TotalEnergies a annoncé, mercredi matin, des bénéfices historiques, portés par l’envolée des cours du pétrole. Cette situation a de nouveau relancé, à l’Assemblée, le débat sur la taxation des profits réalisés par les compagnies pétrolières.
Suite à la publication de résultats très satisfaisants de TotalEnergies, le débat autour des « superprofits » repart de plus belle. Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, invite le pétrolier à redistribuer une part de ses bénéfices. Le bras de fer se rallume car TotalEnergies affirme de son côté qu’elle agit déjà pour les Français, en ayant plafonné les prix à la pompe ces deux derniers mois à 1,99 euro le litre d’essence et à 2,20 euros le litre de diesel.
La société dirigée par Patrick Pouyanné ne manque pas de rappeler qu’elle a mis en œuvre cette mesure de sa propre initiative, sans que le gouvernement ne la lui demande, et qu’elle envisage de maintenir ce plafonnement en mai même si l’accord arrivera à son terme le 30 avril. Cette nouvelle tombe alors que la crise perdure et que les cours des carburants pourraient continuer à progresser, ou du moins rester élevés. Mais il faut être clair : cette démarche est plus avantageuse pour TotalEnergies qu’elle ne l’est pour elle-même, car elle lui permet de capter les clients de ses concurrents et d’attirer les automobilistes.
Or, cela ne peut pas suffire et Sébastien Lecornu en est conscient. Certes, le gouvernement préfère ne pas alimenter le « Total bashing », c’est‑à‑dire les critiques envers le géant pétrolier, car disposer d’un acteur majeur national capable de maîtriser l’intégralité de la chaîne — de la production au raffinage, puis à la commercialisation — est précieux en période de choc énergétique. Toutefois, dans un contexte de pression sur le pouvoir d’achat, l’annonce de résultats records de TotalEnergies ne peut que nourrir la polémique : on parle tout de même de près de 6 milliards de dollars de bénéfice sur trois mois pour ce premier trimestre, soit une hausse d’environ 50 %, attribuée en partie à la guerre en Iran.
Le véritable enjeu réside dans le taux d’imposition de TotalEnergies
Les socialistes prévoient de déposer une proposition de loi dès le jeudi 30 avril, visant à taxer à hauteur de 20 % « les superprofits des profiteurs de crises » et ils ne devraient pas avoir de peine à rassembler des soutiens. Ainsi, Manuel Bompard, coordinateur de la France insoumise, s’est emparé du sujet sur X pour affirmer qu’un gouvernement expliquerait qu’il serait impossible de bloquer les prix du carburant parce que les « pauvres pétroliers » ne pourraient s’en sortir. En vérité, au-delà de cette éventuelle surtaxe sur les superprofits, la question centrale demeure le niveau d’imposition de TotalEnergies.
Mardi, Isabelle Patrier, directrice France du groupe, a été interrogée à ce sujet par les députés. Son intervention a été quelque peu passée sous silence, mais elle a répondu: « On aimerait bien payer des impôts en France, mais notre activité de raffinage en hexagone porte la plupart du temps des pertes ». Autrement dit, puisqu’une large partie des bénéfices de TotalEnergies provient de l’étranger et que ses activités en France entraînent des résultats négatifs, le groupe échappe à une partie des impôts en France. Par exemple, il n’a pas acquitté la contribution exceptionnelle sur les grandes entreprises.







