Lors de son intervention sur l’émission Les 4 Vérités, Benjamin Haddad apporte des précisions quant aux échanges qui ont conduit, mardi, à un accord entre Paris et Washington portant sur les garanties de sécurité destinées à l’Ukraine en cas de cessez-le-feu avec la Russie. Il confirme que des troupes européennes seront déployées, tout en précisant qu’elles ne seront pas placées sur la ligne de front.
À la suite des déclarations d’Emmanuel Macron, le ministre en charge du dossier européen, Benjamin Haddad, a exprimé, ce mercredi 7 janvier, dans l’émission « 4V », son appréciation favorable à l’issue des discussions entre Paris, Washington et Kiev, qui visent à offrir des garanties de sécurité à l’Ukraine si un cessez-le-feu ou une entente de paix venait à être signée. Les Américains se seraient entendus pour participer à la surveillance du cessez-le-feu, précise-t-il, ajoutant que 800 000 militaires viendraient prêter main-forte à l’armée ukrainienne, sans que ces forces ne soient des combattants. L’objectif affiché serait de prévenir toute reprise des combats et de dissuader la Russie.
Ce passage est tiré d’une partie de la retranscription de l’entretien mentionné ci-dessus. Pour visionner l’intégralité, cliquez sur la vidéo.
Gilles Bornstein : Hier, pour la première fois, les États‑Unis, l’Europe et l’Ukraine se sont mis d’accord sur une surveillance et une garantie d’un éventuel cessez-le-feu. Quel engagement concret les Américains prennent-ils exactement ?
Benjamin Haddad : C’est une avancée significative. Il faut remettre les choses en contexte: il y a un an, on nous assurait que ce conflit serait réglé sans l’implication des Européens et qu’il s’arrêterait en un clin d’œil. Or la Russie poursuit sa guerre d’agression contre l’Ukraine, et néanmoins, grâce à la France et à nos partenaires, nous avons réussi à faire converger les positions des Américains, des Européens et des Ukrainiens pour dire que, si demain naît un cessez-le-feu ou une paix, nous nous regrouperons pour offrir des garanties de sécurité à l’Ukraine, car c’est la condition pour empêcher une reprise des combats et pour dissuader la menace russe. Autrement dit, les Américains se sont engagés à participer au suivi et au monitoring du cessez-le-feu.
Donc, pour être clair, il y a environ 1 200 kilomètres de ligne de front; les Américains s’impliqueraient-ils dans la surveillance de cette ligne ?
En prenant le rôle de leader dans cette mission, puis il s’agira de travailler à renforcer et à renouveler, comme on le dit, l’armée ukrainienne avec près de 800 000 hommes, car l’armée ukrainienne est, et restera, la première garantie de sécurité et la première ligne de défense des Ukrainiens et des Européens.
Renforcer et régénérer, est-ce que cela signifie que les Américains reprendraient les livraisons d’armes à l’Ukraine ?
Les Américains, les Européens, et nous-même travaillerons avec les Britanniques et l’ensemble de nos partenaires européens dans ce processus de régénération des forces ukrainiennes.
Les Américains font-ils partie du dispositif ?
C’est précisément ce à quoi répondait la rencontre d’hier, bien entendu.
Ce n’est pas certain ?
Les Américains coopéreront avec les Européens pour assurer le monitoring du cessez-le-feu.
Monitoring, mais aussi réarmement de l’armée ukrainienne ?
Par la suite, ils collaboreront effectivement avec nous sur les garanties de sécurité et sur la régénération des capacités militaires ukrainiennes. Sur ce volet, notamment en ce qui concerne les garanties de sécurité, les Européens, et en particulier les Français, prendront aussi une part déterminante, car il s’agit, rappelons-le, de notre sécurité. Cela passera, comme cela a été évoqué, par le soutien à l’armée ukrainienne et par le déploiement de forces européennes, non sur la ligne de front, mais à des postes stratégiques afin de rassurer les Ukrainiens et de dissuader la menace russe.
Alors, vous faites référence à ce que le président Macron a évoqué hier sur France 2, à savoir l’envoi de milliers de soldats français. Où seront-ils déployés ? En Ukraine pour surveiller la ligne de front ou dans des pays voisins ?
Ils ne seront pas sur la ligne de front et ils ne seront pas des combattants. L’objectif est d’avoir des éléments sur le sol ukrainien pour dissuader une nouvelle escalation et soutenir l’armée ukrainienne. Pour être clair, il ne faut pas qu’un accord négocié ou une trêve soit utilisée demain par la Russie comme une parenthèse pour se réarmer et reprendre l’offensive contre l’Ukraine. On connaît l’histoire et les accords de Budapest violés à plusieurs reprises par la Russie dans les années 1990.
