Le Sénat, souvent reconnu pour sa prudence et son calme, privilégie des échanges mesurés plutôt que des affrontements vifs et agressifs. Pourtant, au cours des derniers mois, cette institution respectée a été bouleversée par une série de scandales qu’elle aurait préféré éviter.
À l’automne 2023, un nom a beaucoup fait parler dans les médias. Joël Guerriau, sénateur classé au centre droit, est accusé d’avoir administré des substances illicites à la députée Sandrine Josso. D’après les analyses médicales, il lui aurait fait consommer de l’ecstasy à son insu. Placé sous le statut de mis en examen, il ne siège plus dans l’hémicycle, même s’il continue de percevoir ses rémunérations d’élu. Lors d’un entretien avec les journalistes de l’émission « Complément d’enquête », il défend vigoureusement son innocence.
Par ailleurs, l’équipe rédactionnelle a recueilli des témoignages exclusifs d’anciens collaborateurs dénonçant des faits de harcèlement dont ils auraient été victimes, tout en se sentant abandonnés par la chambre haute. Certaines accusations visent spécifiquement Esther Benbassa. L’ancienne sénatrice écologiste a récemment été condamnée par le conseil des prud’hommes à verser 10 000 euros de dédommagements. Bien qu’elle ait fait appel de cette décision, une seconde affaire judiciaire pourrait lui porter préjudice. Une autre collaboratrice a également saisi les prud’hommes en se plaignant de faits similaires. « Complément d’enquête » a pu se procurer des documents exclusifs relatifs à ce dossier.
Du côté du comité de déontologie, son président, le sénateur Les Républicains Arnaud Bazin, déclare que le président du Sénat a adopté « toutes les mesures nécessaires afin d’empêcher que de telles situations se produisent ». Pourtant, aucun cas de harcèlement n’a été officiellement reconnu par l’institution.
Un discret écran de fumée sur des dossiers sensibles ?
L’émission « Complément d’enquête » explique pourquoi le Sénat est reproché par certains élus et anciens collaborateurs d’occulter les affaires qui risquent de nuire à son image.
En 2024, les frais engagés par les sénateurs ont atteint la somme de 28 millions d’euros. Selon les données communiquées par le Sénat, seulement environ la moitié de ces dépenses ont été véritablement soumises à un contrôle rigoureux. Avec cette vérification jugée insuffisante, des sénateurs pourraient abuser des budgets alloués pour leurs frais de représentation.
Gérard Larcher, président Les Républicains du Sénat, assure que la question de l’éthique occupe une place primordiale, mais certains membres du palais avancent que l’institution préfère souvent « cacher les affaires sensibles sous le tapis ». « Complément d’enquête » lève ainsi le voile sur les mystères les mieux gardés du palais du Luxembourg.
Cette enquête a été réalisée par Julien Cressens et Nils Monteil.
La rédaction de « Complément d’enquête » vous invite à partager vos réactions à l’émission sur Facebook ou sur X en utilisant le hashtag #ComplementDenquete.