Une vingtaine d’ateliers automobiles ont été ciblés par des pirates informatiques qui cherchaient à exploiter les vulnérabilités du système d’immatriculation. Pour ces professionnels, cette situation constitue une catastrophe, puisque l’État leur réclame le règlement des cartes grises émises grâce à ces failles. Le montant dû s’élève à plusieurs centaines de milliers d’euros.
Une fraude d’ampleur est en cours: des délinquants tirent profit des failles du système d’immatriculation des véhicules (SIV) pour accéder aux comptes des garagistes et fabriquer des centaines, voire des milliers de cartes grises sous leur nom. Le but probable serait de blanchir des véhicules qui ont été volés. La gendarmerie mène des investigations sur ces attaques informatiques, qui frappent fréquemment de petits ateliers situés en zone rurale.
C’est en ouvrant la pièce jointe d’un courriel annonçant la mise en vente d’un véhicule que Maryline a laissé les pirates s’introduire dans le garage familial. Elle gère ce commerce avec son époux à Saint-Rémy-sur-Orne, un bourg du Calvados, depuis une décennie.
Les pirates ont pris le contrôle de son ordinateur. « Au début, je n’avais pas remarqué que quelqu’un s’était introduit. Un jour, en consultant mon appli bancaire, j’ai découvert un prélèvement d’un montant de 146 000 euros. Ce mois-là, mes ventes de cartes grises ne totalisaient que 640 euros. J’ai tout de suite compris que mes droits d’accès avaient été détournés », raconte-t-elle.
Elle ajoute aussitôt : « Une seule personne a émis 930 cartes grises qui ont été destinées à la Guadeloupe, en Corse et dans d’autres régions de France. Je ne vois pas comment des habitants des Antilles auraient pu se rendre à Saint-Rémy-sur-Orne, qui ne compte qu’environ 1 000 habitants. Ce serait invraisemblable ! »
Nous sommes responsables et devons assumer les paiements
Maryline a déposé plainte, mais l’État exige néanmoins le règlement des 146 000 euros correspondant aux taxes liées aux cartes grises émises par le pirate. « Il faudrait une décision de justice qui nous exonère et nous dispense de ce paiement », affirme-t-elle. « Puisque c’est notre agrément, c’est à nous de tout régler », poursuit-elle. Or ce montant est bien trop élevé pour ce petit atelier.
Pour Maryline, l’impact serait dévastateur: « Cela signifierait la perte de notre garage et même de notre domicile. » Elle craint aussi pour l’avenir de son personnel: « Même nos salariés se demandent s’ils seront encore là dans un an. »
La Fédération nationale de l’automobile – qui représente les garagistes – a recensé 22 ateliers victimes de piratage à travers le pays. Le préjudice global serait de l’ordre de trois millions d’euros. Son vice‑président, Bruno Choix, met en cause le fonctionnement du système d’immatriculation en ligne des véhicules, qu’il juge peu sécurisé: « Dans le domaine bancaire, on exige une authentification en deux étapes; ici, on n’a droit qu’à un simple code à quatre chiffres. Il faut sécuriser ce service très rapidement afin d’éviter que cela ne se reproduise. On ne peut pas faire porter toute la responsabilité sur les garages; il doit exister des flux illicites derrière tout ça, on ne sait pas d’où vient la source. »
La Fédération a adressé une lettre au gouvernement pour demander l’annulation des dettes des garagistes victimes. Sans quoi, beaucoup d’ateliers pourraient être contraints d’arrêter d’immatriculer des véhicules, sous peine d’un risque financier insoutenable. Le mouvement soutient qu’il est nécessaire de remonter la chaîne et de mettre fin à cette situation, afin que les garages ne soient plus pénalisés pour des actes dont ils ne sont pas responsables.







