L’eurodéputée de La France Insoumise, Rima Hassan, qui faisait partie de l’équipage intercepté par les forces israéliennes, a posé le pied en France ce jeudi. Elle a ensuite retrouvé ses partisans à Paris avec lesquels elle a marqué son arrivée par une célébration.
Rima Hassan est revenue en France après avoir été expulsée par les autorités israéliennes lors d’un vol à destination de Paris, jeudi 12 juin. L’activiste franco-palestinienne a été chaleureusement accueillie lors d’un rassemblement de soutien organisé place de la République, à Paris. Ce retour marque la conclusion de l’opération dite de la Flottille pour la liberté, une initiative lancée par un regroupement international d’ONG auxquelles a pris part la députée européenne du parti La France insoumise (LFI), largement soutenue par ses collègues de parti sur les réseaux sociaux. Le 1er juin, le voilier Madleen a quitté la Sicile avec douze passagers, dont six Français comme Rima Hassan, pour mener une mission symbolique d’aide humanitaire à destination de la bande de Gaza et sensibiliser l’opinion mondiale sur la situation dramatique des habitants de Gaza. Lundi dernier, l’armée israélienne a empêché le bateau d’accoster, procédant à la détention puis à l’expulsion des personnes à bord. Dix jours de péripéties intense qui ont régulièrement nourri l’actualité.
Le courant politique de gauche radicale se félicite ouvertement des retombées de cette action. Thomas Portes, député LFI, assure que l’opération est un succès parce qu’elle a remis au cœur du débat public la question de Gaza et du blocus humanitaire. « Cela faisait plusieurs semaines que le sujet était passé sous silence », déplore-t-il dans une interview à 42mag.fr. Selon lui, son parti est en train de remporter « la bataille culturelle » concernant le conflit israélo-palestinien.
La force d’un coup médiatique grâce à Greta Thunberg
Cette initiative, très relayée sur les réseaux sociaux et dans les médias via les interventions des dirigeants de LFI, a permis de booster la mobilisation autour de la cause palestinienne, voire de la raviver. Le lundi suivant, plus d’une centaine de manifestations ont eu lieu à travers la France, demandant la libération des passagers du voilier intercepté par Israël. « La Flottille pour la liberté est une opération de communication remarquablement maîtrisée, une vraie ‘masterclass’ », admet un député du centre. « Oui, c’est indécent et affreux, et cela ne relève que de la communication, mais pour leur électorat, ils jouent très bien leur jeu », estime-t-il.
Un expert en communication note d’ailleurs : « Le coup de génie réside dans la participation de Greta Thunberg. » La célèbre militante écologiste suédoise, personnage mondialement reconnu, permet d’éclipser les éventuelles polémiques internes françaises autour de Rima Hassan. « Elle crée un pont avec les militants écologistes. C’est une stratégie maoïste qui consiste à mettre en avant des personnalités ou ‘stars’ pour générer un maximum d’attention », poursuit-il, évoquant la figure intellectuelle de Jean-Paul Sartre, arrêté en 1970 à Paris pour avoir distribué un journal, en référence à un événement conservé par l’INA. Cet expert souligne que cette opération a offert un nouvel angle pour renouveler le traitement médiatique de Gaza, un coup calculé et parfaitement orchestré du début à la fin. « C’est une réussite. »
Toutefois, Véronique Reille Soult, spécialiste de l’opinion sur Internet, apporte une nuance. « ‘Flottille de Gaza’ est certes un hashtag qui a du poids sur les réseaux sociaux, mais cela ne modifie pas l’opinion des personnes peu engagées. Elles jugent qu’il faut tout essayer, mais ne changent pas leurs points de vue », explique la présidente du cabinet Backbone Consulting. « Le vrai basculement dans l’opinion publique a eu lieu plus tôt, sur la question du blocus de l’aide humanitaire. La flottille arrive dans ce contexte et en tire parti, mais ce n’est pas elle qui provoque ce changement d’avis. »
Une situation délicate pour le gouvernement
Un autre objectif se place davantage sur le terrain politique. Il s’agissait notamment de contraindre le gouvernement français à s’engager en faveur de Rima Hassan dans le différend qu’elle a engagé avec Israël, en rappelant que l’État français doit soutenir ses ressortissants lorsqu’ils rencontrent des difficultés à l’étranger. « C’est un véritable piège pour Jean-Noël Barrot. Soit il défend Rima Hassan et s’expose à la critique, soit il ne le fait pas et sera aussi critiqué », commente une proche du ministre.