Les Français veulent savoir où seraient envoyées ces troupes éventuelles. Il faut répéter : la ligne de front est protégée par les Ukrainiens, et juste derrière les Ukrainiens, des militaires français pourraient être présents.
Mais encore une fois, c’est pour l’étape postérieure au cessez-le-feu. Ce que je vous dis aujourd’hui, c’est qu’il faut d’abord continuer d’exercer une pression maximale sur la Russie pour trouver une voie vers un cessez-le-feu et mettre fin à cette guerre. Il faut poursuivre le renforcement économique, notamment au moyen des sanctions, et continuer à soutenir militairement l’Ukraine. Ensuite, nous travaillerons avec nos partenaires européens pour apporter des garanties de sécurité aux Ukrainiens. C’est l’objectif global du travail réalisé hier à Paris avec les Ukrainiens, les Européens et les Américains.
Hier, la Maison-Blanche a indiqué que Donald Trump n’excluait pas l’emploi d’une action militaire pour le Groenland. Après ce qu’on a vu au Venezuela, faut-il prendre ce genre de propos au sérieux ? Bluffe-t-il ou pas ?
Sur le Groenland, vous le savez, c’est un sujet que la France prend très au sérieux. Le président de la République s’est rendu au Groenland, et le ministre des Affaires étrangères a affirmé notre solidarité et notre soutien au Danemark, en rappelant que le Groenland fait partie de la souveraineté européenne et de l’OTAN, donc il ne peut être mis en vente. Plus largement, nous vivons dans un monde plus brutal et plus violent. C’est ce que la France porte depuis des années: les Européens doivent réduire leurs dépendances, se réveiller face à ces puissances mondiales et refuser que d’autres écrivent leurs destins à leur place, d’où le réarmement. C’est ce que nous faisons au niveau national, en doublant le budget de la défense, et aussi au niveau européen, en soutenant une industrie de défense européenne et en réduisant nos dépendances vis-à-vis des États‑Unis, de la Chine sur le plan commercial, et vis-à-vis de la Russie sur le plan énergétique.
Si Donald Trump passe à l’acte et envoie effectivement des soldats au Groenland, quelle serait la réaction de l’Europe ?
Sur un sujet aussi sensible, je préfère ne pas spéculer ou faire de la fiction politique sur un plateau de télévision. Ce que je constate, c’est que hier, les Européens, avec la France, avec nos partenaires comme l’Allemagne, la Pologne et l’Italie, ont réaffirmé leur solidarité avec le Danemark et le peuple du Groenland, qui demeure souverain avec le Danemark pour décider de son avenir, et ont rappelé notre appartenance à l’alliance OTAN, sans remettre en cause la souveraineté des États membres.
Oui, mais Donald Trump peut agir malgré tout, et il y a des domaines où le droit international l’interdit mais où il agit néanmoins. Par exemple, vendredi, le Mercosur devrait être validé par le Conseil européen, malgré le désaccord de la France.
Commençons par établir les étapes, puis revenons sur le fond. Il y a plusieurs jalons de validation et encore des mois de débats au Parlement européen avant une éventuelle ratification. La France a toujours exprimé son désaccord et a rappelé les points précis sur lesquels elle a obtenu des améliorations grâce à la mobilisation française et de nos partenaires afin de protéger nos agriculteurs, car leur sauvegarde demeure notre priorité. Récemment, la Commission européenne a annoncé 45 milliards d’euros supplémentaires dédiés au budget de la politique agricole commune.
Pour une année ou pour plus ?
Non, il s’agit pour les sept prochaines années, correspondant au cadre financier pluriannuel et au budget de la politique agricole commune à partir de 2028, le budget de l’Union européenne. Nous nous sommes battus pour donner une meilleure visibilité aux revenus des agriculteurs et pour inclure une clause de sauvegarde robuste afin de bloquer les importations qui destabilisent nos filières. Cette clause a été obtenue, mais il reste à ce que les pays du Mercosur l’acceptent. Nous poursuivons, avec Annie Genevard et le Premier ministre, la lutte pour la réciprocité des normes, c’est‑à‑dire des mesures miroir. Sur tous ces sujets, les positions évoluent et le combat n’est pas terminé. Grâce à la mobilisation de la diplomatie française et du président, nous avons obtenu une amélioration de la PAC pour protéger les revenus agricoles.
La France va-t-elle voter oui au Mercosur vendredi ?
Nous l’avons dit clairement, le compte n’est pas encore là. Cependant, nous continuerons à nous battre, car il subsiste des combats à mener, tels que la réciprocité des normes et le renforcement des contrôles, pour lesquels la Commission européenne doit s’engager afin de protéger nos agriculteurs. Nous poursuivons ce combat. Des victoires importantes ont été obtenues, mais nous restons mobilisés chaque jour pour préserver ce qui constitue la souveraineté alimentaire de notre continent.







