À l’invitation du programme Les 4 Vérités ce lundi 5 janvier, alors que les médecins libéraux sont en grève, la ministre de la Santé affirme avoir pris les dispositions requises afin de garantir la continuité des soins.
Les cabinets médicaux et les cliniques pourraient être déserts dès lundi prochain, le 5 janvier, alors que les médecins libéraux lancent une grève qui est prévue pour s’étendre sur dix jours. Leur cible principale demeure des mesures contenues dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale, notamment la faculté pour le gouvernement de modifier le remboursement de certains actes, ainsi que le contrôle des arrêts maladie. Sur le plateau des « 4V » ce matin, Stéphanie Rist, ministre de la Santé et des Familles, réagit à ces dissensions et affirme qu’« il y a certains lieux où il faut demander à des médecins de ne pas se mettre en grève ».
Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l’interview citée ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.
Gilles Bornstein : Nous venons d’apprendre qu’un homme est décédé dans l’incendie de son box au service des urgences de l’hôpital d’Hyères, dans le Var. Pouvez-vous confirmer cette information et en dire davantage ?
Stéphanie Rist : Oui, j’ai reçu cette information cette nuit. Un incendie s’est déclaré au service des urgences de l’hôpital d’Hyères. L’enquête est en cours et le sinistre est désormais maîtrisé. En revanche, les urgences sont fermées et les patients qui souhaiteraient se rendre à Hyères doivent être orientés vers l’hôpital de Toulon.
Et l’origine du feu, avez-vous des précisions ?
Pour l’instant, l’enquête est en cours et nous n’avons pas encore établi les causes. Malheureusement, une personne est décédée et je n’ai pas encore connaissance des circonstances exactes. Dès que nous aurons des informations claires, nous les communiquerons.
Donc vous prévenez clairement ce matin les patients qui en ont besoin de s’adresser à l’hôpital de Toulon, où le service des urgences reste opérationnel. Tous les syndicats de médecins libéraux, ainsi que les cliniques, appellent à une grève des soins pendant dix jours. Est-ce que vous prévoyez une grève fortement suivie ?
Elle est présentée comme largement suivie. Les médecins libéraux ne sont pas obligés de déclencher officiellement une grève, ce qui fait qu’il n’existe pas de chiffres prévisionnels précis sur le taux de participation. Quoi qu’il en soit, l’important est que je puisse leur dire que je suis à leur écoute, que le dialogue doit se poursuivre et même s’intensifier, et j’espère que ce mouvement sera aussi bref que possible.
Concrètement, ce que signifie la grève pour un médecin ? Un praticien peut-il refuser de prodiguer des soins ?
Il existe plusieurs formes de prise en charge en médecine. En cas d’urgence, il existe ce que l’on appelle la permanence des soins, et j’ai, avec les professionnels, pris les dispositions nécessaires pour que cette permanence soit assurée et qu’aucun danger vital pour les patients ne survienne.
Que recouvrent exactement les « mesures nécessaires » que vous évoquez ?
Territoire par territoire, avec les agences régionales de santé et les professionnels, nous avons évalué, à la suite des annonces de grève, s’il fallait recourir ou non aux éventuelles réquisitions pour garantir l’accès aux soins dans des secteurs où la situation pourrait être critique.
Peut-on obliger un médecin à travailler ?
Oui, la loi nous habilite à le faire, et heureusement, car l’objectif demeure que nos concitoyens soient pris en charge lorsque c’est nécessaire. Nous avons conduit cette évaluation territoire par territoire. Dans certains endroits, il faut demander à des médecins de ne pas se mettre en grève, proposition émise par les ARS au préfet. Dans la plupart des cas, cela se fait en concertation avec les médecins, qui savent parfaitement qu’ils doivent soigner les patients.
Or, aujourd’hui, face à la situation, il est clair qu’il peut être difficile d’obtenir un rendez-vous : si vous poussez la porte d’un cabinet, il est probable que vous tombiez sur une porte close…
Plusieurs cas de figure existent. Si vous avez un rendez-vous prévu chez, par exemple, un cardiologue ou un neurologue dans les prochains jours et que la situation n’est pas urgente, le rendez-vous sera reporté. Le médecin peut ainsi proposer une autre échéance. En revanche, si votre cas relève d’une urgence, vous serez pris en charge sans délai.