« Pour lui, la seule issue était d’agir avec rigueur sur le plan du droit consulaire tout en dénonçant le cynisme inhérent à cette opération. »
Une collaboratrice de Jean-Noël Barrot, ministre des Affaires étrangèresà 42mag.fr
C’est précisément la ligne adoptée par le ministre mercredi : en deux temps. D’abord via un tweet où il loue le travail des agents de l’ambassade française en Israël, qui ont contribué à régler la situation.
Puis, lors de la séance des questions au gouvernement à l’Assemblée nationale, Jean-Noël Barrot a clairement ciblé la députée européenne de LFI : « En aucune façon, les gesticulations de madame Rima Hassan, son utilisation politique de la souffrance des Gazaouis, ne contribuent à atteindre ses objectifs », a-t-il déclaré devant les députés. « Gaza n’a pas besoin d’une opération de communication comme celle de Rima Hassan, mais d’une aide humanitaire urgente, massive et sans entrave », a-t-il aussi réaffirmé sur X (ancien Twitter).
Peu après, lors d’un échange à l’Assemblée nationale, la cheffe du groupe LFI, Mathilde Panot, a reproché au gouvernement de reprendre le discours du Premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou. Face à cela, François Bayrou a répondu : « Je dois dire que ces militants ont obtenu l’effet voulu, mais c’est une instrumentalisation à laquelle nous devons nous refuser. Et je pense franchement que ceux qui ont déclenché l’assaut du 7 octobre voulaient justement aboutir à la situation que nous connaissons aujourd’hui. » Cette sortie a provoqué la colère des députés de La France insoumise, qui ont quitté l’hémicycle dans un climat tendu.
Quelques instants plus tard, le ministre des Affaires étrangères a rencontré de manière informelle plusieurs députés LFI à l’Assemblée pour leur faire part des avancées dans les démarches consulaires. Il leur a notamment signalé que leur campagne de pétitions, qui a généré 45 000 mails, surchargeait les services dédiés aux Français en difficulté à l’étranger, a précisé son entourage à 42mag.fr.
Maintenir la pression sur la reconnaissance d’un État palestinien
Les représentants de La France insoumise ont poursuivi la pression sur le gouvernement en demandant une audience auprès d’Emmanuel Macron « pour aborder la question de la détention illégale de quatre de nos compatriotes, dont une élue française, par les autorités israéliennes ». Ils ont exprimé dans une lettre publique leur exigence que la France intervienne par tous les moyens afin d’obtenir « la libération immédiate et sans conditions des prisonniers, ainsi que le respect de notre pays et du droit international ». Ils déplorent que le gouvernement soit « en deçà de la situation actuelle ».
Cette missive est parvenue quelques heures avant d’annoncer le retour de Rima Hassan en France. D’après des sources diplomatiques françaises, « la députée européenne a remercié le consulat pour son engagement, qui a notamment permis sa sortie de l’isolement cellulaire et son rapatriement rapide. »
Les militants insoumis peuvent compter sur le soutien de tous les partis de gauche pour cette opération, alors que depuis le 7 octobre, la question de Gaza crée des tensions au sein du Nouveau Front populaire. Olivier Faure, interrogé sur RTL, a salué l’initiative en déclarant : « Rien n’est trop pour évoquer Gaza aujourd’hui. La mise en lumière de la Flottille pour la liberté est un moyen efficace pour faire entendre ce sujet. »
Si la période de la flottille touche à sa fin avec ce retour sur le sol français de la députée, la mobilisation politique n’est pas terminée. La prochaine étape consistera à maintenir la pression afin que la France reconnaisse officiellement un État palestinien, à quelques jours d’une conférence co-organisée à Paris sur ce thème. Ce sera une des revendications centrales des nouvelles manifestations prévues samedi dans tout le pays, où Rima Hassan sera sans doute l’une des figures phares.