La proposition de loi déposée par la députée macroniste Caroline Yadan vise à s’attaquer aux « formes renouvelées » d’antisémitisme. Cependant, elle est dénoncée par plus d’un demi-million de personnes qui l’accusent d’empiéter sur la liberté d’expression et de faire un amalgame entre l’antisémitisme et l’antisionisme.
Attention, nos libertés pourraient être mises à mal ! Telle est l’insistance d’une pétition vigoureuse qui a recueilli plus de demi-million de signatures, accusant la proposition de loi de mettre en péril la liberté d’expression et de vouloir “museler tout soutien à la cause palestinienne”. Ce texte, porté par la députée des Français de l’étranger affiliée au gouvernement, Caroline Yadan, et soutenu par 120 parlementaires majoritairement issus de la droite et du centre — y compris l’ancien Premier ministre Gabriel Attal et Michel Barnier —, ainsi que des figures telles que l’ancien président François Hollande ou le député PS Jérôme Guedj, serait censé appuyer ce qu’ils décrivent comme une “politique colonialiste, génocidaire” d’Israël “contre les Palestiniens” et “censurer le travail des journalistes et des chercheurs”. Autant dire que cela en impressionne plus d’un…
De quoi est né ce tollé ? Des passions exacerbées autour du conflit israélo-palestinien et du risque qu’en fasse usage certaines formations politiques. Car, contrairement à ce qu’avance la pétition, rien dans les quatre articles du projet de loi n’interdit de critiquer la politique d’Israël ou le gouvernement de Netanyahou, ni de soutenir l’établissement d’un État palestinien. La version telle qu’ajustée par le Conseil d’État se borne à instituer un nouveau délit d’« appel à la destruction d’un État reconnu par la France ». C’est là la seule liberté qui serait menacée : celle d’appeler à la destruction d’Israël, par exemple. Par ailleurs, comme le souligne L’Express, défendre la proposition Yadan peut s’accompagner d’un flux considérable de messages antisémites selon Simone Rodan-Benzaquen, représentante européenne de la Fondation pour la Défense des démocraties.
Les députés PS voteront finalement contre le texte
La véritable cible des partisans de cette loi serait l’antisionisme lorsqu’il devient un écran pour l’antisémitisme, estiment-ils. Ils rappellent, à titre d’exemple, que le groupe LFI à l’Assemblée avait qualifié le massacre du 7 octobre 2023 — qui a compté environ 1 200 victimes — d’une “offensive armée de forces palestiniennes menée par le Hamas” et non d’un acte “terroriste”.
Cependant, le doute gagne aussi certains groupes parlementaires. Cette contestation prend aussi les traits d’une forme d’intimidation, principalement portée par les Insoumis. Les socialistes s’étaient abstenus en commission, mais Olivier Faure a rejoint la position du groupe LFI, et la quasi-totalité des députés PS devraient voter contre le texte lors du vote plénière. Plus surprenant encore, des députés MoDem réclament son “retrait temporaire” en attendant un contexte politique plus “apaisé”.
Face à l’explosion de l’antisémitisme observée depuis le 7 octobre, ils pourraient attendre encore. L’année précédente a vu 1 320 actes antisémites répertoriés en France, soit 53 % de l’ensemble des actes racistes et anti-religieux, pour une population juive qui représente un peu moins de 1 % des habitants (environ 600 000 personnes). C’est à peu près le même chiffre que celui des signataires de cette pétition.







