Plusieurs investigations journalistiques accusent la députée de la capitale française d’avoir un style de gestion dur et des suspicions d’irrégularités lors des élections présidentielles de 2017 se font sentir. Au sein du parti La France Insoumise, peu de personnes ont le courage de critiquer ouvertement cette collaboratrice à proximité de Jean-Luc Mélenchon.
La France insoumise est actuellement secouée par une nouvelle polémique. Sophia Chikirou, députée LFI, est actuellement sous le feu des critiques à la suite de plusieurs enquêtes journalistiques la dépeignant comme autoritaire avec ses collaborateurs et au sein de son propre parti. Cette collaboratrice de Jean-Luc Mélenchon doit aussi, d’après Le Monde, être interrogée pour une éventuelle accusation d' »escroquerie aggravée », en raison d’allégations de surfacturation de services à LFI pendant la campagne présidentielle de 2017. Des allégations niées par l’élue parisienne.
L’émission « Complément d’enquête », diffusée le 5 octobre sur France 2, abonde en témoignages de comportements déplacés de la part de cette professionnelle de la communication, qui conseille Jean-Luc Mélenchon depuis plus de quinze ans. Un journaliste qui a côtoyé la personnalité insoumise lorsqu’elle dirigeait Le Média parle anonymement de situations « inexcusables », des gens qui finissent par craquer, des tensions, des éclats de voix dans le bureau de Sophia Chikirou. Elle aurait, par exemple, réagi violemment à une demande des journalistes qui voulaient que Le Média s’excuse pour la diffusion d’une information erronée.
Appel à des « éclaircissements »
Depuis ces révélations, des voix au sein de La France insoumise se sont fait entendre pour demander des réponses. La députée LFI Pascale Martin a exigé des « éclaircissements » de la part de Sophia Chikirou concernant ses « agissements » au sein du parti, suite à une enquête publiée mardi par Le Monde. Le journal cite des conversations de la députée insoumise sur le chat en ligne du groupe LFI où elle aurait insulté certains collègues. Face à un membre de La France insoumise qui l’avertit contre la « traque des ennemis internes », elle aurait répliqué : « Tu as raison. Je préfère les voir tomber un par un. »
Pascale Martin n’est pas la seule à s’inquiéter. La députée LFI Danielle Simonnet a rejoint la cause: « Je ne suis pas dupe. Je sais que les perquisitions au siège de La France insoumise en 2018 ont aussi pour objectif de nuire à la FI et à ses représentants. Cependant, Sophia et le mouvement doivent expliquer aux adhérents actuels et passés qui ont été impliqués dans ces campagnes et dans le mouvement ». Alexis Corbière, membre de son groupe, s’est positionné dans la même optique lors d’une réunion.
« On a des principes. C’est la lutte contre le harcèlement moral, tous les collaborateurs et anciens collaborateurs de quelque député que ce soit doivent savoir que notre groupe doit être à leurs côtés et notre mouvement aussi. »
à l’AFP
Certains partisans ont également choisi de prendre la parole, comme le psychanalyste Gérard Miller, qui a participé à « Complément d’enquête » : « Pour moi qui suis un électeur et un sympathisant de La France insoumise depuis plus de dix ans, les dérives de Sophia Chikirou ne sont pas une invention du grand capital et de ses alliés, et les minimiser au nom d’une cause supérieure me semble désormais nuire à l’ensemble du mouvement insoumis », a-t-il déclaré sur le réseau social X.
La fidélité comme valeur centrale
Plusieurs députés insoumis interrogés par 42mag.fr ont refusé de commenter, comme ce parlementaire qui rejette le sujet en déclarant : « Je crains de ne pas avoir beaucoup à dire, d’autant plus que je n’ai pas vu ‘Complément d’enquête' ». Cette réticence pourrait être due à la proximité entre Sophia Chikirou et Jean-Luc Mélenchon, ancien candidat à la présidence. « Dans notre parti politique, il y a une certaine révérence pour elle, parce que Jean-Luc a déjà écarté des personnes qui se sont montrées désobligeantes à son égard. Tout le monde sait qu’un tel comportement peut entraîner l’exclusion », explique un membre de La France insoumise dans « Complément d’enquête ». L’émission de France 2 a d’ailleurs remarqué que les rares figures de proue du mouvement qui ont accepté de participer à l’enquête l’ont fait sous couvert d’anonymat.
De nombreux incidents ont contribué à créer une atmosphère tendue au sein du groupe insoumis. Lors du retour à l’Assemblée nationale d’Adrien Quatennens, qui a été suspendu de son groupe pendant quatre mois pour violences conjugales, Sophia Chikirou a été la première à se lever pour l’applaudir. « Ce qui m’a été douloureux, c’était de voir des membres de notre groupe, pas les moindres, entourer Adrien et l’applaudir, alors qu’il me semblait que c’était contraire à notre décision collective », confie la député LFI Clémentine Autain sur le plateau de « Quotidien ». « L’affaire Quatennens en dit long sur Sophia Chikirou. Elle indique que la loyauté est une valeur fondamentale dans les équipes de Jean-Luc Mélenchon », confie à « Complément d’enquête » Georges Kuzmanovic, un ancien membre de La France insoumise.
« La loyauté prime sur la ligne idéologique. »
à « Complément d’enquête »
La réaction de plusieurs représentants de LFI aux récentes révélations semble confirmer cette idée. Ainsi, sur le réseau social X, le député Bastien Lachaud a préféré critiquer le travail des journalistes de « Complément d’enquête » : « Vide de contenu, usé dans ses ficelles… vieilles accusations déjà démenties mille fois, témoins à charge colportant des potins, méthodes bas de gamme… » De son côté, le coordinateur du mouvement Manuel Bompard a cherché à minimiser les remarques de Sophia Chikirou dans les canaux internes de LFI. « Des mots un peu durs, dits dans un contexte privé », assure-t-il. « Elle a dû dépasser sa pensée. Cela n’aura absolument aucune conséquence politique. »
« Il n’y a pas de surprise, tout le monde sait que Sophia peut parfois être désagréable, comme n’importe quel autre camarade », a déclaré à Libération le député LFI Hadrien Clouet, qui a également commenté la comparaison de Sophia Chikirou entre le communiste Fabien Roussel et le collaborationniste Jacques Doriot : « C’est une erreur, pas une stratégie. Mais quoi qu’il arrive, on fait bloc. Vous savez que c’est une caractéristique de la mélenchonie. Même quand on a tort ». Mais ce bloc semble se fissurer légèrement face aux dernières révélations.