Dans le cadre de l’émission « 4 Vérités » diffusée mardi 6 janvier, le secrétaire national du Parti communiste français prend position sur la capture du président vénézuélien par l’armée américaine, qualifiant l’action de Donald Trump d’un « acte de guerre grave » et déplorant la première déclaration d’Emmanuel Macron.
Alors que la justice new-yorkaise a entendu pour la première fois Nicolas Maduro lundi, celui-ci ayant déclaré son innocence, Fabien Roussel, chef du Parti communiste français, a exprimé son indignation sur le plateau des « 4V » mardi 6 janvier. « Si le président choisit d’orienter différemment la politique internationale, qu’il le dise clairement et nous exigerons un débat au Parlement », affirme-t-il, réagissant au choix initial d’Emmanuel Macron de ne pas condamner l’enlèvement du président vénézuélien par les forces armées américaines ce week-end. « Une réaction qui va à l’encontre de toute la diplomatie française depuis la Seconde Guerre mondiale », estime-t-il.
Ce texte représente une partie de la retranscription de l’interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la voir dans son intégralité.
Gilles Bornstein : Hier, lors du Conseil des ministres, Emmanuel Macron a quelque peu révisé la position de la France, précisant que la France n’approuvait ni ne soutenait la méthode américaine au Venezuela. Cette seconde version vous convient-elle mieux que la première ?
Fabien Roussel : Permettez-moi d’adresser mes vœux aux téléspectateurs, des vœux de santé et de paix, car la paix demeure l’enjeu majeur de ce début d’année 2026, alors que les tensions s’étendent à travers tous les continents. Ce qui s’est déroulé au Venezuela constitue un acte de guerre grave, une violation du droit international et de la Charte des Nations Unies qui proscrit le recours à la force pour régler des différends entre États. Et ce que Trump a fait, c’est exactement l’inverse : il a envoyé des soldats, des hélicoptères et des avions pour enlever un chef d’État en exercice et son épouse.
Un dictateur…
On peut bien nommer le dirigeant ou les dirigeants comme on veut. Ce que Trump a fait, c’est un prétexte destiné à mettre la main sur les richesses du Venezuela et sur son pétrole. La politique de canonnière pour s’emparer de ressources est une pratique d’un autre siècle, peut-être même d’un autre siècle encore. Et aujourd’hui, au cœur du XXIe siècle, en 2026, tout cela s’est déroulé sous nos yeux. La première réaction du président de la République fut de féliciter le président des États‑Unis. C’est extrêmement grave, car cela va contre toute l’histoire de la diplomatie française, contre l’ensemble de la diplomatie française depuis la Seconde Guerre mondiale, qui a toujours prôné le respect de cette charte de l’ONU née après le conflit mondial. Si le chef de l’État décide d’outrepasser sa doctrine internationale, qu’il le fasse clairement devant la représentation nationale et que nous appelions à un débat parlementaire sur la doctrine de la politique étrangère de la France. Quelle est la position du pays et quelle est sa ligne diplomatique vis-à-vis des États‑Unis et de l’Amérique latine ? Car c’est d’une gravité extrême.
Est-ce qu’on peut se réjouir ? Est-ce que vous vous réjouissez, malgré ce que vous dites sur le droit international, de la chute d’un dictateur ?
Nous appelons, comme cela a toujours été le cas pour la France, à respecter la souveraineté des peuples.
Est-ce que vous vous réjouissez de la chute d’un dictateur ?
C’est au peuple vénézuélien de dire si le régime en place est autoritaire, dictatorial ou non.
Pour l’affirmer, il faut qu’il y ait de la démocratie. Les Vénézuéliens pouvaient difficilement exprimer ce qu’ils pensaient.
Discuter aujourd’hui de savoir si Maduro est un dictateur ou non, excusez-moi, mais c’est absurde. C’est une stupidité sans nom. Si demain Trump annexe le Groenland pour s’emparer des terres rares qu’il abrite et qu’il annonce qu’il le ferait dans les 20 jours, diriez-vous que c’est parce que le Danemark est une monarchie et qu’il faut une transition pacifique parce que ce n’est pas une démocratie ? Vous mesurez l’absurdité de cette question ?
Je vous le demande à nouveau. Est-ce que vous vous réjouissez ou non de la chute d’un dictateur ?
Je ne me réjouis pas de l’agression d’un pays par les États‑Unis, ni d’un enlèvement d’un président en exercice. Il s’agit d’une violation incroyable du droit international.
Vous refusez de dire que vous vous réjouissez de la chute d’un dictateur…
Comme on dit souvent, lorsque le sage montre la Lune, l’imbécile regarde le doigt. Si nous passons notre temps à débattre sur la qualification de Maduro – dictateur, autoritaire, légitime ou non –, vous prenez conscience que Trump a annoncé son intention de viser le Groenland en 20 jours.
Je ne parle pas du Groenland, ni du Venezuela.
On vous dit que Maduro est un dictateur et que c’est une bonne chose. Mais il faut comprendre que ce sont des enjeux graves. Le véritable problème, c’est qu’un président américain a choisi d’appliquer sa version de la doctrine Monroe, qu’il a d’ores et déjà promises lors de sa campagne. C’est ce danger qui est préoccupant, car il décide de prendre en main les pays qui résisteraient. Il menace la Colombie, le Mexique, et même l’Europe avec la question du Groenland. Et nous, nous allons discuter de la nature des régimes pour justifier ou contester son intervention. Je tiens à m’adresser à nos concitoyens vivant dans la zone caraïbe, dans une région aujourd’hui déstabilisée par la politique de Donald Trump, notamment ceux résidant en Guadeloupe, en Martinique et en Guyane, à proximité du Venezuela. Pensez-y : des députés de notre groupe siègent à l’Assemblée nationale, et je pense à eux aujourd’hui. Vous réalisez que ce que Trump a entrepris va déstabiliser politiquement et économiquement toute cette région, en raison des intérêts français et de nos compatriotes qui vivent là-bas. Or, un président français se couche et fait le paillasson devant Trump. C’est pourquoi tout cela est extrêmement grave. Alors, excusez-moi pour le débat sur la qualification de Maduro, c’est secondaire. L’enjeu majeur, c’est s’en sortir et avoir une voix autonome de la France. Les États-Unis, en tant que leader de l’OTAN, représentent une réalité préoccupante, et l’on ne peut plus accepter cela de la part d’un chef d’État.







