Plusieurs salariés ont entamé une grève qui se prolonge jusqu’à jeudi, afin de protester contre un plan de restructuration d’envergure. Vincent Cambedouzou, délégué syndical du STJV, s’inquiète de la multiplication des accidents du travail.
« On craint fortement qu’à terme, tout cela n’aboutisse à une situation identique à celle vécue chez France Télécom », avertissait mardi 10 février, sur France Inter, Vincent Cambedouzou, délégué syndical du STJV (Syndicat des travailleurs du jeu vidéo) pour Ubisoft Paris. Les salariés du géant du jeu vidéo tricolore se préparent à faire grève sur trois jours, à partir de mardi et jusqu’à jeudi. Des piquets de grève sont programmés à partir de 14 heures au siège parisien d’Ubisoft, à Saint-Mandé (Val-de-Marne), et en fin de matinée devant les studios de l’éditeur situés à Montpellier, Lyon, Annecy et Bordeaux.
Le plan de restructuration dévoilé le 21 janvier prévoit un déficit estimé à 1 milliard d’euros, un volet d’économies de 300 millions et l’annulation de six jeux, dont le remake très attendu de Prince of Persia – Les Sables du Temps. La direction souhaite aussi mettre fin au télétravail en imposant un retour au travail sur site cinq jours par semaine, malgré un compromis sur ce point trouvé l’année précédente.
« Nous constatons une multiplication des accidents du travail à l’heure actuelle », déclare Vincent Cambedouzou. « Depuis l’annonce [du plan de restructuration] nous avons été contraints, avec les élus [syndicaux], de déclencher plusieurs alertes pour danger grave et imminent, indique le délégué syndical, qui affirme que la situation rappelle la vague de suicides chez France Télécom entre 2007 et 2010, lors de deux plans de restructuration ayant entraîné le départ de 22 000 employés et la mobilité de 10 000 autres (sur 120 000 salariés).
Inquiétude et colère
« Avec cette nouvelle annonce, [les salariés] ont l’impression de replonger dans l’enfer. Les personnes concernées ont été bouleversées, profondément choquées. Plusieurs studios ont déjà été fermés, et des licenciements ont touché des collaborateurs un peu partout dans le monde, poursuit Vincent Cambedouzou. « Beaucoup redoutent pour leurs conditions d’existence, se demandent s’ils pourront continuer à travailler dans le domaine du jeu vidéo et, en même temps, on ressent une colère grandissante, décrit-il, et ce « tant en France qu’à l’étranger, en Italie, en Espagne, en Scandinavie, voire en Amérique du Nord. Les gens commencent véritablement à être poussés à bout par les événements et par ce qui semble être la goutte d’eau qui pourrait les amener à une étape supérieure de colère et de mobilisation, prévient encore le représentant.
Dans un communiqué que France Inter a pu consulter, la direction d’Ubisoft explique que la « transformation annoncée le 21 janvier vise à ouvrir un nouveau chapitre pour le groupe » et qu’elle est « consciente que ces évolutions, notamment en matière d’organisation du travail, suscitent des réactions fortes ». Le géant du jeu vidéo français insiste aussi sur les « temps d’échange […] organisés à différents niveaux pour permettre aux équipes de mieux comprendre la nouvelle organisation et d’exprimer leurs questions et préoccupations ».
Ubisoft précise également être « engagé dans un dialogue ouvert et constructif avec les employés et les représentants du personnel afin d’accompagner cette transformation et de construire un cadre de travail stable et lisible pour tous ».







