Depuis plusieurs années, la division spécialisée en intelligence artificielle, rattachée au créateur du jeu, exploite les données des joueurs afin d’assister les robots de livraison dans leur repérage dans l’espace et d’améliorer leur efficacité opérationnelle.
À l’été 2016, Pokémon GO s’impose comme un véritable phénomène à l’échelle mondiale. Ce titre en réalité augmentée, encore téléchargeable aujourd’hui, exploite la géolocalisation et les caméras des smartphones pour plonger les joueurs dans une chasse aux créatures virtuelles dans le monde réel.
En l’espace de seulement deux mois, le jeu mobile conçu par Niantic atteint les 500 millions de téléchargements à l’échelle planétaire. Un peu plus de deux ans après son arrivée, l’application totalise plus d’un milliard d’utilisateurs. Les anciens adeptes de cette émulation populaire en gardent peut-être un souvenir empreint de nostalgie. Mais dix ans plus tard, les données issues de dizaines de millions de joueurs servent à une autre finalité: former des robots de livraison à se mouvoir avec une grande précision, comme le rapporte la revue MIT Technology Review.
Depuis plusieurs années, Niantic Spatial, la filiale spécialisée en intelligence artificielle fondée en mai 2025 par le créateur du jeu – et vendue en 2025 à Scopely, géant du divertissement sur mobile – exploite les données accumulées grâce à Pokémon GO pour développer « un système de positionnement visuel, une technologie qui détermine votre localisation à partir de ce que vous voyez », précise la revue du Massachusetts Institute of Technology. Environ 30 milliards d’images issues du jeu ont servi à entraîner le modèle de Niantic Spatial. Ces clichés se concentraient notamment autour de lieux emblématiques que les joueurs étaient encouragés à visiter, tels que les arènes Pokémon, véritables espaces de combats entre joueurs.
Affiner la précision dans les zones urbaines
Cette réserve de données collaboratives, constituée d’images de repères urbains géo‑localisés, a contribué à l’émergence d’une vaste cartographie visuelle du monde. Avec seulement quelques photographies de bâtiments ou de points de repère visibles, les robots de livraison pourront désormais s’orienter dans l’espace avec une exactitude « à quelques centimètres près », selon une revue spécialisée. Pour valider sa technologie, Niantic Spatial s’est associé à Coco Robotics, une jeune pousse déployant dans plusieurs villes des États‑Unis et d’Europe des robots de la taille d’une valise cabine, capables de transporter jusqu’à huit pizzas volumineuses ou quatre sacs de courses lourds.
La technologie dérivée des données récoltées grâce aux joueurs de Pokémon GO vise notamment à accroître la fiabilité de ces robots en milieu urbain. Dans les environnements urbains, les erreurs GPS restent monnaie courante: les signaux radio réagissent les uns avec les autres en rebondissant sur les façades des immeubles et se perturbent mutuellement, relève la MIT Technology Review. « Si vous regardez le point bleu sur votre téléphone, vous le verrez souvent dériver de cinquante mètres, ce qui peut vous placer dans une autre rue, dans la mauvaise direction, du mauvais côté », explique le directeur technique de Niantic Spatial. C’est précisément là que le modèle entraîné à partir des données s’avère utile.
En plus du GPS, les robots de livraison s’appuieront sur leurs quatre caméras pour déterminer leur position et leur trajectoire. Ils pourront ainsi se positionner avec précision autour des points de retrait devant les restaurants et s’arrêter juste devant la porte du client, plutôt que quelques mètres plus loin, ce qui les placerait en concurrence directe avec les livreurs humains.







