En dénonçant l’action que mène Donald Trump au Venezuela, Marine Le Pen se distancie désormais d’un partenaire qu’elle avait autrefois pris pour modèle et qu’elle avait publiquement encensé. Son positionnement paraît ambigu, oscillant entre une volonté de gagner en respectabilité sur la scène internationale et une affinité idéologique persistante avec le courant trumpiste.
Marine Le Pen a fait sensation en condamnant l’ingérence de Donald Trump au Venezuela, acte qui tranche avec les éloges qu’elle lui adressait autrefois. Lors des obsèques de Brigitte Bardot, qui se sont tenues mercredi 7 janvier et auxquelles Marine Le Pen assistait, Bardot chantait « Tu veux ou tu veux pas ? » et Trump pourrait presque chuchoter ce même refrain à la dirigeante du RN : « C’est comme ci ou comme ça. Ou tu veux, ou tu veux pas. » Sa relation avec le président américain demeure ambivalente: tantôt elle lui prête une oreille bienveillante, tantôt elle recule devant ses excès. C’est pourquoi elle a critiqué la façon dont il envisage d’opérer contre Nicolas Maduro, arguant que « la souveraineté des États est inviolable et sacrée », selon ses mots. Son allié Jordan Bardella n’a pas manqué d’apporter sa pierre à l’édifice en affirmant que « le respect du droit international ne peut pas être à géométrie variable. »
À cet égard, le RN affiche une certaine variabilité dans sa ligne. Par exemple, Marine Le Pen a été amenée à reconnaître l’annexion de la Crimée par la Russie de Poutine, ce qui n’a pas été aligné avec la position de la communauté internationale. Pendant ce temps, ses proches Éric Ciotti et Marion Maréchal, tout comme ses concurrents d’extrême droite Éric Zemmour et Sarah Knafo, ont applaudi Trump, alors qu’elle a opté pour prendre ses distances.
Un parrainage encombrant
Pour entretenir cette proximité éventuelle, elle ne franchirait pas certaines lignes. Cela rappelle un peu le refrain de Michel Delpech. Pour Marine Le Pen, Trump demeure une sorte d’oncle âgé qui, lors des repas de famille, parle trop fort à la table. Elle reste dépendante de l’approbation de ce « oncle » américain, tout en redoutant ses débordements. Le trumpisme pourrait aussi salir l’image sobre que veut projeter la cheffe du parti en imposant une tenue et un protocole strict à ses parlementaires. Jordan Bardella l’a appris à ses dépens: en février dernier, il s’était rendu au grand rassemblement « MAGA » à Washington, mais a dû suspendre son discours pour regagner Paris lorsque Steve Bannon, figure de l’idéologie trumpiste, a salué la tribune par un salut perçu comme nazi. Néanmoins, le RN n’a pas encore trouvé le moyen de couper totalement le cordon avec ce parrainage devenu pesant.
Le trumpisme s’accroche à eux comme un sparadrap sur un manteau rugueux. Ils partagent une même vision du monde et alignent des alliés en Europe, notamment les formations nationalistes que les États‑Unis cherchent à soutenir pour influencer des scrutins, fait apparaître le document récemment publié sur la « stratégie de sécurité nationale » américaine. D’ailleurs, Trump a exprimé son irritation face à la condamnation de Marine Le Pen, parlant d’une « chasse aux sorcières » et allant jusqu’à lancer « Libérez Marine Le Pen ! » Et selon l’hebdomadaire Der Spiegel, son équipe aurait même envisagé des mesures contre les juges qui l’ont condamnée; un exemple d’ingérence étrangère qui, de Caracas au Groenland, en passant par le tribunal correctionnel de Paris, passe pour une habitude chez Donald Trump.







