Quentin Deranque est mort le 14 février, en marge d’une conférence donnée par l’eurodéputée Rima Hassan à Sciences Po Lyon. Le mercredi 18 février, l’intervention d’une élue insoumise à l’École Normale Supérieure a été annulée. Dans ce climat sensible, faut-il empêcher les conférences politiques dans les établissements universitaires ?
Ce passage provient d’une retranscription partielle du reportage présenté ci-dessus. Pour visionner l’intégralité, cliquez sur la vidéo.
À l’Université Paris-Saclay, Rima Hassan ne bénéficie plus d’un accueil favorable. Après les incidents survenus à Lyon, la conférence qu’elle devait donner est annulée par le syndicat organisateur. Faut-il remettre en question certains débats dans les campus dans les jours à venir ? Les étudiants rencontrés à Paris Dauphine se montrent partagés. « Je crois que tout le monde n’a pas sa place dans le débat public; je suis plutôt partisan d’une approche républicaine, » affirme l’un d’eux, tandis qu’un camarade réplique : « Si l’on ne peut plus inviter des intervenants à discuter d’idées, en raison d’émeutes, de manifestations, de confrontations et de violences, c’est inacceptable. C’est même dangereux pour la démocratie. »
Une conjoncture marquée par les tensions
Du côté gouvernemental, la question a été tranchée via une circulaire envoyée au préfet et au recteur. Il faut trouver « un équilibre entre les libertés d’expression et le maintien de l’ordre dans l’établissement ». Au ministère de l’Enseignement supérieur, Philippe Baptiste transmet ces consignes à ses collaborateurs : « Il serait nécessaire d’obtenir rapidement une liste des prochaines conférences qui font l’objet de questionnements ou de doutes. »
Le titulaire du ministère affirme : « La situation, sur le terrain aujourd’hui, est tendue. Elle est tendue un peu partout en France en raison du contexte politique actuel. Nous voulons évidemment être certains de ne prendre aucun risque pour la suite. »
L’interdiction doit demeurer une mesure exceptionnelle
Mais il faut rester attentif au cadre légal. Dans les décisions des tribunaux administratifs, l’interdiction est une exception, alors que la liberté d’expression demeure la norme. Thomas Hochmann, professeur de droit public à l’Université Paris-Nanterre, précise : « Il ne suffit pas de dire que le sujet est abstraitement controversé ou qu’il y a eu des violences dans le passé; il faut apporter des éléments démontrant un risque réel de violences. »
À Paris Dauphine, le programme n’est pas modifié et les débats se poursuivent. Pour les prochaines interventions, sont programmés Rachida Dati et Emmanuel Grégoire dans le cadre des élections municipales.
Parmi les sources consultées
Ministère de l’Intérieur
Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche
Thomas Hochmann, professeur de droit public à l’Université Paris Nanterre, membre de l’Institut Universitaire de France et auteur de On peut plus rien dire (éd. Anamosa)







