Face à l’augmentation du coût du carburant à la pompe, le gouvernement a dévoilé des soutiens financiers, pensés principalement pour soutenir les agriculteurs. Néanmoins, l’ampleur de ces aides demeure insuffisante, alors que la période printanière voit une activité agricole particulièrement intense.
Le gouvernement irlandais a annoncé la mise à disposition de 505 millions d’euros supplémentaires, le lundi 13 avril, afin d’apaiser la colère liée à la flambée des prix des carburants observée depuis le début du conflit au Moyen-Orient. Des agriculteurs et des camionneurs ont mis le pays à l’arrêt la semaine dernière en bloquant les voies de circulation, les dépôts de carburant, et même la seule raffinerie nationale. Si ces gestes ont permit d’apaiser quelque peu la tension, la question demeure : pour combien de temps ? Dans l’ouest du pays, les paysans semblent épuisés.
Gearoid Maher, 40 ans, est éleveur laitier près de Limerick. Ces dernières semaines, le litre de diesel est passé de 1,70 € à 2,17 €, une hausse lourde à supporter pour quelqu’un qui s’appuie sur des machines lourdes au quotidien. C’est simple, le plein coûte presque 1 000 euros de plus qu’avant, explique-t-il. C’est colossal et cela tombe au moment où nous sommes les plus sollicités, avec les travaux importants des champs pour préparer l’ensilage, puis l’épandage du lisier et enfin l’application des engrais.
Les coûts s’envolent, engrais compris, mais parallèlement le prix du lait a chuté de 14 centimes par rapport à l’an dernier, assure Gearoid Maher. Mes charges, elles, continuent d’augmenter de 3 ou 4 centimes par litre, ce qui me place aujourd’hui en mode survie. On fait tourner l’exploitation comme on peut en attendant que le vent change.
« Pour l’instant, c’est sans doute le printemps le plus dur que j’aie jamais traversé. C’est vraiment difficile de rester positif. »
Gearoid Maher, éleveur laitier en Irlandeà 42mag.fr
Le plan d’aide mis en place par l’État, qui prévoit une réduction de 10 centimes par litre sur l’essence jusqu’à fin juillet, a du mal à rassurer. C’est mieux que rien, mais les prix du diesel peuvent encore repartir à la hausse. Le gouvernement a ses limites.
Un mouvement évoquant les débuts des Gilets jaunes
L’agriculteur pousse la réflexion plus loin. « On ne valorise pas suffisamment la nourriture. Les gens veulent juste payer le moins cher possible. Par exemple, dans ce pays, vous allez acheter une pinte de Guinness à 6 ou 7 euros, alors qu’un kilo de carottes ne coûte que 49 centimes. Il y a un problème quelque part. »
À environ quarante kilomètres de là, Patrick Hehir, entrepreneur agricole, se trouve dans une station-service. Il réalise actuellement des travaux d’ensilage et d’épandage pour ses clients. « Depuis le début de la guerre, le carburant me coûte 10 000 euros de plus chaque mois. Et récupérer ces coûts auprès des agriculteurs qui ne perçoivent rien, c’est impossible. En ce moment, tous les travailleurs irlandais souffrent. » Patrick n’exclut donc pas l’option de blocages supplémentaires, un mouvement que la presse irlandaise a rapproché des débuts des Gilets jaunes en France.







