Un prisonnier récemment déplacé vers cette maison d’arrêt à régime strict critique vivement la décision du ministre de la Justice, lui reprochant d’avoir demandé ce transfert sans respecter la nécessité de démontrer l’existence préalable de connexions entre le détenu, depuis son incarcération, et des groupes impliqués dans des activités criminelles ou des réseaux de délinquance organisée, d’après les déclarations de son avocat.
Me Philippe Ohayon, avocat représentant un détenu récemment transféré à la prison de haute sécurité de Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais), a révélé ce jeudi 24 juillet avoir déposé une plainte pour abus d’autorité contre le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, auprès de la Cour de justice de la République (CJR). Selon des informations obtenues par l’AFP, cette plainte accuse le garde des Sceaux d’avoir décidé ce transfert « sans respecter l’obligation de démontrer l’existence de liens antérieurs entre le détenu, depuis son incarcération, et des réseaux criminels ou de délinquance organisée ». Or, cette exigence a été clairement posée par le Conseil constitutionnel comme une condition préalable essentielle pour procéder à ce type de transfert.
Au milieu du mois de juin, le Conseil constitutionnel a validé ce système pénitentiaire d’isolement, instauré dans le cadre d’une loi destinée à lutter contre le trafic de drogue, estimant que le législateur avait « suffisamment précisé les raisons justifiant le placement dans les quartiers dédiés à la lutte contre la criminalité organisée ».
Récemment, plusieurs détenus ont contesté leur transfert vers cet établissement. « Nous contestons cette mesure par principe », a déclaré à l’AFP May Sarah Vogelhut, avocate de Guy B., surnommé « Mareko Scarla », qui purge une peine de vingt-cinq ans de réclusion criminelle et a interjeté appel. D’après elle, son client n’est à ce jour « pas encore définitivement condamné » et reste dans l’incompréhension quant aux motifs de sa désignation pour ce nouvel internement en régime ultra-sécurisé. Il « redoute énormément les visites derrière un hygiaphone », ce dispositif qui sépare le prisonnier de son interlocuteur par une vitre.
Un confinement strict et des conditions de détention « particulièrement sévères »
Mardi, les 17 premiers détenus parmi les 100 trafiquants de drogue jugés particulièrement dangereux, destinés à peupler le quartier de haute sécurité de cet établissement pénitentiaire, ont fait leur entrée. « Ils sont répartis en plusieurs groupes de cinq. Les différents groupes ne se croiseront pas, l’objectif étant d’isoler ces prisonniers du reste du monde pour former une véritable ‘bulle’ au sein de la prison », a expliqué mercredi Julien, agent de surveillance et secrétaire local UFAP-Unsa Justice, lors d’une interview donnée à 42mag.fr. « La première nuit s’est déroulée sans incident. Pour l’instant, le calme règne. »
« Ces conditions de détention seront extrêmement difficiles à supporter pour les détenus », s’inquiétait mercredi sur 42mag.fr Christine d’Arrigo, avocate de l’un des 17 prisonniers transférés mardi dernier. Selon elle, cette mesure signe « une régression considérable concernant les droits humains et les droits des prisonniers ». Elle critique vivement les effets du régime d’isolement qu’elle qualifie de : « véritable torture. Ces personnes passent 22 heures par jour enfermées dans une cellule de seulement six à neuf mètres carrés, sans aucun contact social. »