditionnelle dura plus de trois décennies, soit une relation quasi familiale entre l’ex-FN et BB. Jusqu’à la fin de son existence, Brigitte Bardot demeura mariée à Bernard d’Ormale, conseiller de Jean‑Marie Le Pen. « Le départ de Brigitte est un immense chagrin », a écrit Marine Le Pen, comme si l’on parlait d’une proche intime, sur le ton des éloges adressés à Bardot sur France 2 en 2014. « J’aime beaucoup Marine, je l’affirme et je le dis. Je n’ai pas à m’en cacher », déclarait alors Bardot. « Elle a une détermination remarquable. Dans l’ensemble, ces idées me séduisent. C’est la vision de la France que je souhaiterais voir renaître. »
Des opinions tranchées et conservatrices
À l’heure des hommages, les rangs du RN remettent à l’honneur l’album de photos de Bardot. Florian Philippot et Sébastien Chenu ont publié des clichés d’eux à la Madrague, la célèbre demeure de Saint-Tropez. Steve Briois, maire RN d’Hénin-Beaumont, se rappelle d’un mot écrit de la main de Bardot pour remercier celui qui avait donné son nom à une rue. Jadis, Bardot soutenait le FN lors des municipales à Vitrolles et participait à Marseille, entourée du service d’ordre du parti dans un rassemblement nocturne autour de la flamme. Dans sa logique de conquête du pouvoir, le RN a du mal à attirer des célébrités à grande audience; Bardot fut l’unique personnalité de premier plan à s’impliquer ainsi. À cet égard, elle reste un symbole fort.
Brigitte Bardot avait aussi embrassé des idées marquées et conservatrices. Condamnée en 1990 pour des propos jugés racistes ou incitatifs à la haine dans le trimestriel d’extrême droite Présent, elle avait dénoncé l’abattage des moutons lors de l’Aïd, déclarant que « les animaux paieront cher ». Moins tard, dans les années 2020, elle a comparé les habitants de La Réunion à des « autochtones » dotés de « gènes sauvages ». Dans son autobiographie, elle s’émeut que les clochers des villages soient « remplacés par des mosquées ». Ces prises de position ont été reprises par des figures comme Éric Zemmour, qui en fit son sujet d’attention, et ont été interprétées comme un appel à la « défense de l’identité française » par Éric Ciotti, ainsi qu’un « refus de la bien-pensance » pour Marion Maréchal. « Je ne me situe ni à l’extrême droite ni à l’extrême gauche, mais il est vrai qu’il n’existe plus une droite claire », résumait l’actrice lors d’un entretien radiophonique sur la RTS. On a aussi évoqué que Chirac aurait « retourné la droite comme sa culotte » et que la droite incarnée par Chirac aurait perdu une pièce maîtresse; autrement dit, la droite telle qu’elle était ne serait plus la même qu’auparavant.
« Une voix aussi rebelle que sincère, exprimant ses idées sans chercher à plaire », écrit l’Élysée dans un communiqué. Mais dès le lendemain, sous l’ombre de Brigitte Bardot, certains y voient encore une certaine idée de la France. L’image idéale des années 1950 et 1970, en noir et blanc, fait resurgir chez une partie de la droite conservatrice et de l’extrême droite une nostalgie marquée, avec ce refrain tenace que « la France de Bardot était mieux avant ».