Mais pour les opérations non urgentes, comme une pose de prothèse ou une opération de la prostate, tout cela sera-t-il décalé ?
Ma responsabilité est de m’assurer que chacun bénéficie d’une prise en charge lorsqu’une permanence des soins est nécessaire. Cependant, il faut aussi respecter le droit de grève reconnu dans notre pays.
Les médecins articulent leur contestation autour d’une mesure du projet de loi de financement de la sécurité sociale autorisant le gouvernement à modifier les conditions de remboursement de certains actes. À qui s’adresse cette mesure ?
C’est une mesure adoptée au cours des débats parlementaires malgré mon opposition. C’est la démocratie et, de plus, il s’agit d’un budget ficelé par consensus. D’ailleurs, on peut saluer qu’il ait été voté, car il permet de maintenir des tarifs à l’hôpital au 1er janvier, ce qui était notre engagement. Cette disposition donne au gouvernement la possibilité de prendre des décisions de manière unilatérale. J’ai dit aux représentants syndicaux des médecins que l’essentiel pour moi réside dans les négociations conventionnelles avec l’assurance maladie, et que je souhaite que la confiance entre les médecins et l’assurance maladie se renforce et reprenne, car c’est ainsi que progresse notre système de santé et les corps professionnels qui y œuvrent.
Le gouvernement aurait le pouvoir de modifier les conditions de remboursement, mais vous n’agiriez pas sans pré-négociations ?
Je ne suis pas seule dans ce fruit; l’objectif d’un gouvernement n’est pas de décider seul dans son coin. Ce qu’il faut, c’est collaborer avec les représentants des médecins dans le cadre des négociations conventionnelles — car c’est dans ce cadre que notre système de santé se construit avec l’assurance maladie.
Autre point de discorde : la mesure sur les arrêts de travail que vous avez choisi de resserrer. Vous maintenez votre décision de limiter les arrêts de travail ?
Dans le cadre du budget de la sécurité sociale, la période initiale d’arrêt de travail est limitée à un mois pour une première prescription. Si une personne s’arrête pendant trois ou six mois lors d’une première consultation, on peut s’interroger sur son suivi médical. Il est donc normal que le patient revienne consulter après un mois pour être pris en charge. Cette limitation à un mois est inscrite dans la loi, et elle n’empêche pas de prescrire en fonction des besoins, mais elle incite à un réexamen après ce délai. En pratique, la plupart des pathologies se situent en dessous d’un mois pour l’arrêt maladie.
À Crans-Montana, le dernier bilan fait état de 9 victimes françaises et de 23 blessés pris en charge. Avez-vous des nouvelles sur l’état de santé de nos 23 compatriotes blessés ? Craignez-vous que le nombre de décès puisse encore augmenter ?
Le bilan demeure lourd et j’adresse mes plus profondes condoléances aux familles des 40 victimes, dont 29 Français. Nous avons 23 blessés parmi les ressortissants français, et je remercie le centre de crise de mon ministère, épaulé par le ministère des Affaires étrangères et celui des Armées, pour avoir organisé le rapatriement et le transfert de 18 blessés vers la France. Nous pouvons être fiers du personnel soignant et de l’ensemble du système qui a permis cela.
Parmi ces 23 blessés, certains voient-ils encore leur pronostic vital engagé ?
Oui, parmi eux figure le cas des grands brûlés, des situations extrêmement critiques. Il convient d’être prudent quant à l’évolution de ces blessés, même si tous bénéficient d’un accompagnement dans des unités spécialisés pour leur prise en charge.
Pour conclure brièvement sur la grippe : le pic de l’épidémie était attendu à la fin de l’année. Est-ce bien le cas ou devons-nous rester prudents ?
Il est probable que nous approchions du pic, mais je ne peux pas l’affirmer avec certitude. Dans les prochains jours, des nuances de reprise peuvent intervenir après la période des vacances. Ce qui est sûr, c’est que la grippe est toujours active et qu’il reste encore des semaines où elle circulera. Les publics fragiles, notamment les personnes âgées de 65 ans et plus et les femmes enceintes, devraient continuer à se faire vacciner, car il est encore temps de le faire et l’hiver n’est pas terminé.







