Christophe Soulard déplore dans une interview accordée à Mediapart que, de nos jours, le groupe d’individus capables de prononcer ce type de discours populiste s’est considérablement étendu.
Procès concernant les emplois fictifs au sein du Rassemblement National, réquisitions du parquet dans l’affaire Sarkozy-Kadhafi, incidents survenus lors des célébrations de la victoire du PSG en Ligue des champions… Depuis le début de cette année, la justice est fréquemment mise en cause dans les débats publics. Cette situation a conduit le premier président de la Cour de cassation, l’une des plus hautes autorités judiciaires du pays, à sortir de sa réserve.
Dans une interview accordée à Mediapart le samedi 7 juin, Christophe Soulard souligne qu’« il existe sans conteste un populisme anti-judiciaire qui tend à laisser croire que les juges auraient pris le contrôle, qu’ils empêcheraient le législateur de promulguer les lois qu’il souhaite en annulant leurs effets, qu’ils empêcheraient le gouvernement d’exercer ses fonctions, tout cela sous prétexte de principes que les magistrats auraient, plus ou moins, eux-mêmes inventés… »
Tout en admettant que ce type de populisme a toujours été présent, le magistrat remarque qu’« aujourd’hui, le groupe de personnes capables de proférer ce discours populiste s’est considérablement élargi ». Ce groupe inclut maintenant « des individus occupant ou ayant occupé des fonctions institutionnelles importantes, des hommes et des femmes politiques majeurs, mais aussi d’anciens membres de juridictions ainsi que des professeurs de droit renommés ». Pourtant, rappelle Christophe Soulard, « le juge se contente d’appliquer la loi » : « Il ne s’oppose en rien à la souveraineté populaire puisqu’il met en œuvre des lois qui, par définition, découlent de cette même souveraineté ».
Sa réponse à Gérald Darmanin
Le magistrat met également en garde contre « le risque d’une application mécanique des peines ». Cette remarque fait écho aux propos récents du ministre de la Justice, Gérald Darmanin, qui a jugé que les peines prononcées pour les violences survenues lors des festivités de la victoire du PSG en Ligue des champions étaient « insuffisantes ». Le garde des Sceaux a notamment plaidé pour la suppression du sursis et la mise en place d’« une condamnation plancher systématique ».
« Envoyer en prison une personne, même pour une peine courte, qui est bien intégrée socialement, risquerait de la faire perdre son emploi, de la mettre en contact avec des criminels endurcis, et de l’entraîner vers une délinquance plus grave – ce ne serait pas un bon résultat », réplique le haut magistrat. Il ajoute : « La justice ne peut pas tout réparer à elle seule, ce n’est pas une question de moyens, c’est tout simplement que ce n’est pas sa vocation ».