La gauche cherche à restaurer sa légitimité sur la question de la sécurité, un sujet qui a longtemps été considéré comme sensible, voire évité au sein de ses rangs. Cependant, les propos variés concernant l’équipement des forces municipales en armes ainsi que l’usage accru de la vidéosurveillance révèlent que cette tendance politique demeure éclatée et en proie à des tensions internes.
À moins d’un an des élections municipales, la question se pose : la gauche, souvent critiquée pour son attitude jugée trop permissive sur les questions de sécurité, a-t-elle réellement changé de cap ? Cette interrogation se renforce à la lecture des déclarations de Mathilde Panot, figure insoumise, qui annonce que son parti procédera au désarmement des polices municipales et supprimera les caméras de vidéosurveillance dans les villes remportées par les Insoumis… Une prise de position radicale, sans concessions, qui omet pourtant de mentionner la situation des habitants ou le combat mené par ces élus qui s’efforcent de maintenir l’ordre. Pour certains, la notion d’ordre est presque un tabou. Le Parti socialiste a vite pris ses distances. « C’est absurde », a lancé Olivier Faure le lundi 7 juillet, assurant qu’il ne soutiendrait jamais un candidat insoumis arborant un tel programme.
La question de la sécurité s’impose comme un enjeu déterminant pour les prochaines municipales, à raison. D’après une étude Ipsos, la première attente exprimée par les Français envers leur futur maire concerne la sécurité et la tranquillité publique. Ce thème a progressé de neuf points depuis 2020, témoignant d’une inquiétude grandissante. Quelle position le Parti socialiste adopte-t-il à ce sujet ? Plutôt prévention, répression, ou un mix des deux ? Faut-il fournir des armes aux polices municipales, comme à Saint-Nazaire, ou au contraire les en priver, à l’image de Nantes, dans un souci de conciliation avec les écologistes ? Le PS a annoncé qu’il fournirait, dès l’automne, un cadre précis aux candidats qu’il soutiendra, notamment sur les questions sécuritaires.
Une thématique délicate sur le plan politique
La gauche est en train de réviser sa posture concernant la sécurité. Elle admet aujourd’hui son déficit de crédibilité sur ce sujet et s’efforce de reconquérir ce terrain jusque-là délaissé. En avril dernier, elle a mis en place une « convention du PS sur la sécurité et la prévention de la délinquance ». Raphaël Glucksmann a promis de traiter « les questions qui mettent la gauche mal à l’aise », tandis que l’ex-insoumis François Ruffin s’est aussi saisi du dossier, en particulier au sujet des quartiers populaires. Mais cette prise de position ne va pas sans controverse : on se remémore les critiques sévères qui avaient visé le communiste Fabien Roussel lorsqu’il avait mentionné l’insécurité en 2022.
Ces démarches individuelles restent toutefois insuffisantes et ne peuvent effacer des années d’orientation dogmatique ni le poids des alliances nouées avec des partis qui minimisent cette problématique. Malgré la présence de voix majeures au sein de la gauche – telles que Jean-Pierre Chevènement ou Manuel Valls – la sécurité demeure un sujet quasi-tabou pour un camp politique peinant à concilier cette préoccupation avec la lutte contre les inégalités sociales. Ce dernier considère souvent que la question de la sécurité appartient-rightiquement à la droite, un positionnement qui l’a éloignée des classes populaires. Pourtant, ce sont précisément ces dernières qui subissent le plus directement les effets de l’insécurité.