À Pékin, le gouvernement prévoit, à partir de 2027, d’interdire la commercialisation des voitures qui ne disposent que de poignées de porte affleurantes. Bien que ce type de poignées soit salué pour son esthétique épurée, il a été mis en cause dans plusieurs accidents tragiques.
Elles faisaient l’objet d’un examen minutieux de la part des autorités chinoises : les poignées escamotables ne pourront plus équiper les voitures mises sur le marché dans l’Empire du Milieu. Cette mesure a été dévoilée lundi 2 février par le ministère de l’Industrie et des Technologies de l’Information et elle entrera officiellement en vigueur le 1er janvier 2027. À partir de cette date, tout véhicule devra être pourvu de poignées extérieures et d’un système intérieur mécanique classique permettant d’ouvrir la porte.
Des poignées dangereuses
Ces poignées, présentées comme plus esthétiques et pratiques, se déploient en appuyant sur un bouton, ce qui les rend très répandues sur les voitures électriques fabriquées en Chine. Le revers de la médaille est qu’elles peuvent se transformer en véritable piège en cas de souci : si l’électronique du véhicule tombe en panne suite à un accident, il se peut que l’ouverture de la porte ne fonctionne plus. Et lorsque les secours ne peuvent pas ouvrir les portières, les opérations sauvetage sont retardées.
À cet égard, la Chine apparaît en tant que précurseur, car, jusqu’à présent, ces poignées n’étaient pas interdites dans le reste du monde. « En matière de régulation des véhicules électriques et intelligents, la Chine est de plus en plus en train de fixer ses propres règles plutôt que de transposer celles d’ailleurs », expliquait à l’AFP Bill Russo, fondateur du cabinet de conseil Automobility, basé à Shanghai. Le ministère a précisé qu’aux modèles déjà homologués en vue d’une commercialisation en Chine, un délai additionnel de deux années sera accordé pour se conformer.
Une série d’accidents
La décision du gouvernement s’appuie sur des incidents contestés par ces systèmes de poignées, qui ont été impliqués dans plusieurs accidents tragiques. L’un des épisodes les plus médiatisés s’est déroulé en octobre à Chengdu, dans l’ouest du pays, et a été filmé : on y voit une voiture en flammes entourée de témoins qui tentent d’aider le conducteur, mais qui n’arrivent pas à ouvrir les portières d’un véhicule électrique, un Xiaomi SU7.
Selon le récit du média The Paper, certains témoins ont tenté d’éclater le verre à mains nues ou à l’aide d’outils, d’autres ont apporté des extincteurs, mais la portière est restée verrouillée et les tentatives pour briser la vitre ont échoué.
Vers une interdiction en Europe ?
L’éventualité d’une interdiction similaire en Europe a-t-elle vocation à se produire ? Aucune annonce officielle n’a été formulée pour l’instant, mais « c’est une problématique qui peut se poser », répond Stéphane Meunier, rédacteur en chef du magazine L’Automobile. Bien qu’il n’ait pas connaissance d’accidents graves impliquant ces poignées, le journaliste rappelle que ce mécanisme a déjà suscité des critiques. « Cela ne fonctionne pas forcément très bien. Toutes les Tesla sont équipées de ce système et cela implique quelques contraintes pratiques. Parfois, il peut y avoir un temps de latence à l’ouverture, et lorsque le froid est vif, certains éléments peuvent geler, ce qui empêche la poignée de se rétracter. Mais ce sont surtout des désagréments qu’un incident en tant que tel », précise-t-il.
En France, les poignées escamotables se retrouvent plutôt sur des modèles de milieu à haut de gamme; la DS3 serait l’exemple le plus compact équipé de ce système. Une telle mutation ne serait toutefois pas neutre pour les constructeurs, car elle « a de nombreuses répercussions sur la production », constate le spécialiste.
Les constructeurs européens présentés sur le marché chinois vont devoir s’y adapter. « Les voitures vendues en Chine sont fabriquées localement, il faut donc qu’elles respectent la réglementation locale », rappelle Stéphane Meunier. « Cela représente probablement un casse-tête pour de nombreux constructeurs, certains devant revoir leurs designs pensés pour le marché mondial », ajoute, à l’AFP, le fondateur du cabinet Sino Auto Insights.







